« Ils bloquent, on bloque ! » Après l’échec des négociations, la grève continue à Luxfer

Depuis novembre dernier, les salariés de l’usine Luxfer, à Gerzat, sont engagés dans une lutte ardue pour sauvegarder leurs emplois. Les ouvriers, en grève depuis une semaine, ont décidé de poursuivre la lutte alors que la multinationale refuse toujours de chercher un repreneur.

C’est la colère qui domine, ce matin devant la préfecture de Clermont-Ferrand. La colère, et la détermination. Car la centaine d’ouvriers Luxfer qui se sont réunis ici ont bien l’intention de ne rien lâcher face à la direction anglaise de leur entreprise, qui maintient contre toute logique son projet de fermeture de l’usine de Gerzat. « C’est une absurdité de fermer ce site ! », clame au micro Maître Borie, avocat des salariés. Avec l’aide d’un cabinet d’expertise, les ouvriers ont fait des contre-propositions bien plus rentables pour l’entreprise que la fermeture de l’usine. Mais « les Anglais », comme les appellent les travailleurs, ne veulent rien savoir. Alors depuis décembre dernier, la lutte ne cesse de s’amplifier.

À l’intérieur de la préfecture, des représentants du personnel et du ministère de l’industrie sont en négociations avec les directeurs britanniques de la firme. À l’extérieur, les ouvriers sont venus faire du bruit pour soutenir leurs délégués, appuyés par leurs syndicats CFDT et CGT. D’autres soutiens sont là : des élus locaux, des militants politiques, quelques Gilets jaunes, une syndicaliste étudiante… Des applaudissements accompagnent l’arrivée d’ouvriers des ACC et de la Seita, eux aussi en conflits avec leur direction. Au bout d’une heure de négociations, rien n’avance. « Nos amis Anglais ne veulent pas parler, ils jouent le blocage », transmet un salarié, en contact avec les délégués. « Ils bloquent, on bloque ! » réagit l’avocat. Une deuxième heure se passe avant que la délégation ne ressorte, la mort dans l’âme. Malgré les ovations de leur collègues pour leur réchauffer le cœur, les représentants des salariés n’ont pas de bonnes nouvelles. « Il n’y a eu aucun dialogue », déplorent-ils. Rien n’a été lâché par la direction de la multinationale, malgré le soutien des institutions en faveur du maintien du site. « À chaque question ils répondaient “no comment”, ils n’ont pris aucun engagement. » Seule avancée : la préfecture et les élus locaux ont fait comprendre à la direction de Luxfer qu’elle n’échapperait pas au paiement de la dépollution, ni au remboursement du CICE.

« On demande que les Anglais nous laissent l’activité sur le site, qu’ils nous laissent la totalité de nos machines, et qu’on repousse le PSE tant qu’un repreneur n’est pas sur la table pour reprendre les salariés »

Les salariés ont donc décidé de continuer la lutte pour forcer Luxfer à accepter de trouver un repreneur. « Maintenant, il va falloir durcir le mouvement, parce qu’on en a plein le cul de se faire prendre pour des cons ! » Réunis en assemblée générale en début d’après midi, ils ont voté à l’unanimité la poursuite de la grève, malgré la proposition d’une prime en échange de la reprise du travail. « On leur a annoncé qu’on bloquait pour l’emploi », détaille Axel Peronczyk, délégué au CHSCT. « On demande que les Anglais nous laissent l’activité sur le site, qu’ils nous laissent la totalité de nos machines, et qu’on repousse le PSE tant qu’un repreneur n’est pas sur la table pour reprendre les salariés ». D’autres négociations entre les ouvriers et la direction de l’usine doivent avoir lieu demain, mais le délégué prévoit déjà une bataille de longue haleine. « Vu le montant des primes qu’ils nous ont proposé je pense qu’ils ne sont pas sereins, et je pense que les Anglais sont têtus, donc la négociation va être rude » prévoit Axel Peronczyk. Il déplore surtout le manque de pouvoir de l’État, dans un contexte ou le libéralisme a donné tous les pouvoirs aux multinationales pour engager ce genre de fermetures de site sans chercher de repreneur. « Les élus étaient de notre côté même si l’État nous a bien fait comprendre qu’il n’y a pas beaucoup de lois pour les empêcher de faire n’importe quoi avec nos emplois ». Malgré tout, les ouvriers semblent bien déterminés à faire plier la multinationale britannique. Ce soir, la totalité des salariés est en grève.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *