101 victimes pour un milliard d’euros ?

Alors que le grenelle contre les violences conjugales a commencé, Osez le féminisme organisait hier, mardi 3 septembre, un rassemblement en hommage aux 101 victimes de violences conjugales cette année. Inspirée par l’Espagne, l’association réclame un milliard d’euros pour lutter contre les féminicides.

Cent fois et une de plus, son prénom, son âge, et les circonstances horrifiantes qui ont mené à sa mort son prononcées à haute voix. Derrière le mégaphone, les militantes d’Osez le féminisme 63 articulent avec douleur pour que ne soient pas oubliées les femmes mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint ; la centaine vient d’être dépassée cette année, alors que le grenelle contre les violences conjugales s’entame. Le révoltant résultat d’une demi-année de féminicides résonne sur les murs de pierre de la préfecture de Clermont-Ferrand ; suivent les meurtres d’enfants, souvent victimes collatérales des violences conjugales. Au bas des marches, la cinquantaine de militants observe un silence presque religieux, malgré la colère contre l’un des plus effroyables échecs de notre société.

« On veut des actions pour que ça cesse ! » reprend difficilement une militante. « Vous l’avez entendu : “récidivistes, mesures d’éloignements, contrôle judiciaire, sursis…” : on aurait pu sauver ces femmes et on ne l’a pas fait. Tous les outils existent, il est temps d’appliquer les lois ! », fustigent les féministes. En cause : tout un système de domination patriarcal, y compris une « acculturation à la violence », qu’il faut combattre à tout prix, et des mesures urgentes à entreprendre. « Il faut écouter les survivantes pour sauver celles qui sont toujours en vie. Arrêtons avec les mains courantes, que les plaintes soient prises correctement ! Arrêtons avec la garde alternée, où les femmes craignent pour leur vie chaque fois qu’elles vont récupérer leurs enfants, sans même savoir si elles vont les récupérer ! » Mais il n’y a pas de solution sans moyens, alors l’association réclame à l’État de suivre l’exemple espagnol, avec l’allocation d’un milliard d’euros à la lutte contre les violences faites aux femmes. « Parce qu’on en a marre des discours et des déclarations, il faut agir ! À quoi sert un grenelle si, pendant ce temps, on supprime des subventions au Planning familial, qui n’aura plus les moyens d’accompagner les victimes dans les zones blanches ? »

Comme pour appuyer la démonstration, c’est une femme de milieu rural qui propose son témoignage après la minute de silence. Elle aussi a dû subir les menaces de son ex-compagnon violent, qui profitait de la garde alternée de leurs enfants. « J’ai dû kidnapper mes enfants pour les protéger, et aller jusqu’à la cour d’appel de Riom pour que ça s’arrête enfin ! » raconte-t-elle avec force. « Ça a duré jusqu’à 2011, et je pensais que les choses allaient changer. Ça me désole de voir que c’est toujours pareil en 2019. Si vous voyez de la violence psychologique, économique, physique : intervenez, témoignez, soutenez ces femmes. Et surtout, élevez vos enfants dans le respect des autres. » À leur tour, les militantes d’Osez le féminisme ont réitéré leur appel à l’action, promettant de continuer le combat pendant le grenelle et après.

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