Face à la menace turque, le Rojava appelle au soutien international

Alors qu’une “zone de sûreté” au Rojava vient d’être négociée entre la Turquie et les Etats-Unis, les kurdes continuent de craindre une invasion turque. La Commune internationaliste du Rojava appelle à des actions et des manifestations les 6 et 7 septembre.

À quel jeu jouent les puissances internationales au Rojava ? Depuis la défaite officielle de l’État Islamique, cette région du Nord-Est de la Syrie concentre toutes les tensions entre les différentes forces engagées militairement et diplomatiquement dans les alentours. Contrôlée par une administration autonome avec le soutien des Forces démocratiques syriennes (FDS), le territoire kurde est au cœur d’intenses négociations entre la Turquie, la coalition internationale, et le régime Syrien. « Actuellement, on a trois problèmes principaux », résume Varlîn, militant de la Commune internationaliste du Rojava (proche FDS). « Daesh, dont l’organisation a été défaite mais dont l’idéologie et de nombreuses cellules sont encore présente ; les prisonniers que les pays occidentaux refusent toujours de récupérer, ce qui crée une crise diplomatique ; et la Turquie, qui occupe le canton d’Afrin (1). » De loin, c’est ce troisième point qui inquiète le plus les révolutionnaires kurdes et leurs alliés. Ankara, qui mène une politique de remplacement migratoire dans le canton d’Afrin occupé depuis le printemps 2018 et intensifie la persécution des kurdes sur son territoire, a menacé récemment d’annexer toute la région.

Les dernières négociations entre la Turquie et la coalition internationale (États-Unis en tête) semblent cependant repousser l’imminence d’une invasion du Rojava, avec un accord sur la mise en place d’une « zone de sûreté » d’une trentaine de kilomètres de large entre les territoires occupés par l’armée turque et le reste du Rojava sous contrôle des FDS. Cette zone devrait être évacuée par les troupes des FDS au profit des milices des administrations locales, renforcées par des patrouilles de la coalition internationale. « La menace d’un assaut comme celui d’Afrin retombe un peu, mais pour la Turquie, c’est une victoire sur le plan diplomatique » tempère Varlîn. « Ankara a réussi à s’imposer comme interlocuteur des États-Unis. La création d’une zone de sûreté revient aussi à dire que le Rojava n’est pas sûr lorsqu’il est contrôlé par l’auto-administration de la Syrie du Nord, ce qui ouvre la porte à une extension de cette zone ou à son déplacement au profit de la Turquie.Il faut aussi voir cette évolution dans son contexte : Afrin est toujours occupée, et la Turquie installe des bases militaires au Bashur (2), où elle met sous embargo des camps de réfugiés où nous sommes présents, déclenchant de graves crises humanitaires. C’est un encerclement, pas une pacification. »

« L’enjeu n’est pas seulement la lutte contre l’impérialisme et le fascisme turques. C’est aussi le combat pour un projet révolutionnaire de démocratie radicale, féministe et écologiste. »

Varlîn

C’est face à ces tensions que la Commune internationaliste du Rojava, qui regroupe des volontaires internationaux oeuvrant dans la société civile, appelle à la mobilisation internationale contre l’invasion turque avec la campagne « Rise up for Rojava ». « On essaye de mettre en lumière la possibilité de bloquer l’invasion depuis d’autres lieux », insiste Varlîn. « On compte sensibiliser l’opinion publique internationale, notamment européenne, et faire déboucher cette sensibilisation sur des actions contre la collaboration avec l’État, le capital et l’armée turcs. » À long terme, Varlîn espère également que ce sera l’occasion de se regrouper pour les forces antifascistes et anticapitalistes internationales. « L’enjeu n’est pas seulement la lutte contre l’impérialisme et le fascisme turcs. C’est aussi le combat pour un projet révolutionnaire de démocratie radicale, féministe et écologiste. » Des actions et des manifestations sont prévues dans plusieurs pays les 6 et 7 septembre, notamment au Royaume-Uni contre le salon de l’armement. En France, la campagne est soutenue entre autres par la Jeune Garde Lyon et la Plateforme initiative pour un confédéralisme démocratique. Le texte de l’appel est disponible sur riseup4rojava.org.

(1) Canton ouest du Rojava

(2) Région semi-autonome kurde du nord de l’Irak (au sud du Rojava)

Photo d’illustration fournie par RiseUp4Rojava

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *