Harcèlement en fac de médecine : il est temps de lever l’impunité

Hier, mercredi 28 août, l’UNEF Auvergne dénonçait une nouvelle fois le harcèlement et le bizutage qui ont cours dans les amphithéâtres des filières médicales de Clermont-Ferrand. Connues de tous, ces pratiques ne font pourtant presque jamais l’objet de sanctions.

Étape obligatoire pour accéder aux filières médicales, la première année commune aux études de santé (PACES) est autant célèbre pour ses concours ultra-sélectifs que pour le bizutage qui y sévit au quotidien. Aussi, les syndicalistes de l’UNEF Auvergne ne sont pas surpris par les propos sexistes et homophobes que leur rapporte une étudiante dans un mail, mardi dernier. Captures d’écran à l’appui, la jeune femme s’approche du syndicat et de la cellule anti-harcèlement de l’Université Clermont-Auvergne (UCA) pour dénoncer le cyberharcèlement qui a cours sur le groupe Facebook de la PACES clermontoise. « Il ne s’agit pas d’une résurgence de vieilles traditions, mais bien d’un climat installé », pointe Anna Mendez, présidente l’UNEF Auvergne. « Les enseignants comme l’administration en ont parfaitement connaissance. L’étudiante qui nous a contactés a d’ailleurs commencé par dénoncer les faits auprès des responsables de la PACES, mais n’a pas obtenu de réponse. »

Mais alors, pourquoi une telle impunité ? Bien que largement accepté comme un rite de passage, ce bizutage peut avoir des conséquences désastreuses. « Il y a une énorme pression sociale qui empêche les victimes de parler », raconte la syndicaliste. « Dénoncer ces pratiques à visage découvert expose à une marginalisation et une intensification du harcèlement qui peut aller jusqu’à l’agression. Rapidement, il devient impossible de poursuivre ses études. » Une pression d’autant plus forte qu’elle est institutionnalisée, notamment au travers des associations corporatives qui encadrent la vie étudiante en faculté de médecine, de la vente de polycopiés jusqu’au tutorat. « C’est flagrant en ce qui concerne le cas actuel, puisque l’auteur des propos est l’administrateur du groupe Facebook. Ces corporations gèrent également l’impression des cours pour tout le monde et l’organisation des soirées ; peu de choses se font sans leur aval ou leur participation. » Mais quid du personnel de l’université, qui ne peut ignorer des faits qui se déroulent souvent en plein amphithéâtre ? « Au mieux les professeurs ferment les yeux, au pire ils encouragent ces pratiques, qu’ils voient comme un rite de passage qu’ils ont eux-mêmes connu étudiant », regrette Anna Mendez, qui rappelle que les fonctionnaires sont tenus de dénoncer ces délits lorsqu’ils en sont témoins. « Il ne faut pas oublier que ces étudiants qui baignent dans cette ambiance deviennent par la suite des internes, puis des médecins. On peut sans doute faire le lien avec les violences gynécologiques et obstétricales qui sont monnaie courante. »

Attendre l’évolution des mentalités ne suffit pas

Pour le syndicat cependant, des solutions sont largement envisageables pour attaquer ces pratiques, à commencer par l’allocation de davantage de moyens financiers et humains à la cellule anti-harcèlement de l’UCA. « Pour l’instant, le rôle de cette cellule se limite à un accompagnement des victimes. Elle peut proposer des sanctions, mais celles-ci doivent être prononcées par le président de l’université, qui est pris dans les jeux de pouvoir entre les différentes composantes de l’UCA. Et la cellule ne dispose pas de budget propre : son fonctionnement est assuré par des personnes qui acceptent une surcharge de travail, et qui n’ont aucun moyen dédié pour entreprendre des actions ou de la communication. Il y a fort à parier que peu d’étudiants connaissent son existence. » L’autre enjeu, plus délicat, est d’identifier les responsables de ces pratiques pour sanctionner les bonnes personnes. « Il faut bien sûr commencer par condamner les harceleurs, ce qui est du ressort des instances disciplinaires de l’UCA et de la justice. Mais l’étudiant qui insulte dans l’amphithéâtre parce qu’il suit le mouvement n’est pas le seul fautif, il y a des gens qui sont responsables à tous les niveaux de l’université, ne serait-ce que par leur manque de volonté politique de régler le problème. » L’étudiante qui a contacté l’UNEF, elle, a va déposer plainte. Il n’y a plus qu’à espérer que la médiatisation de l’affaire, quelques années après #MeToo et #BalanceTonPorc, pousse les différentes instances de l’université à prendre le problème au sérieux… Et pas uniquement en médecine. « Cette année, on a accompagné plusieurs victimes en fac de droit », rapporte Anna Mendez. « On n’oublie pas non plus qu’il n’y a pas que du harcèlement sexiste : le racisme, l’homophobie, l’antisémitisme sont également de la partie, et il n’y a pas d’équivalent de la cellule contre le harcèlement sexiste pour ces problèmes-là. » Le chemin paraît encore long avant que les universités ne deviennent un lieu d’émancipation par le savoir.

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