Chroniques Belgradoises – Partie 1

Le réalisateur Pierre Merejkowski nous propose sa Chronique Belgradoise. Issus d’un voyage en Serbie, ces textes courts illustrent par une série de rencontres le passage de l’ex-Yougoslavie à une économie de marché. Nous en publions deux épisodes chaque lundi. Deux précédents épisodes sont à retrouver sur le blog de Pierre Merejkowski ici et ici.

Budapest/ place du Parlement/l’insurrection

Les traces des balles tirées par les chars soviétiques sur le Parlement de Budapest ont été effacées. Victor Orban ex communiste converti  au nationalisme soutient l’ex membre du KGB en poste à Berlin Est  Poutine, au nom de la lutte contre la dégradation occidentale soumise comme ils disent à l’universalisme. Une gigantesque photographie rappelle les bienfaits de la nouvelle technologie de Samsung à la pointe de la modernité. Un chat  traverse en dehors des clous.  Les traces des balles des chars ont été une par une recouvertes par une couche de ciment blanc. L’insurrection de 1956 de Budapest n’a jamais eu lieu. Elle n’a jamais existé. Le drapeau Hongrois flotte au dessus de l’immeuble qui abrite des locaux de l’ONU. Les nationaux bolchéviques poursuivent leur chemin fondé sur la falsification, l’effacement des photos de leurs propres dirigeants, l’éducation populaire, l’art populaire, le sport populaire,  l’important pour eux étant de nier l’individu qui est  coupable, comme en Syrie, les nationaux sociaux sous le couvert d’une laïcité qui ne reconnait aucun droit aux pauvres poursuivent leur même chemin,  il s’agit de détruire toute initiative qui échapperait au pouvoir central, au chef, à ceux qui savent, parce que comme dit le Pope, le Psychologue freudien,  le secrétaire de la cellule du Parti Communiste local, le dirigeant des Jeunesses Communistes,  le peuple est bête immonde, et il a besoin d’encadrement. Sous les arcades du Parlement, entre les rayons du soleil apaisant, les bustes des héros de la Nation  Hongroise.  L’ordre, leur ordre ne durera pas. Les chars soviétiques n’ont pas pu tirer par manque de recul sur le toit du Parlement. 

 

Budapest/conversation/ la synagogue

Ce n’est pas un complot. Je vous interdis de me ridiculiser en usant de vos habituels arguments. Je n’ai jamais parlé de complot. Victor Orban en sa qualité d’ex-membre du parti communiste hongrois poursuit sa mission d’encadrement. Les gardes frontières hongrois ont le droit d’abattre sans sommation les sans papiers. Mon anglais défaillant m’a presque permis de comprendre qu’une petite fille avait reçu comme cadeau d’anniversaire une maisonnette peinte en jaune avec un jardin propret protégé par plusieurs rangées de barbelés. Victor Urban répète  la manœuvre des soviétiques qui après la seconde guerre mondiale avaient libéré des goulags des anciens dirigeants juifs du parti communiste  polonais pour les nommer à la tête de la Pologne, justifiant ainsi le fait que l’URSS était une démocratie populaire, justification qui fut reprise à son  compte par le poète Iessenine qui composa le poème Baby Yar mis en musique par Chostakovitch, qui en tant qu’artistes dépendants du Pouvoir, avaient orchestré ces vers rappelant que l’internationalisme prolétarien ne pouvait être antisémitisme. La synagogue de Budapest a été rénovée, elle trône dans le centre de Budapest, elle a été repeinte. Une barrière de protection suivie d’autres barrières de protection conduit à une guérite. Dans cette guérite, des billets d’entrée sont vendus pour une somme relativement importante pour des étrangers de passage et exorbitante pour des habitants de Budapest. Des jeunes à kippa stationnent entre la guérite et les barrières. Ils portent des tees shirts élégants et des lunettes teintées de marque les protègent du soleil. Je ne les dévisage pas. L’ouverture en grande pompe de la synagogue de Budapest  laisse entendre que la Hongrie n’est pas dirigée par un parti d’extrême droite xénophobe. Les jeunes à kippa devant la guérite parlent entre eux en américain. Ils ne me dévisagent pas. Ils m’ignorent. Au nom de l’efficacité, de l’assimilation, de l’encadrement d’un idéal qui par sa promesse n’a aucun rapport avec une guérite et des barrières, ils collaborent peut être sciemment à une manœuvre du pouvoir  qui  en fixant par un prix prohibitif l’entrée dans une synagogue reprend les habituelles diatribes antisémites concernant une pseudo cupidité des juifs qui prépareront les conditions du prochain pogrom de Budapest qu’ils escomptent afin de m’enrôler de force dans l’armée israélienne.

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