« Face à la déferlante libérale, il faut ériger des digues »

À l’initiative de Chôm’actif, plusieurs associations invitent à un double événement : une conférence gesticulée ce soir, vendredi 22 novembre, et une série d’ateliers demain matin. Une manière de se retrouver dans la convivialité en luttant contre la campagne de stigmatisation des chômeurs qui accompagne la dernière réforme de l’assurance chômage.

Depuis ce 1er novembre a commencé à s’appliquer la dernière réforme de l’assurance chômage, avec son lot de mesures répressives contre les demandeurs d’emplois : radiations facilitées, rechargement des droits plus difficile, réduction des indemnités… Des changements justifiés par une idéologie libérale qui prône la responsabilité complète de l’individu sur sa situation. Dans ce contexte, l’association Chôm’actif a réuni plusieurs collectifs (SNC, Secours catholique, Secours populaire, Amis du temps des cerises) pour organiser un double événement, ce soir et demain matin, animé par Alexis Lecointe. C’est donc une conférence gesticulée qui se tiendra aujourd’hui à 20 heures à la salle Georges Conchon, autour du monde du travail. Demain matin, le gesticulant animera deux ateliers, « génération burnout » et « imaginer le travail au XXIe siècle », à partir de 10 heures dans la salle Bien-Assis.

« L’objectif est de se retrouver pour parler de ces sujets graves, mais avec un ton ludique et théâtral » explique Yves Gueydon, représentant de Chôm’actif. « On ne voulait pas quelque-chose de déprimant, ceux qui sont dans pauvreté savent déjà ce que sont ces galères. Donc ce sera un moment de convivialité, pour échanger et déconstruire au passage cette stigmatisation des chômeurs. C’est aussi l’occasion pour nous de travailler avec d’autres associations ; ce n’est que dans l’union que l’on peut lutter contre les politiques qui attaquent nos droits. » Et de la lutte, il y en a besoin : « ce sont comme toujours les plus fragiles qui sont attaqués » par cette réforme, pour le militant, qui compte alerter l’opinion publique sur la violence sociale qu’elle engendre. D’autant que le rapport est évident avec d’autres sujets d’actualité, comme la réforme des retraites contre laquelle la bataille s’engage le 5 décembre, et la précarité étudiante remise sur le devant de la scène par la tentative de suicide d’un jeune lyonnais. « Le gouvernement nous dit que la situation s’améliore, mais c’est un mensonge éhonté. Il n’y a pas de baisse du chômage, simplement un changement de forme : aujourd’hui, un chômeur accumule les petits boulots précaires. 70 % des offres d’emploi concernent des contrats de moins de deux mois, qui vont jusqu’à du travail à la journée, comme au début du siècle dernier ! Donc même en ayant un peu travaillé le mois précédent, on reste durablement en situation de chômage. » D’après l’association, prendre en compte ces personnes pousserait à près de 7 millions le nombre de chômeurs en France. La nuance est également de mise quant aux annonces de reprise économique : si le pouvoir d’achat a augmenté ces 3 dernières années, le représentant de Chôm’actif met en avant une amélioration captée pour moitié par les 1 % les plus riches, et dont la seconde moitié est due aux quelques victoires sociales des Gilets jaunes. « Ça prouve encore une fois que c’est par la lutte qu’on peut gagner. Les avantages qu’on peut avoir ne sont pas tombés du ciel : même les tarifs sociaux pour les transports publics sont le résultat d’un combat qu’on a mené, et il a fallu se battre encore pour qu’il n’y ait pas un ticket de couleur différente pour les chômeurs. C’est la même chose pour les différents régimes de retraite : les gens se sont longuement battus pour obtenir ces avantages, et va leur enlever ? »

À l’inverse de ce qui est proposé par le gouvernement, Yves Gueydon prône une retraite minimum au niveau du SMIC, et une augmentation de celui-ci. « On vit une véritable déferlante libérale ; il faut ériger des digues si on ne veut pas qu’elle fasse s’effondrer tout l’édifice. La première à construire, c’est une digue par en-dessous : plus personne ne doit vivre avec moins que le seuil de pauvreté. C’est aussi ça qui va empêcher les étages supérieurs de tomber : en permettant la précarisation générale de l’emploi et l’embauche pour de très bas salaires, ce sont les conditions de travail de tout le monde qui sont tirées vers le bas. » Pour imposer ces avancées à la place de la casse en cours des droits sociaux, il espère une mobilisation générale à partir du 5 décembre, qui intégrerait la bataille pour le retrait de la réforme du chômage. Un tract unitaire signé par plusieurs organisations syndicales est en cours de préparation, et doit être distribué dès la semaine prochaine devant les pôle emploi de Clermont-Ferrand.

Photo d’archives : intervention de Chôm’actif lors de la manifestation du 1er mai à Clermont-Ferrand.

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