Évacuation du squat du Bout du monde, une vingtaine de personnes à la rue

Ce matin, lundi 27 mai, les occupants du squat du Bout-du-monde, proche de la place du 1er mai, ont été expulsés du bâtiment qu’ils occupaient. Celui-ci a été muré dans la foulée, laissant une vingtaine de personnes à la rue. Des discussions sont en cours pour trouver un hébergement d’urgence aux anciens occupants du squat.

« Ils auraient pu nous laisser deux jours pour trouver un autre endroit… Qu’est-ce qu’on va faire, maintenant ? » Abasourdi, un jeune demandeur d’asile regarde, impuissant, les ouvriers qui recouvrent la façade du squat du Bout-du-monde d’un mur de parpaings. En tout, ce serait 21 personnes sans domiciles, françaises et demandeuses d’asile, qui se retrouveraient à la rue. « Ils sont venus nous réveiller à 8 heures du matin, et ils nous ont dit de partir immédiatement ! Il y avait la police et une femme qui ne s’est pas présentée, ils ne nous ont donné aucun papier. On a juste eu le temps de récupérer ce qu’on pouvait prendre avec nous, et ils ont commencé à murer. »

Un jeune homme m’emmène à l’intérieur pour me faire visiter les lieux, qui a accueilli des sans-abri pendant environ un an. Il reste quelques affaires : des ustensiles de cuisine, des matelas, des couvertures, une vieille télé cathodique… « Nous avons inventé le bonheur », dit un graffiti sur la porte d’entrée, citant Nietzsche. Dehors, un couple de retraité s’arrête, désolé par le spectacle. « La voilà, la politique de Macron ? On ne veut pas laisser les gens vivre ? », s’indigne la femme. « Il y a tant de gens qui vivent dans la rue, et cette maison qui est vide depuis des années ! C’est une honte. »

Pendant ce temps, les bénévoles du Droit au logement (DAL63) tentent de trouver des solutions et des explications. Mais l’expulsion est trop inattendue, trop rapide pour être empêchée. Alors ils essayent de recenser les occupants, mais la saturation des hébergements d’urgence leur fait craindre une mise à la rue pure et simple des résidents du squat. « Ce sont des personnes qui ont droit à un hébergement, les autorités ne peuvent pas les expulser avant de leur avoir trouvé un relogement ! », fustigent les militants. Un représentant de l’EPF-Smaf, l’organisme propriétaire de l’immeuble, assure que le tribunal a émit une ordonnance d’expulsion avant la trêve hivernale, mais refuse de la présenter aux anciens occupants du lieu et aux bénévoles.

À 16 heures, le DAL63 indiquait que les tensions avec l’EPF-Smaf étaient redescendues et les discussions ouvertes. « On est prêt à démarrer des négociations avec le Smaf pour trouver une nouvelle solution d’hébergement pour ces personnes, y compris en signant une convention », résume Fatima Chennouf-Terrasse. « Dans l’immédiat, on va essayer de trouver un hébergement d’urgence pour tout le monde avec la Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) ».

Au Bout-du-monde, l’îlot de solidarité est redevenu une vieille maison vide. Derrière les parpaings, ne restent que la télé, que les ouvriers ont renoncé à jeter par la fenêtre du premier étage, et la citation de Nietzsche sur une porte qui ne s’ouvrira plus. « Nous avons inventé le bonheur, » – disent les derniers hommes, et ils clignent de l’œil.

[Mise à jour] Après une entrevue avec le DAL63, la DDCS s’est engagée à reloger les anciens occupants du squat du Bout-du-monde dès ce soir. Ils devraient être accueillis dans un gymnase. L’association n’a cependant pas obtenu de solutions concernant une autre famille à la rue dont elle conteste la non-prise en charge.

Le représentant de l’EPF-Smaf présent lors du reportage n’a pas souhaité répondre à nos questions pendant l’expulsion. Il a indiqué prendre contact avec nous si l’organisme souhaitait exercer son droit de réponse.

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