Étudiants à la rue : vers une crise annuelle sur fond de racisme ?

La rentrée universitaire a été marquée, à Clermont-Ferrand, par un encombrement des cités universitaires laissant une quarantaine d’étudiants à la rue jusqu’à la mi-octobre. Si la situation semble débloquée, les craintes d’une crise annuelle demeurent.

Inconnu à Clermont-Ferrand il y a quelques années, l’encombrement des logements étudiants est-il en passe de devenir un problème de masse ? Pour cette dernière rentrée universitaire, au moins une quarantaine d’étudiants se sont retrouvés sans solution de logement pendant plus d’un mois ; une situation inédite dans la capitale auvergnate. « Le CROUS était saturé, les foyers jeunes travailleurs étaient saturés, même le 115 était saturé ! » déplore Isaac, représentant de l’UNEF Auvergne. « On a recensé quarante personnes à la rue, surtout des étudiants étrangers. Mais il y en a certainement beaucoup plus dont on n’a pas connaissance. »

Une galère que raconte Lydia, étudiante en biologie. « J’ai fait ma demande pour une chambre en cité universitaire en mai dernier, sur la plateforme internet dédiée. En juin, on m’a répondu qu’il n’y avait plus de place. » Bientôt la rentrée arrive, et la jeune femme ne trouve toujours pas de logement, malgré des recherches intensives dans le parc privé. En attendant, elle trouve refuge dans la chambre universitaire d’une amie, avec une autre camarade dans la même situation ; pendant plus d’un mois, les trois étudiantes se serrent à trois dans un espace de 9 m². « L’amie qui nous hébergeait travaille de nuit, dans les inventaires. Quand on ne pouvait pas faire autrement, on devait attendre qu’elle rentre dans les escaliers de la cité universitaire, jusqu’à trois heures du matin. » La journée, elle multiplie les appels et les démarches pour trouver un appartement dans le parc privé. Mais les réponses négatives se multiplient. « J’ai contacté plusieurs agences, j’étais en permanence sur leboncoin pour regarder les nouvelles offres, mais impossible de trouver. J’avais tous les papiers qu’il fallait, j’avais un garant, mais dès que je disais “nationalité algérienne”, on me disait que l’appartement était déjà loué. Je ratais des cours obligatoires pour les visites, et elles étaient annulées au dernier moment ! » La situation devient pourtant urgente pour la jeune femme, qui décrit des difficultés à suivre ses études dans de telles conditions, et a besoin d’une adresse pour renouveler son titre de séjour.

Pour l’UNEF, les discriminations au logement ont largement contribué à cette situation. « Quelques-uns des étudiants concernés auraient dû n’avoir aucun problème : ils étaient parfois prêts à payer 500 euros par mois pour le moindre petit appartement », raconte Isaac. Mais cette pratique massive et souvent impunie ne doit pas faire oublier un autre problème : les résidences universitaires n’ont pas une capacité d’accueil suffisante pour absorber la demande. « Le CROUS de Clermont-Ferrand nous explique qu’il remplit son objectif : héberger 10 % des étudiants de l’académie, et accepter toutes les demandes des étudiants boursiers. Ce qui est loin d’être suffisant : en France, plus de 60 % des étudiants n’ont pas droit aux bourses, ce qui ne les empêche pas d’être en situation de précarité. » Pour le syndicat, le recours au parc privé n’est pas une réponse. « On essaye de nous vendre comme une solution la construction de logements étudiants dans l’hôtel-dieu et l’école d’architecture, en2021 et 2023. Mais le projet ne correspond pas aux besoins : il faut des loyers à tarifs sociaux, pas de grosses résidences privées hors de prix. Les étudiants qui demandent un logement au CROUS ne sont pas concernés par cette offre. Et il ne faut pas se voiler la face : beaucoup choisissent d’étudier à Clermont-Ferrand parce qu’ils ne peuvent pas se permettre d’habiter dans les plus grandes villes. Ils ont besoin de loyer à tarif social. » Pour gérer la crise du début d’année, le CROUS, l’université Clermont-Auvergne, la mairie et l’UNEF se sont rencontrés. Mais les réunions laissent un arrière-goût amer aux syndicalistes. « La mairie a accepté d’aider individuellement les étudiants dont nous avions les contacts, mais aucune solution globale n’a été proposée, et l’ouverture d’une nouvelle cité universitaire est rejetée en bloc par le CROUS. » Un groupe de travail doit être constitué pour anticiper une situation similaire à la rentrée prochaine. Si aucune solution pérenne n’en émerge, les craintes sont celles d’une crise analogue à celle de l’hébergement des réfugiés : laissés trop nombreux à la porte des accueils d’urgence, ils n’ont d’autre choix que de former des campements de fortune, de plus en plus réguliers. Pendant ce temps, les résidents des cités-universitaires continuent leur mobilisation contre la hausse systématique des loyers, et leur pétition atteint déjà 2.000 signatures sur les 4.000 chambres de l’académie.

Photo d’archives : rassemblement contre l’indexation des loyers du CROUS sur l’IRL.

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