Des roses noires pour la Saint-Valentin

Aucun crime n’est passionnel, tel était le message d’Osez le féminisme (OLF), ce jeudi 14 février. En ce jour dédié au couple, l’association a rendu un hommage poignant aux victimes de violences conjugales.

« Excusez-moi, j’ai lu les panneaux mais… C’est pour un jour particulier ? » La jeune femme, sûrement une étudiante, touche un point sensible. Au pied de la statue de Vercingétorix, le rassemblement fait un peu tâche, en ce jour de saint Valentin. Sur le sol sont disposés des dizaines d’écriteaux. Chacun raconte l’histoire d’une femme tombée sous les coups de son conjoint, entre 2017 et aujourd’hui. Depuis le début de l’année, elles sont déjà 22 à être mortes de cette manière, souvent après avoir tenté de porter plainte. « Ça se passe tous les jours », répond une militante d’Osez le féminisme à l’étudiante. Avec ses deux amies, la jeune femme continue de discuter avec les militantes. Elles prennent encore quelques minutes pour lire d’autres panneaux, graver dans leurs mémoires quelques-uns des terribles récits qui s’étalent sur le sol. Puis repartent.

D’autres sont arrivés. Dans l’obscurité qui s’épaissit, on reconnaît quelques têtes : les représentantes d’OLF, un militant antifasciste, quelques syndicalistes étudiants… Mais la plupart des gens qui se rassemblent sont des inconnus. Des anonymes qui, traversant simplement la place, s’arrêtent pour comprendre, restent pour se recueillir. On voit des groupes d’étudiants, un papa avec un petit garçon dans les bras, une vieille dame avec une canne, des jeunes femmes voilées, des couples quarantenaires, des jeunes garçons de Croix-Neyrat, un retraité moustachu, deux femmes avec un bouquet dans les mains qui déposent une tulipe au pied des écriteaux. La plupart restent quelques minutes, discutent entre eux ou avec les personnes déjà présentes, prennent les panneaux en photo.

Après la prise de parole des organisatrices, des roses noires sont distribuées aux personnes rassemblées ici, puis déposées auprès des écriteaux. « Tous les ans, il y a l’équivalent d’un Bataclan de femmes qui meurent sous les coups de leurs conjoint », rappelle Gaëlle, militante à Osez le féminisme. Avec ce rassemblement, l’association espère sensibiliser le public et briser le silence autour de ces féminicides. Notamment, il s’agit de faire changer le comportement de la justice vis à vis de ces violences. « On peut le lire sur les feuilles, certaines femmes ont porté plainte trois ou quatre fois, et leur conjoint les ont quand-même tuées dans des conditions horribles », dénonce Gaëlle. « Il faut que ça s’arrête. » Faciliter le chemin de la plainte, donner plus de moyens à la justice, faire en sorte que les femmes ne soient pas accueillies par des moqueries dans les commissariats sont autant de revendications qui accompagnent cet hommage. « On essaye aussi de rappeler que ça peut toucher n’importe laquelle d’entre nous », continue la militante. « Ça peut être une collègue, la voisine du dessous, une amie qui n’ose pas parler… Et quand ça arrive une fois, il faut dire stop tout de suite. » Elle espère que le message va continuer à se répandre, que les personnes qui ont assisté à l’événement vont en parler autour d’elles. Et si le combat est encore loin d’être terminé, la réaction des passants donne de l’espoir à ceux qui souhaitent la fin des féminicides.

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