« Je ne veux pas crever au travail ! »

À la veille de la première manifestation contre la réforme des retraites, deux clermontoises nous expliquent pourquoi elles se mobilisent : Agathe, enseignante en classe préparatoire, et Lily, étudiante en première année de licence.

La mobilisation se prépare, à Clermont-Ferrand comme ailleurs, en cette veille de manifestation. Demain, les opposants à la réforme des retraites seront dans la rue. Déjà, on connaît le discours de leurs détracteurs : les Français manifesteraient pour moins travailler, pour l’habitude de râler, pour défendre les « privilèges » des régimes spéciaux ; quant aux étudiants présents, ils ne seraient là que pour louper des cours. Mais qu’en disent les principaux intéressés ?

Lily, 19 ans, défilera dans la rue pour la première fois. Pour la jeune femme, qui entame sa seconde année d’études, il n’est pas question de laisser attaquer ses droits à la retraite. « Ça nous touche aussi en tant qu’étudiants ; c’est notre futur qui est menacé. Les étudiants sont souvent mis à l’écart, on estime qu’on n’est pas concernés par les problèmes de société. Maissi on ne milite pas pour ce qui va nous arriver plus tard, qui le fera ? » Malgré l’apparent écart d’âge avec le problème de la retraite, Lily mesure la réalité d’une petite pension dans ce qu’elle a de plus concret. La précarité, elle connaît, et elle n’a pas l’intention de la vivre passé 60 ans. « L’année dernière, je n’avais que 100 euros pour manger après avoir payé mon loyer ; j’ai failli arrêter la fac à cause de ça. Quand j’aurais fini les études ce sera à nouveau la galère, parce que c’est difficile de trouver un emploi stable, il va falloir encore enchaîner les petits boulots… Et là ils veulent réduire nos retraites en calculant la pension sur cette période là ! Ils veulent encourager à continuer le boulot après la retraite, mais je ne veux pas crever au travail ! »

La même inquiétude est partagée par Agathe, enseignante en classe préparatoire. « La retraite, c’est quelque chose d’important : pouvoir se libérer de la pression du travail salarié est indispensable » estime-t-elle. « Et puis je ne trouve pas ça normal dans une société où il y a du chômage qu’on nous demande de travailler plus longtemps, à la place de chercher à faire travailler tout le monde et dans de meilleures conditions. Et puis on voit clairement qu’il y a une baisse des pensions avec cette réforme, et je ne veux pas finir ma vie dans la précarité. » Une baisse qui devrait être particulièrement violente pour le corps enseignant : soumis au régime des fonctionnaires, leur pension actuelle est calculée sur leurs six derniers mois de travail. En intégrant la totalité de la carrière dans le calcul, leurs droits risquent de chuter sévèrement, en particulier pour ceux dont les premières années d’emploi ont été marqués par les vacations. « On a reçu un mail de Blanquer pour nous dissuader d’aller manifester, qui promettait la revalorisation des pensions pour les enseignants. Mais Macron a dit que ça coûterait 10 milliards et qu’il n’en avait pas les moyens ; de toutes façons on n’a aucune raison de faire confiance à ce gouvernement. Ce qui me gène aussi, c’est le changement de logique induit par le système à points. Aujourd’hui on cotise pour ceux qui sont à la retraite avec l’assurance que les prochaines générations feront la même chose pour nous. Avec la réforme, on introduit la notion de « mérite », et on travaillera toute sa vie sans savoir si on aura le droit de partir un jour ou non. Il n’y aura plus aucune sécurité. »

Comme beaucoup d’autres, Agathe et Lily seront donc dans la rue demain, avec la parfaite conscience des enjeux de la bataille. Avec plus ou moins d’appréhension : « C’est sûr que ça fait un peu peur tout ce qu’on voit à la télé, les violences policières… » admet l’étudiante. « Mais je serais bien entourée, et je sais que c’est important. C’est maintenant qu’il faut agir ! »

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