Graff-in, une exposition éphémère pour un apprentissage durable

C’est une exposition surprenante qui se révèle à Chamalières du 19 au 27 septembre. Réunissant 10 graffeurs professionnels et les artistes en herbe du foyer Clair Matin, les murs dévoilent une œuvre commune autant graphique qu’éducative.

Le public était présent en nombre ce 19 septembre lors du vernissage de l’exposition éphémère Graff-in. Elle prend place dans l’un des anciens bâtiments du foyer éducatif Clair Matin, où sont accueillies de façon permanente 22 adolescentes et jeunes adultes. La moindre parcelle des murs a été recouverte de dessins fantaisistes aux couleurs éclatantes, de graffitis et de peintures. Des toiles, des boites aux lettres ou encore des portes dressées seules au milieu d’une pièce ont été, elles aussi, le support de la créativité des locataires de l’établissement. Et à l’étage, c’est 10 professionnels du Street Art Clermontois qui ont investi les surfaces, invitant les visiteurs à se balader de pièces en pièces, voyageant d’un univers artistique à l’autre.

Ces trois derniers mois, ce bâtiment a donc été la toile de fond d’un projet hors du commun. Voué à une démolition en fin septembre, les éducateurs de l’institution ont proposé au directeur, Pierre Roffat, d’utiliser l’espace pour apprendre aux jeunes filles l’art du graffiti et de la peinture. « En plus de leur proposer un atelier créatif et enrichissant, c’était une bonne occasion de marquer le coup avant notre déménagement, » explique le directeur. « Afin de rendre une dernière fois hommage à cet espace qui nous a accueillis pendant des années. » Nadja, l’une des graffeuses en herbe me fait la visite guidée. « Chacune de nous a eu l’occasion de travailler sur ce qui lui tenait à cœur, de représenter nos envies. Avec deux cours par semaine, on a appris à utiliser les bombes, la peinture ou les Poscas. Personnellement, ça m’a tout de suite passionné. Je revenais tous les soirs pour avancer sur mes projets. »

Motte, artiste confirmé Clermontois, revient sur le début du projet : « C’est Frédéric Comotto, l’un des éducateurs, qui est venu vers moi. Il avait pour idée d’apprendre aux filles à graffer, et en même temps d’organiser une résidence d’artistes et une exposition dans ce bâtiment. Tout ça en trois mois… Bon, c’était évident que ça allait être compliqué à mettre en place en si peu de temps mais l’idée m’a plu. J’ai appelé les amis et on a essayé d’organiser ça. (…) Finalement, nous étions trois professionnels à former les jeunes, avec Eva Rollin (illustratrice) et Snake (graffeur). »

« En tout, nous avons donné 40h de cours, sans compter les activités extérieures. Dans un premier temps, nous nous sommes promenés dans les rues et avons visité des expositions pour présenter ce qu’était le Street Art et le graffiti. Nous leur avons aussi appris la scénographie : la mise en place d’un espace d’expo et comment poser un décor pour son projet. Enfin, il a fallu leur montrer ce qu’était un vernissage » termine-il en rigolant. « Comme elles avaient un peu le trac pour l’ouverture, parce qu’elles ne savaient pas ce qui les attendait, nous leur avons proposé d’aller voir comment ça se passait dans les galeries professionnelles. Pour un artiste, un vernissage c’est important. C’est le moment où il présente son travail au public. Et c’est quelque chose qu’elles devaient apprendre, elles aussi. »

Enfin, 8 graffeurs et 2 illustratrices professionnels ont travaillé d’arrache-pied les 7 derniers jours avant l’ouverture de l’exposition pour terminer le deuxième étage. Cela a été l’occasion de partager la vie des résidentes et des éducateurs. Pour tous les acteurs du projet, l’expérience fut très enrichissante, et les résultats ont dépassé leurs espérances. C’est pourquoi, lors de son discours d’ouverture, le directeur a remercié chaleureusement les éducateurs pour leur énorme travail d’organisation et les artistes pour la qualité de leur enseignement et de leurs rapports avec les filles. Mais surtout, il a félicité ces dernières d’être arrivées au bout de ce projet autant artistique que social et éducatif.

L’exposition éphémère Graff-in est ouverte à tous gratuitement jusqu’au 27 septembre au 14 ter avenue de Villars à Chamalières. Début octobre (la date sera bientôt disponible), se déroulera une vente aux enchères des différentes œuvres mobiles réalisées par les artistes débutantes et les professionnels. 50% des bénéfices de cette vente seront versés à l’établissement, au profit des jeunes filles. Pour plus d’information : www.facebook.com/events/1082713241922497/

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