Cosette Cartonera : de l’artisanat Sud-Américain à l’édition auvergnate

Maison d’édition artisanale, Cosette Cartonera termine avec succès son premier financement participatif pour Marchand de graines, son prochain ouvrage. Portrait d’un éditeur très spécial mêlant responsabilité écologique et sociale, sur un modèle importé d’Amérique latine.

Les habitués de l’économie sociale et solidaire clermontoise commencent déjà à bien connaître les couvertures cartonnées, reliées à la main, qui ornent les ouvrages sortis des ateliers de Cosette Cartonera. Derrière ce nom, une maison d’édition un peu spéciale, et qui commence à faire parler d’elle : le financement participatif de son prochain livre atteint déjà les 130 % ! Pour en savoir un peu plus, nous avons rencontrés Alicia Cuerva et Monsieur Tortue, qui mènent tous les deux la barque.

Deux jeunes clermontois qui ne se destinaient pas le moins du monde au secteur de l’édition. « Travailler dans le livre relevait surtout d’un rêve un peu inavoué », raconte Monsieur Tortue, issu du secteur sportif. Car le projet trouve son origine de manière peu commune, durant une recherche universitaire. Alors en master pour devenir enseignante d’espagnol et de portugais, Alicia se rend à la frontière brésilo-paraguayenne pour y étudier un dialecte mixte. « Là, je fais la rencontre d’un auteur qui écrit des livres pour enfants en portuñol. Il me fait découvrir sa maison d’édition, et j’ai tout de suite envie de faire la même chose. » C’est son premier contact avec le modèle « cartonera » : une méthode d’édition écologique et sociale, qui trouve son origine dans la crise économique des pays latino-américains. Alors que le continent se paupérise dans les années 2000, on y voit se multiplier les « cartoneros » et « cartoneras », des travailleurs pauvres qui récupèrent le carton pour le revendre. « Des maisons d’éditions indépendantes ont l’idée de les aider en achetant le carton plus cher, pour en faire des couvertures, et éditent des textes fournis gratuitement par les auteurs. Traditionnellement, ces éditeurs gardent le mot « cartonera » dans leur nom. » Motivée par cette expérience, la jeune femme revient en France où elle monte la maison d’édition associative Cartoceros Éditions, avec d’autres étudiantes de l’Université Blaise Pascal. « J’y ai fait mon service civique à la fin de mes études, et je me suis rendue compte que j’avais trouvé ma voie. » Ses créateurs prenant des directions différentes, Cartoceros finit par s’arrêter. Alicia retourne alors en Amérique Latine pour se former aux métiers de l’édition, et arpente le continent de la Colombie à l’Argentine durant un an pour y travailler dans les différentes éditions « cartoneras ». De retour à Clermont-Ferrand, elle lance Cosette Cartonera et édite majoritairement des textes latino-américains qu’elle traduit, faisant du café Les Augustes son atelier temporaire. C’est là qu’elle rencontre Monsieur Tortue, employé du café-lecture, qui se joint au projet en 2018 et devient entre-autres auteur pour les derniers livres publiés.

Depuis un an, c’est donc ce joyeux binôme qui constitue la maison d’édition artisanale Cosette Cartonera, affirmant peu à peu une ligne éditoriale tournée vers la jeunesse, tout en portant des valeurs de protection de l’environnement, de promotion de l’artisanat et de responsabilité sociale. La petite structure se fait connaître peu à peu du public et des libraires, notamment grâce aux associations tournées vers l’économie sociale et solidaire. « Ça reste difficile de s’étendre en-dehors de l’Auvergne, parce que les diffuseurs sont frileux vis-à-vis des petites structures comme la nôtre. Mais dès que nous avons l’occasion de présenter nos livres en physique, de montrer comment on travaille, les gens sont convaincus. » Les livres de Cosette Cartonera sont désormais disponibles dans un réseau de plus en plus conséquent de librairies indépendantes. « On a également une boutique en ligne pour les lecteurs qui n’ont pas de librairie à proximité. » La petite maison d’édition vient de marquer une nouvelle étape dans son développement : grâce à la réussite haut la main de son premier financement participatif, elle va pouvoir réaliser 500 exemplaires de son prochain ouvrage, Marchand de graines. Celui-ci sera présenté au Rendez-vous du carnet de voyage, du 15 au 17 novembre prochain.

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