« Je veux faire une politique des actes » : portrait d’Anna Mendez, syndicaliste étudiante

Pour la nouvelle année, Médiacoop lance une nouvelle série : régulièrement, nous tirerons le portrait d’un acteur du mouvement social clermontois. Aujourd’hui, Anna Mendez, ex-présidente de l’UNEF Auvergne.

« Attends deux secondes, je me refais la liste de tout ce qu’il s’est passé… Il y en a eu, des choses ! » Dans le salon de sa colocation étudiante, Anna Mendez attrape rapidement un tract qui traîne par là, et commence à y noter quelques-uns de ses souvenirs. À seulement 21 ans, la jeune femme est déjà une figure connu du milieu militant clermontois. Et pour cause : ce vendredi 20 décembre, elle quitte officiellement la présidence de l’UNEF Auvergne, qu’elle a occupé pendant près d’un an, accompagnée de son aplomb et de sa chevelure bleue « Fière ? D’avoir participé à toutes ces luttes, bien sûr ! Ce sont des combats menés collectivement, je ne suis pas particulièrement fière de ce que j’ai accompli moi même, mais heureuse de faire partie d’un collectif qui ne lâche jamais rien. »

Un changement au bureau du syndicat étudiant qui marque une nouvelle de génération, alors qu’Anna était la première présidente à entrer dans le syndicalisme sans avoir connu le mouvement contre la loi El Khomri. « Je m’intéressais à ce qu’il se passait via les réseaux sociaux », raconte-t-elle. « J’étais dans un lycée de campagne au fond du Berry ; il y avait bien deux ou trois personnes avec qui on en discutait, mais pas de perspective de mobilisation. Donc je me suis contentée de suivre l’actu de loin. » C’est arrivée à l’université où elle étudie l’histoire qu’elle découvre le monde militant, et participe à ses premiers rassemblements. « Ce n’était pas dans ma culture, je ne savais pas vraiment ce qu’était un syndicat. Mais je croisais régulièrement l’UNEF qui distribuait des tracts, donc j’ai commencé à participer à des manifestations avec l’AFPS, avec RESF, contre l’extrême-droite, à m’informer sur ce qu’il se passait au CROUS… » De ses mots, c’est l’élection présidentielle de 2017 qui lui fait prendre conscience de la nécessité de l’organisation collective pour lutter contre le libéralisme exacerbé arrivé au pouvoir. À la rentrée suivante, Anna adhère au syndicat étudiant ; un mois plus tard, la fac de lettres voit s’installer le camp de réfugiés rebaptisé Clermont fac solidaire. Ce sera sa première expérience marquante « Un camp de sans papiers, c’est 24 heures sur 24. Ce n’est pas comme si tu pouvais filer un coup de main pendant 20 minutes et revenir le lendemain. Et surtout, ça te montre une dure réalité : celle des personnes marginalisées, dont aucun droit n’est respecté. En même temps, il y a les fachos qui viennent mettre la pression pendant la nuit… Et c’est aussi ma première expérience de victoire, puisqu’on a obtenu le relogement de tout le monde ; ça montre l’importance de s’organiser collectivement et de construire un rapport de force. »

« Il n’y a pas vraiment de « problèmes étudiants », il n’y a que des aspects étudiants de problèmes qui concernent toute la société. »

– Anna Mendez

Après cet épisode intense, Anna ne décroche plus et prend part, avec l’UNEF, à toutes les luttes qui suivent : loi ORE, lutte contre le Bastion social, inscription d’étudiants refusés en licence de sociologie, réforme du bac, écologie… Chaque lutte avec ses spécificités, ses moments forts, ses lendemains difficiles, ses annonces de victoires, et ses enseignements. Elle prend finalement la présidence de son syndicat en janvier 2019. « J’imagine que c’est parce que j’étais une militante très impliquée… C’est comme ça que ça se passe : les plus vieux sortent du bureau, et il y en a d’autres pour prendre la relève. J’ai continué à militer comme je le faisais avant, avec beaucoup de plaisir et de sérieux, en essayant de le faire de la meilleure manière pour gagner des droits et les garder. Il n’y a pas vraiment eu de rupture : j’avais déjà assumé des tâches de représentation de temps en temps, comme d’autres l’ont aussi fait quand j’étais présidente. C’est un point important de l’organisation de l’UNEF : aucune tâche ni aucune décision n’est réservée à un statutaire, tout est géré de manière collective. La fonction de présidente – mais plus largement la fonction de militant expérimenté, car c’est ça qui compte – est plutôt de veiller à ce que les actions de l’UNEF s’inscrivent dans une ligne politique cohérente. Il faut suivre une vision claire de la société vers laquelle on veut aller : une société de l’intérêt général. Et être particulièrement attentif à ce qu’il se passe, aller chercher les informations pour pouvoir analyser les situations, les comprendre, et pointer du doigt les véritables causes et leurs responsables. Car en réalité, il n’y a pas vraiment de « problèmes étudiants », il n’y a que des aspects étudiants de problèmes qui concernent toute la société. »

Il n’y a donc qu’un pas entre le combat pour les droits étudiants et l’engagement en politique partisane – un pas qu’Anna Mendez franchit ce 20 décembre, en annonçant rejoindre la liste Clermont en commun pour les élection municipales. « C’est aussi en tant que syndicaliste que suis convaincue de cette démarche, et de l’utilité de faire rentrer les luttes sociales dans le conseil municipal », explique-t-elle. « L’UNEF a été pour moi un espace de politisation : on y rentre par une thématique qui nous tient à cœur – pour moi les femmes et les sans-papiers – et on se rend compte que les problèmes sont systémiques. C’est donc tout un système qu’il faut remettre en cause, et ça se joue aussi à l’échelle municipale. Et on ne nous propose que du Macron : même Bianchi, sous couvert d’être de gauche, laisse 7.000 logements vides à Clermont tandis que des étudiants dorment dehors… J’ai envie de faire la politique des actes, de celles et ceux qui relèvent la tête, qui s’organisent et qui luttent pour l’intérêt général, et non celle du discours creux. » Par souci de garantir l’indépendance de son syndicat, Anna a choisi de démissionner de sa fonction de présidente. Elle laisse derrière elle une section locale renforcée par une nouvelle victoire : après une bataille de plusieurs semaines, l’UNEF Auvergne a réussi à faire retirer au CROUS sa décision d’indexer les loyers sur l’IRL. « C’est encore une fois la démonstration qu’on peut gagner grâce à la mobilisation et au travail de nos élus en conseil du CROUS. Malgré une histoire récente marquée par les défaites sociales, nous avons connu plusieurs victoires de ce type à Clermont-Ferrand. » Même si son remplaçant ou sa remplaçante n’a pas encore été désigné.e, l’ex-présidente est confiante quant à l’avenir du syndicat. « Le rôle de l’UNEF est toujours le même : défendre les droits des étudiants, se battre pour des politiques véritablement féministes, écologistes et solidaires. Je n’ai pas de doutes que le syndicat continuera à être de tous les combats et saura en mener de nombreux à la victoire. »

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