Opération choc sur la Place de Jaude pour dire “Stop” aux féminicides

Pour dénoncer la recrudescence des féminicides en France (62 femmes tués par leur conjoint depuis le 1er janvier 2019), un Collectif de femmes citoyennes féministes a organisé une opération choc le 7 juin, sur la Place de Jaude à Clermont-Ferrand. Médiacoop y était.

 

 

18 heures 30. Le soleil vient illuminer ce début de soirée et déjà, quelques femmes sont présentes, rassemblées au pied de la statue équestre de Vercingétorix. Très vite, nous nous mêlons au groupe. Au sol, une banderole noire annonce la couleur : « Stop aux violences faîtes aux femmes. #Jesuisféminicidophobe ».

Bientôt, notre regard croise celui de Sylvie. Seule, elle semble attendre patiemment le début du “happening”. L’avouant d’elle-même, elle ne fait partie d’aucune association féministe. Pourtant, c’est à leurs côtés qu’aujourd’hui elle milite pour dénoncer la violence faîte aux femmes. « Depuis le début de l’année, 62 femmes ont été tuées par leur mari. Aucun retour de la part des médias. Les hommes sont trop peu condamnés pour leur crime alors que si une femme retourne l’arme contre lui, elle va prendre le max’ ».

Selon elle, la politique patriarcale qui domine notre société est responsable d’une telle impunité. En participant à ce genre de rassemblement, Sylvie souhaite faire changer la mentalité des gens qui, pour la plupart, semble ignorer l’existence de ces actes abominables. « On essuie des remarques. Certaines personnes s’interrogent et ne comprennent pas nos actions. Très souvent, la violence est banalisée au niveau des hommes qui donnent les coups mais également au niveau des femmes qui les reçoivent. Cela semble presque normal mais il n’y a rien de banal dans le fait de battre sa femme ».

 

« Bien qu’encore en vie, elles déjà sont mortes »

 

Ce soir-là, Sylvie est semblable à toutes les femmes présentes sur les pavés de la Place de Jaude. Pour l’occasion, leur visage est maquillé de manière à rappeler la violence des coups reçus par toutes les femmes qui demeurent sous de l’emprise de leur conjoint. Avec la volonté de marquer les esprits, certaines ont leurs vêtements tâchés d’une peinture rouge symbolisant le sang des victimes. « Cette opération choc est une façon de dire que ce n’est pas normal. Ces femmes victimes de violences doivent être informées de notre soutien, elles ne doivent pas se sentir seules. Et surtout, il faut que les gens réagissent et prennent conscience de ce fléau » explique Karine Plassard, fondatrice de l’antenne “Osez le féminisme 63 !”.

Le happening s’apprête à commencer. L’une après l’autre, une vingtaine de femmes se font enrouler avec du scotch. L’image est innatendue et interpelle la curiosité de quelques badauds. Leila de l’association “Osez le féminisme 63 !” nous en dit un peu plus sur le but précis de cette mise en scène : « C’est pour bien faire comprendre que les femmes qui reçoivent des coups sont sous l’emprise d’une violence à la fois physique et psychologique. Elles deviennent complétement inerte et ne peuvent plus réagir. Bien qu’encore en vie, elles sont déjà mortes ».

 

« Souvent ce sont des hommes qui ont reçu des violences durant leur enfance »

 

Captivé par la mis en scène, un homme semble particulièrement sensibilisé à la cause qui est aujourd’hui défendue. D’un pas léger, nous décidons de nous approcher de lui afin de faire sa connaissance. Les hommes ne sont pas venus en nombre mais Charles considère que la présence masculine est importante dans ce genre d’évènement.

D’après lui, les femmes victimes de violences sont souvent seules et mal accompagnées. « Elles ont peur de faire les démarches nécessaires car elles ne sont pas crue. Elles sont démunies car personne ne les aide réellement. Les gendarmes ne font pas leur travail et en général, il y a au moins sept aller-retour avant qu’elles ne décident de quitter leur mari. Mais parfois, c’est top tard ».

Sans pour autant excusez leurs gestes, Charles est favorable à l’accompagnement des hommes qui agissent violemment à l’égard de leur compagne. « Il y a des structures chargées de les accueillir. Elles essaient de comprendre pourquoi ils se comportent ainsi et souvent ce sont des hommes qui ont reçu des violences durant leur enfance » conclut-il.

 

« Lucie, 34 ans. Elle avait déposé plusieurs plaintes. Il l’a poignardé… »

 

18 heures 45. Le happening débute enfin. Katy, également membre de l’association “Osez le féminisme 63 !” prend en main son mégaphone devant une cinquantaine de personnes présentes. D’un ton assuré, Katy cite un à un le nom des 62 femmes décédées sous les coups de leur conjoint ou de leur ex. « Lucie, 34 ans. Elle avait déposé plusieurs plaintes. Il l’a poignardé ; Nelly, 46 ans. Il l’a tuée avec son arme de service ; Isabelle, 48 ans. Deux garçons. Le couple était en instance divorce. Il l’a frappée à coup de couteau ; … ».

Comme un symbole, à chaque nom prononcé, une femme enroulée avec du scotch se laisse tomber à terre. Sur les bandes adhésives qui lient leur membres, une phrase exprimant leur colère y est inscrite : « Pas une de plus ! ». 62 noms sont prononcés et une vingtaine de femmes sont allongées sur les pavés, le corps inerte. Plusieurs personnes immortalisent la scène grâce à leur portable. Plus hostiles, certains expriment discrètement un sentiment de désapprobation.

Les corps gisant au sol, Karine prend la parole pour exprimer leurs revendications : « Les violences faîtes aux femmes, ce n’est pas une fatalité. En Espagne, il existe des solutions efficace mais ici, l’État n’agit pas. On demande des structures d’hébergement pour ces femmes puissent être à l’abri. Dès leurs premiers actes de violence, les hommes doivent porter un bracelet électronique. Entre 120 et 130 femmes meurent par an : “Pas une de plus !” ».

Unies main dans la main, les femmes se rassemblent en demi-cercle pour chanter “L’Hymne des femmes” sur l’air du “Chant des marais” :

« Nous qui sommes sans passé, les femmes,
Nous qui n’avons pas d’histoire,
Depuis la nuit des temps, les femmes,
Nous sommes le continent noir .
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !
… »

 

 

 

 

1 réflexion sur “Opération choc sur la Place de Jaude pour dire “Stop” aux féminicides”

  1. En lien avec cete action et la troublante loi des séries actuelle plasticienne engagée, j’ai réalisé une installation dans un centre d’art sur le violences faites aux femmes. Intitulée “Loi n°2010-769”, elle rend tristement hommage aux 130 femmes décédées en 2018 en France et à toutes les autres décédées dans le monde, victimes de leur partenaire ou ex-partenaire. A découvrir : https://1011-art.blogspot.com/p/loi-n2010-769_2.html
    Et aussi une série de dessins This Is Not Consent : https://1011-art.blogspot.com/p/thisisnotconsent.html
    Ces séries ont été présentées à des lycéens, quand l’art contemporain ouvre le débat …

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