Construire ensemble un esprit critique : grandes ambitions pour petits citoyens

Publié le 15 mars 2018

Qu’est-ce que l’esprit critique ? Comment l’appréhender comme objet d’apprentissage ? Quelle relation entretient le concept avec l’éducation aux médias et à l’information ? Autant de questions posées lors de cette journée de formation ouverte à 250 professeurs des écoles d’Auvergne réunis ce mardi 13 mars, à l’initiative du rectorat, dans les locaux du réseaux Canope, le réseau de création et d’accompagnement pédagogique.

Benoît Delaunay, recteur de l’académie de Clermont-Ferrand, ouvre les débats « La mission de l’école est de former des citoyens éclairés, ce qui passe par l’apprentissage des savoirs mais aussi par la prise de recul sur ces savoirs » Nicolas Rocher, référent Education aux médias et à l’information, précise, « Le but de l’éducation est de préparer à l’exercice de la citoyenneté dans l’air de la société de l’information. Il n’y pas de liberté sans esprit critique, ni d’expression libre »

Comment l’école peut-elle atteindre ces objectifs ? L’inspecteur général Histoire et Géographie Jérôme Grondeux, a été membre d’un groupe de travail qui s’est penché sur la question. Il précise le point de départ de la réflexion « Nous avons tenté de nous repérer sur ce qu’est l’esprit critique non pas en cherchant une définition mais en se posant la question de manière éducative. Quelles pratiques pouvons-nous mettre en œuvre ? Vers où veut-on aller ? »

A l’issue de la réflexion, le groupe s’accorde à définir l’esprit critique « comme une dynamique et non comme un état de fait. Quelque chose qui évolue tout le long de la scolarité. » Jérôme Grondeux ajoute, « Nous sommes tous (les professeurs autant que les élèves), sur un chemin, et il importe aux professeurs de mettre les jeunes sur ce chemin en espérant qu’ils y restent. L’esprit critique doit être conçu comme une posture, une manière d’essayer d’appréhender le réel avec recul pour avoir une bonne saisie de ce réel. Il est le résultat d’un processus cumulatif et transdisciplinaire »

Entendu comme tel, l’esprit critique est indissociable d’une posture de modestie, « Gardons la conscience que le réel est complexe et du statut de l’erreur. Il faut accepter de se tromper, comprendre que ça n’est pas grave et que nous allons le refaire à l’avenir » Un message qui s’adresse autant aux élèves qu’aux enseignants et qu’il illustre par la manière dont est enseignée la démocratie. « Il faut l’introduire avec une forme de complexité, montrer comment elle fonctionne en vrai et pas seulement dans ses principes » Conscientiser la tension du réel et « percevoir l’écart entre les valeurs et les faits » Sortir de l’idée que nous comprenons et savons tout sur tout. Cette conscience de notre part d’ignorance, est la condition sine qua non à l’exercice équilibré d’une pensée critique. Elle permet de savoir à quel moment suspendre son jugement, « Il faut prendre le temps de lire tout le texte avant d’y chercher une interprétation » Jérôme Grondeux considère que l’école est le lieu idéal à cet exercice, là où il est permis de faire une pause pour construire tranquillement son opinion.

Grondeux conclut en insistant sur la nécessité d’entretenir une relation avec l’information, quelle qu’elle soit.  Il soutient donc les initiatives telles que les clubs de presse ou les webradios qui établissent une relation au monde des médias, première étape vers la construction progressive d’un esprit critique. « Il faut s’informer, on ne peut pas avoir un esprit critique dans les médias si, on ne les utilise pas. Il faut travailler à construire progressivement un rapport régulier à l’information. »  Ce lien est le meilleur allié qu’il soit pour éviter de tomber dans les dérives d’une critique systématique ou, dans des théories complotistes. « Ce qu’il nous faut rechercher, c’est douter sainement, il s’agit d’un équilibre. Il y a une différence entre la critique systématique et le critique constructive. On établit des faits, et on discute des interprétations. Le relativisme doit s’exercer face aux interprétations et non par rapports aux faits établis. »

Ce sont justement ces théories du complot qui seront au centre des réflexions du reste de la matinée. Leur visibilité et leur diffusion, toujours plus importante à l’heure des réseaux sociaux, inquiète. Quel(s) diagnostique(s) poser et quelles actions mener pour contrer efficacement cette tendance ? Quelques pistes, parfois radicalement différentes, sont évoquées.

Didier Desormeaux, responsable de département à l’Université France Télévisions, s’interroge sur la puissance des images et s’inquiète des nouveaux ressorts de ces théories. « Aujourd’hui, les théories du complot ne reposent plus uniquement sur un raisonnement mais se basent sur l’émotion et les images. Et en une image, une théorie complète peut être résumée » Elles s’appuient davantage sur nos sensations que sur notre raison et comme le précisent Pascal Huguet et Loreleï Cazenave, chercheurs au laboratoire de psychologie sociale et cognitive de Clermont-Ferrand, « Nous ne sommes pas des êtres parfaitement rationnels ». Des travaux scientifiques menés par Daniel Kalman tendent à montrer que la majorité du temps, nous traitons l’information de manière intuitive en dehors de tout raisonnement logique. En particulier, précisent Loreleï Cazenave, il existe certains biais qui nous influencent dans notre perception. Des effets de confirmation par exemple, qui expliquent que « nous retenons plus facilement ce qui confirme nos hypothèses. » Un ensemble de procédés utilisés dans les algorithmes des moteurs de recherche comme Google ou, dans la sélection du fil d’actualité Facebook.  Des procédés clivant, puisque le choix des pages conseillées est basé sur nos consultations précédentes. Si je like la page d’une marque de chaussures, Facebook va sans doute me proposer un point de vente en ligne de la marque. La même logique dans d’autres domaines comme la politique pose question car elle pousse à la radicalisation des positions plutôt qu’à la confrontation des points de vue.

Enfin, changement de perspective avec le délégué académique à la défense, monsieur Philippe Destable… De but en blanc, il lie ces questions avec la défense de nos sociétés et insiste sur le pouvoir des images en temps de guerre « Une image peut renverser une victoire militaire en une défaite politique ». Ce qui fait de la communication et du partage des informations un enjeu essentiel dans les politiques de défense. Pour construire son « auto-defense intellectuelle, il faut construire et diffuser une culture commune de la résilience » et, faire prendre conscience aux élèves « qu’ils sont une cible et potentiellement une arme, il faut préparer les jeunes à la prochaine attaque »…

L’après-midi, les professeurs sont dispersés dans des classes d’atelier. Des acteurs variés sont présentés et c’est ici que Mediacoop intervient !

En tant qu’acteur actif dans l’éducation aux médias, Eloïse a animé en collaboration avec un journaliste de la montagne, Cédric Motte, une classe de professeurs sur le sujet des réseaux sociaux. Ce canal de diffusion qui bénéficie d’une audience importante et bouleverse le paysage médiatique est un nouvel acteur avec qui il va falloir construire le futur. De quoi tenir une après-midi de débats…

 

Et nous vous rappelons que vous pouvez nous contacter pour bénéficier de nos ateliers d’Education aux médias à redaction@mediacoop.fr 

 

Gwendoline Rovai

 

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Publié le 15 mars 2018
Écrit par Eloise LEBOURG

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