À Clermont-Ferrand, la mobilisation étudiante contre la précarité commence timidement

Alors qu’un étudiant a été retrouvé mort dans sa chambre au CROUS hier, mercredi 27 novembre, une première assemblée générale contre la précarité a rassemblé une quarantaine de personnes ce midi. Malgré une participation relativement faible, les organisations restent unies et déterminées.

La colère des organisations étudiantes ne retombe pas, depuis l’immolation d’un jeune homme devant le CROUS de Lyon le 8 novembre dernier. Hier, un étudiant Rwandais a été retrouvé mort dans sa chambre du CROUS de Clermont-Ferrand, l’hypothèse du suicide étant privilégiée. Le mot d’ordre passe petit à petit : la précarité tue, et il faut la combattre. Pour cela, les principales organisations étudiantes ont appelé à construire un large mouvement de contestation, qui a donné lieu à une première journée d’action nationale le 26 novembre. Dans la capitale auvergnate, une assemblée générale s’est tenue aujourd’hui, organisée conjointement par l’UNEF, Solidaires et la FAGE. Malgré cette unité relativement inédite, seulement une quarantaine de personnes y ont assisté, dont une moitié de militants de diverses organisations (dont le Collectif, la France Insoumise, le PCF, le NPA et la CGT). Une faible participation qui n’est toutefois pas surprenante au vue des circonstances, à savoir une première assemblée convoquée seulement la veille par les syndicats.

« Il y a plus de logements vides à Clermont-Ferrand que de chambres au CROUS ! »

Aldric, étudiant en économie

L’enjeu de cette première assemblée : poser les diagnostiques, définir des revendications communes, et se doter des outils pour construire la mobilisation. Un par un, les étudiants ont défilé à la tribune pour rappeler les causes de la précarité. Souvent cité, le logement se dégage comme un facteur clé de la paupérisation des étudiants, avec le manque de places en cités universitaires et l’augmentation des loyers du public comme du privé. Mais les difficultés s’accumulent dans tous les domaines : le prix du repas CROUS a augmenté, notamment à cause d’un système par points en lieu et place d’un tarif au repas ; le prix du ticket de bus grimpe chaque année, les emplois étudiants sont parmi les plus instables, les frais d’inscription pour les étrangers ont été multipliés par 10 ; le service de santé universitaire manque de moyens pour accueillir tout le monde, de même que le service social du CROUS qui attribue les aides d’urgence – celles-là même que s’était vu refuser Anas K. avant sa tentative de suicide.

Mais le manque de revenus reste la préoccupation majeure, et les défauts du système de bourses sont pointés du doigt : en France, 60 % des étudiants en sont exclus. Au fil des interventions, la réalité se dessine par-dessus la statistique. « J’ai dû arrêter mes études pour me salarier », raconte Cassandra, à la tribune. « Je n’avais pas droit aux bourses malgré le fait que mes parents ne m’aident en rien ; pourtant c’est leur revenu qui est pris en compte. Il faut en finir avec ce critère ! » À l’inverse, Angèle est en reprise d’études, en licence de sociologie : à 33 ans, elle est trop âgée pour toucher les bourses, malgré un statut d’étudiant qui la prive de l’assurance chômage et de la prime d’activité. « Étudier correctement, ça passe aussi par vivre dignement ! » abonde Anna, militante à l’UNEF. Pour synthétiser les propositions des différentes organisations, l’assemblée générale vote la revendication d’un revenu au niveau du SMIC pour tous les étudiants.

Incontournable, la réforme des retraites n’est pas oubliée par les étudiants. « On ne veut pas être précaires maintenant, et on ne veut pas être précaires à la retraite non plus ! », déclarent-ils, en votant la présence d’un cortège jeune dans la manifestation du 5 décembre. Ambitieux, ils demandent une retraite minimale au SMIC, et la prise en compte des années d’études et de stage dans le calcul de la pension. D’autres revendications sont définies en rapport avec chacun des problèmes soulevés, et un comité de mobilisation est mis en place pour coordonner les prochaines actions. « La victoire est possible ! », rappelle Anna. « Nous avons déjà gagné le gel des loyers en Cité universitaires pour l’année prochaine, annoncé ce matin, grâce à la mobilisation de milliers d’étudiants le 26 novembre. Maintenant, il faut aller plus loin pour assurer une qualité de vie digne à tous les étudiants. »

Un rassemblement contre la précarité était appelé à 18 heures par Solidaires étudiant-e-s devant le CROUS de Clermont-Ferrand. Un autre aura lieu le 3/12 devant le conseil d'administration du CROUS, à l'appel de l'UNEF, pour demander le retrait de l'indexation des loyers sur l'IRL.

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