Assemblée citoyenne : les gilets jaunes de toute l’Auvergne se rassemblent pour revenir sur six mois de mobilisation

Ce week-end, les gilets jaunes de toute l’Auvergne se sont réunis à Saint-Germain-Lembron dans le Puy-de-Dôme à l’occasion d’une assemblée inter départements. Ce rassemblement a été l’occasion de faire un état des lieu de la mobilisation  mais aussi de parler de l’avenir du mouvement. Dans la continuité de « l’assemblée des assemblées » de Saint-Nazaire, les participants ont pu échanger autour d’ateliers et d’animations.

 

Le lieu du rassemblement n’est pas choisi au hasard. Saint-Germain-Lembron accueille déjà depuis plusieurs mois « La tente du désert », lieu d’échange à l’initiative des gilets jaunes, ouvert à tous et qui a poussé sur la place principale du village. Mi-avril, une trentaine de sympathisants s’y étaient réunis pour préparer le rassemblement. Quelles stratégies pour que les groupes locaux résistent ? Pour continuer à mobiliser ? Comment appréhender les élections européennes ? Où en sommes-nous après plus de cinq mois ?  Dès 10h, les gilets jaunes investissent les tables rondes pour débattre de ces questions. Et une chose est sûre, autant de visions existent sur le mouvement que de participants qui le composent. Quelques rencontres ont suffi à le prouver.

Dominique travaille dans une usine mais elle est présente tous les week-ends depuis le 17 novembre avec son mari. Pour elle, l’avenir des gilets jaunes, c’est de continuer à montrer qu’ils sont là avec les mêmes revendications qu’au début. « Les gens ont l’impression que le mouvement et les revendications s’éparpillent mais c’est faux : nous voulons toujours les mêmes choses : moins de taxes, plus de pouvoir d’achat et plus de participation à la démocratie. Il faut que les gens comprennent que le mouvement est pacifique, apolitique et surtout citoyen ». Dominique nous explique d’ailleurs qu’à la dernière réunion, sur le rond-point de Brioude, la discussion a tourné court lorsque le sujet des élections européennes a été évoqué. « C’est important de se réunir aujourd’hui, ça permet d’échanger, de ne pas rester chacun dans son coin. On peut réfléchir sur ce qui va, ce qui ne va pas ». Comme elle, nombreux sont ceux qui sont favorables à ce genre de rassemblements. Pour eux, cela permet de pointer du doigt les points faibles du mouvement et de son organisation. Par exemple, réapparait souvent l’idée que le mouvement ne parvient pas assez à mobiliser les chômeurs (manque de disponibilité de ces derniers ou pudeur) ou les jeunes.

Maxime, lui, a un autre point de vu. Jeune artisan indépendant, il pense surtout que les gilets jaunes constatent un désenflement du mouvement et que la peur d’un désengagement a fait naître la nécessité de se rassembler. Pour lui, le problème vient également de l’Europe dont la France doit sortir pour régler beaucoup de ses problèmes. Maxime manifeste. À Clermont mais à Toulouse aussi : « Je ne légitime pas la violence mais on ne peut pas dire aux manifestants de se laisser tabasser. À Clermont, ça a perdu de sa force. Les gens déclarent leurs manifestations mais déclarer, c’est un piège. Si on le fait, la préfecture nous fait passer dans les plus petites rues. De plus, nous ne sommes pas un mouvement politique ou syndical donc on n’a pas à se déclarer ». En revanche, le jeune homme rejoint la vision assez commune qu’ont les gilets jaunes de l’avenir du mouvement : l’enjeu principal est de rester visibles et d’être de plus en plus présents.

Si cette assemblée citoyenne met en parallèle différents points de vue, les discussions permettent également de faire ressortir les thèmes fondamentaux du mouvement. C’est le cas notamment des médias et de leur manière de traiter la contestation. C’est d’ailleurs sur cette question que Médiacoop a été convié au rassemblement. Mathieu Coste de « La Révolution du Sourire », a voulu regrouper différents acteurs de l’information locale. Comment représenter la parole des gilets jaunes et à qui s’adresse-t-on ? Voici les premières questions. En ressortent notamment la nécessité d’un travail transparent et indépendant des médias. Nous prenons place aux côtés de Radio Campus ou de Denis, journaliste à la retraite. André s’intéresse quant à lui à la communication, notamment sur internet alors que Philippe est un amoureux de l’image et du reportage. Ce dernier explique « qu’il est important de ralentir l’information, de prendre le temps de rapporter les faits comme ils sont. Nous avons vu avec les propos Castaner (sur l’intrusion à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière) la gravité à laquelle peut conduire la précipitation ».

Alors que la répression se durcie et que de plus en plus de gilets jaunes se questionnent sur la suite, cette assemblée citoyenne est brandie comme la preuve que le mouvement vie et fédère toujours au niveau local. Entre la projection de « j’veux du soleil » ou quelques blagues de Chraz, cette journée festive a permis de débattre sur ce qui ne fait pas consensus au sein du mouvement. Jeunesse et chômeurs peu mobilisés ou essoufflement de la contestation, les gilets jaunes savent que le mouvement doit rester visible malgré les difficulté tout en gardant de la distance face à toute forme de représentativité. Enfin, face à un outil comme Facebook, à la fois relai principal et menace, le traitement du mouvement par les médias et les réseaux sociaux semble apparaitre comme une question de plus en plus fondamentale chez les gilets jaunes.

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