Contrats précaires : les oubliés du confinement ?

La vie suit son cours, dans la France confinée. Pour les plus chanceux, le télétravail permet de maintenir les salaires. Pour les travailleurs précaires, c’est une autre histoire : demandeurs d’emplois, ouvriers licenciés, vacataires… Les inquiétudes se multiplient.

« Restez chez vous ! » L’injonction, nécessaire pour endiguer l’épidémie de covid-19, n’a pas les mêmes conséquences pour tout le monde. Pour certains, cette période de confinement est vécue comme une suspension du temps, une pause quasi onirique dans le quotidien. Pour beaucoup d’autres, c’est une galère de plus, et une source d’inquiétude immense. On peut distinguer ceux-là en deux catégories : les sacrifiés et les oubliés. Les premiers sont ceux qui doivent aller bosser coûte que coûte ; parce qu’il a été décidé que leur santé était moins importante que celle de leur entreprise, ils sont envoyés au turbin comme des conscrits aux tranchées – après tout, « nous sommes en guerre ». Les seconds ne sont guère mieux lotis : pour eux, rien n’est prévu. Exclus de l’emploi traditionnel au profit de formes de sous-salariat, ils sont souvent laissés sur le côté des protections sociales qui accompagnent un emploi stable.  

Intérim, vacation, chômage… Tout le monde navigue à vue

Pour tous ces travailleurs en contrat précaire, c’est le flou généralisé en l’absence de directives nationales. Première crainte pour les intérimaires et les contractuels : le non-renouvellement de leurs contrats pendant la période de confinement. « On navigue complètement à vue », indique Stanislas Favre, représentant CGT de l’agence d’intérim Randstad. « Les intérimaires doivent être payés jusqu’à la fin de leur contrat, confinement ou non. Ce qui est inquiétant, c’est ce qu’il va se passer ensuite. Il y a déjà eu énormément de non-renouvellements. Beaucoup de contrats vont se terminer le 29, ça risque d’être une hécatombe. Mais pour l’instant, on est dans l’attente : on ne sait pas ce que va faire Michelin, il y a toujours un affrontement entre le secteur du BTP et le gouvernement sur la reprise des chantiers… Le gouvernement veut faire reprendre le travail malgré les risques de contamination, certains craignent une reprise forcée, mais les salariés et le patronat du secteur s’y opposent. Donc personne ne sait quand il va travailler ou non. » En somme, les intérimaires sont suspendus aux décisions des entreprises, lesquelles marchent sur des œufs entre deux déclarations gouvernementales. Mais quoi qu’il en soit, rien n’est encore prévu pour aider financièrement ces travailleurs précaires laissés sur le carreau.

Du côté de la fonction publique, les inquiétudes sont semblables. « Si des responsables s’amusent à ne pas payer les contractuels jusqu’à la fin de leur contrat, il y aura des attaques au tribunal administratif dans la minute, et on va gagner » prévient Frédéric Campguilhem, de la CGT Educ’Action 63. « Leur renouvellement est laissé à la discrétion des établissements, d’après une note du rectorat. En revanche, c’est plus compliqué pour les enseignants vacataires, d’autant que beaucoup d’entre eux n’ont même pas de contrat de travail… » Payés à la mission, les vacataires sont parmi les plus précaires des salariés, sans aucune protection. Pour eux, l’arrêt du travail signifie l’arrêt net de la rémunération, de manière parfaitement légale. Pour beaucoup, la mission prévoit une rémunération liée au temps de présence devant les élèves, mais ne prévoit rien sur le télétravail. « Tout ce qu’on peut conseiller aux enseignants vacataires, c’est de garder la trace de tout le travail qu’ils font pour assurer la fameuse continuité pédagogique – qui au passage va démultiplier les inégalités sociales entre les élèves. Mais pour l’instant, personne ne sait qui va être payé ou non. » La situation est meilleure pour les animateurs vacataires qui dépendent de la municipalité clermontoise. Suivant les recommandations de l’Association des DRH des Grandes Collectivités Territoriales, la capitale auvergnate a décidé de maintenir leurs salaires. Ils ont ainsi appris que « les heures réalisées entre le 1er et le 13 mars ainsi que les heures qui auraient été réalisées en temps normal entre le 14 et le 31 mars seront rémunérées lors du versement de la paie du mois d’avril », selon un mail qui leur a été transmis le 17 mars.

Les allocataires de l’assurance chômage devraient également bénéficier d’un court répit pendant la période de confinement. « La fin des droits a été repoussée d’un mois, et les sanctions pour non-recherche d’emploi sont interrompues pendant le confinement », confirme Stanislas Favre. « On sait aussi que tous les efforts sont concentrés sur le fait de verser les allocations à la fin du mois, y compris pour tous ceux qui se retrouvent au chômage à cause du confinement. »

Illustration : archives janvier 2019

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Publié le 24 mars 2020
Écrit par Davy DELFOUR

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