Désobéissance civile : quatre « décrocheurs » clermontois convoqués par la gendarmerie

Quatre personnes ont été convoquées à la gendarmerie pour leur participation supposée au décrochage du portrait d’Emmanuel Macron à la mairie d’Orcet, en juin dernier. Si le suites judiciaires ne sont pas encore connues, les militants s’attendent à un procès à la mi 2020.

Après une forte médiatisation il y a quelque mois, l’attention s’est un peu détournée des décrochages du portrait de Macron dans les mairies. Mais les actions se poursuivent, et avec elles les procès des militants d’ANV-COP21, le mouvement de désobéissance civile à l’origine de cette campagne. À Clermont-Ferrand, quatre activistes soupçonnés d’y avoir participé ont été convoqués par la gendarmerie ces deux dernières semaines. « Ils m’ont posé des questions sur les faits, les raisons de l’action, le nombre de participants… » raconte Juliette, première militante clermontoise à être entendue par les forces de l’ordre pour les décrochages, le 13 novembre. « Mais ils savent déjà tout ça, nous avons publié des vidéos sur les réseaux sociaux qui en parlent. Ils voulaient surtout connaître mon rôle lors de l’action, j’imagine qu’il leur faut des aveux pour des suites judiciaires… J’ai répondu que je ne souhaitais par m’exprimer devant les forces de l’ordre, les explications se feront devant un tribunal s’il y a des poursuites. J’ai aussi refusé de donner mes empreintes palmaires et mon ADN. » Comme elle, les autres militants clermontois sont relâchés après un interrogatoire de moins d’une heure en « audition libre », donc sans garde à vue.

D’après les convoqués, leur avocat estime que des nouvelles leur seront donnés d’ici la fin de l’année, pour des procès à partir de juin 2020. Des jugements à l’issue incertaine : « au niveau national, il y a eu des condamnations très diverses, de la relaxe à l’amende ferme », explique Jacky Chabrol, figure locale d’ANV-COP21 et auteur d’un ouvrage sur la désobéissance civile. « Tous sont dans l’attente d’un procès en appel. On attend notamment le verdict de la cour d’appel de Lyon, où les militants ont été relaxés. Il y a peu de chances que ce jugement soit confirmé, mais si c’était le cas, ça pourrait être un point d’appui très fort pour les autres procès. » Au maximum, les décrocheurs encourent une peine de 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende pour vol en réunion aggravé ; dans les faits, les plus fortes condamnations pour le moment sont des amendes de 500 euros ferme ou 1.000 euros avec sursis. « On a conscience des risques encourus et on assume les conséquences, on s’attendait à une certaine répression », assure Juliette. Pour autant, les décrocheurs se sont attirés une réaction judiciaire d’une force relativement inédite : près d’une trentaine de procès ont déjà eu lieu, contre 3 pour les « faucheurs de chaises » en 2017. « Aucune autre campagne d’ANV-COP21 n’a suscité une telle répression », confirme la militante. « Ce doit être intolérable pour le gouvernement qu’on s’attaque directement à son image. En tous cas, ce n’est pas ce qui nous arrêtera, et on continuera d’agir à visage découvert, en tant que citoyens, pour montrer qu’il s’agit d’une préoccupation large. S’il y a de la répression, c’est aussi un signe qu’on tape juste. »

Un premier objectif largement atteint, puisque la campagne de décrochage a trouvé un fort écho médiatique. « L’action a dépassé le cadre militant », confirme Jacky Chabrol. « Quelque-chose qui pouvait paraître saugrenu et un peu étrange est maintenant beaucoup plus simple à expliquer. » Les revendications d’ANV-COP21, à savoir le respect des engagements pris lors de l’accord de Paris et la garantie de la justice sociale, sont désormais largement associées aux décrochages de portraits, et aux actions de désobéissance civile en général. Et ce devrait être encore le cas dans les mois qui arrivent : après une première vague de décrochages en vue du G7, où le groupe écologiste voulait « montrer comment est vu le champion de la Terre dans son propre pays », ANV-COP21 appelle à reprendre cette campagne en vue des élections municipales. « Il va y avoir des listes se réclamant d’En Marche qui vont tenter de se présenter comme des écologistes, alors qu’ils ne tiennent pas leurs engagements au niveau national », continue Jacky Chabrol, pour qui le rôle d’ANV-COP21 est également « d’informer les électeurs pour qu’ils puissent faire leur choix en connaissance de cause. » « Nous interpellerons également l’ensemble des candidats comme nous l’avons fait pour la municipalité actuelle pour demander des actions, en priorité sur la végétalisation de la ville, l’accueil d’urgence et la publicité. »

Le groupe clermontois s’attend à recevoir d’autres convocations dans le cadre des décrochages dans les prochaines semaines. En attendant, les actions de désobéissance civile se poursuivent, notamment via le collectif Stop-pub qui réunit de nombreux mouvements et associations locales. Une large part du mouvement écologiste clermontois se réunira ce vendredi sur la place de Jaude, pour un « block Friday » contre la surconsommation.

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