« Ils n’empêcheront jamais le printemps d’arriver ! »

Suite au blocage des E3C au lycée Blaise Pascal, plusieurs militants étaient convoqués au commissariat de Clermont-Ferrand aujourd’hui. Ces auditions pourraient bien marquer une intensification de la répression judiciaire à l’encontre des grévistes.

La répression en finira-t-elle de s’abattre sur les grévistes ? Aujourd’hui, mercredi 29 janvier, cinq opposants aux réformes des retraites et du bac, dont quatre représentants syndicaux et un lycéen, étaient convoqués au commissariat de Clermont-Ferrand pour leur participation à une action de blocage des épreuves du bac au lycée Blaise Pascal. Plus de 300 personnes se sont rassemblées pour accompagner et soutenir leurs camarades devant le commissariat ce matin, avant le départ d’une manifestation qui a réuni environ 2,500 grévistes.

Une tentative d’intimidation ?

Pour les syndicalistes, la volonté politique de faire taire la contestation en usant d’une intimidation judiciaire ne fait aucun doute. Et le profil des militants convoqués va dans ce sens : tous sont des responsables syndicaux, à l’exception d’un lycéen. « Ils font le choix de convoquer les gens qui parlent, en espérant nous faire taire », estime Frédéric Campguilhem, militant CGT Educ’action auditionné ce matin. « Le mouvement lycéen est particulièrement touché : s’ils commencent à se réunir, à déplacer une poubelle, à organiser une manifestation… la police arrive directement pour les chasser, et ne se prive pas pour matraquer et gazer ! » Maxime, lycéen à Ambroise Brugière convoqué pour le même motif que ses camarades, confirme : « C’est fait pour nous décourager, qu’on soit de bons petits soldats. Depuis ma convocation, certains lycéens ont peur de se mobiliser. Avant ça, je ne pensais pas qu’il y avait un tel risque : la mobilisation se fait sans violences, il n’y a pas de dégradations… Pour ma part, je vais continuer à défendre mes idées de manière non-violente, comme je le fais depuis le début. »

« Ils pensent couper des têtes, mais nous sommes une hydre : lorsqu’une tête est coupée, il y en a deux, dix, cent qui repoussent ! »

Frédéric Campguilhem

Pour Paco et Anna, militants à l’UNEF également convoqués cet après-midi, la répression prend une nouvelle tournure. « Macron, comme ses prédécesseurs, a peur d’un mouvement de jeunesse », relèvent-ils. « On a vu ces dernières années une augmentation de la violence contre les lycéens et les étudiants, en particulier depuis la bataille contre la loi ORE où les CRS ont chargé dans les amphis pour empêcher des occupations. Là, on passe à l’étape supérieure : alors que la répression contre la jeunesse se faisait dans la rue avec les forces de l’ordre, elle prend aujourd’hui une dimension judiciaire. » « C’est un jeu dangereux auquel joue le gouvernement », estime Frédéric Campguilhem. « Ceux qui parlent sont identifiables, donc deviennent des cibles. Mais s’ils continuent comme ça, il n’y aura plus de représentants ; et quand il n’y a plus de représentant, les gens se tournent vers des actions bien plus violentes. »

Avocat d’une partie des convoqués, Maître Borie se montre inquiet. « Le procureur a indiqué ne pas vouloir traiter le dossier dans l’urgence, mais il y a un réel risque [de poursuites] », déplore-t-il. En cas de procès, les militants risqueraient jusqu’à un an d’emprisonnement, sur la base d’une loi contre les violences en bande organisée. « C’est une loi qui a été portée par Estrosi en 2010. À l’époque, nous nous y étions opposés avec le Syndicat des avocats de France, la Ligue des droits de l’homme et quelques autres, en prévenant qu’elle serait utilisée contre les mouvements sociaux. Malheureusement, nous avions raison », reprend l’avocat. Les militants n’ont pas été informés de l’origine de la plainte, même si le représentant CGT Educ’action évoque « des rumeurs, sur lesquelles on n’a pas de confirmation. » « Mais le lendemain même de l’action on recevait déjà des menaces de Blanquer sur France Inter, qui promettait des poursuites. » Avant de conclure en citant Pablo Neruda : « Ils peuvent empêcher les fleurs de pousser, ils n’empêcheront jamais le printemps d’arriver ! »

2 réflexions sur “« Ils n’empêcheront jamais le printemps d’arriver ! »”

  1. C’est extrêmement choquant et perturbant de voir des militants syndicaux, enseignants, étudiants et de jeunes élèves être traités de cette façon, ce sont déjà les martyres de la macronie. Dans tout régime autoritaire c’est aux justes, à ceux qui défendent les droits et la liberté que le pouvoir s’en prend parce le peuple aspire à ses droits et sa liberté alors la minorité au pouvoir a peur et use de répression. Thoreau disait “Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison”.

  2. Ping : Belle journée de solidarité et de lutte ! - CGT EDUCATION CLERMONT

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