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Karine PLassard ” le féminisme est un projet de société”

 

«  Le féminisme, un projet de société… »

 

Karine PLassard est une militante féministe, co-fondatrice de Osez le Féminisme 63. Elle a été à l’initiative des pétitions pour les demandes de grâce de jacqueline sauvage. Le temps, d’un après-midi, nous lui avons demandé ce qu’était le féminisme…

 

 

« Le féminisme c’est d’abord est surtout militer pour l’égalité. » Mais  c’est sans compter les différentes scissions dans le monde du combat féministe. «  C’est vrai que nous avons différents points de vue, sur la prostitution, le Burkini, par exemple, mais il faut garder en ligne de mire que notre seul objectif est l’égalité de droit entre homme et femme. »

Le mouvement féministe a rencontré différents problèmes en se divisant. «  Aujourd’hui certain(e)s pensent que tu ne peux être maman et féministe par exemple, on considère la mère comme existentialiste. Mais  c’est de la connerie, tu te bats différemment, il faut ne pas être mère pour penser que ton fils va échapper aux bagarres et ta fille aux robes roses. Les gosses sont ultragenrés car tu n’es pas la seule à éduquer tes enfants. Mais c’est ridicule, moi mon crédo c’est de ne jamais m’en prendre aux femmes, qu’elles soient au foyer, mariées, voilées. Par exemple, concernant la prostitution, je suis abolitionniste, mais je m’en prends au système pas aux prostituées. J’ai même rencontré une femme lors d’un tractage qui me disait qu’elle était heureuse de faire la vaisselle et à manger pour son mari…Elle aussi, je suis obligée de la respecter… »  

Pour Karine, c’est évidemment plus simple d’accepter le système que vouloir le changer de l’intérieur. « Ca peut être reposant finalement de rester à son rôle de femme dans une société patriarcale si tu ne réfléchis pas trop, si tu ne conscientises pas trop les inégalités… » Karine, même si elle n’aime pas le mot est pour « la discrimination positive » . «  Je suis pour la politique des quotas, et ça ne remet pas en question les compétences, on n’a jamais demandé les compétences aux bonhommes. Avant, c’était une moins-value d’être une femme, aujourd’hui, c’est une plus-value, pour rattraper des siècles de retard ! Il faut intégrer l’histoire des femmes dans la grande histoire. Je rêve du jour qui verra l’euro de foot mixte….arrêtons de séparer hommes et femmes. »

Karine s’allume une cigarette dans sa cuisine aux volets fermés pour ne pas attirer la chaleur. Nous sommes en plein après-midi, elle est en vacances. Elle pose chacun de ses mots et de ses rêves… « je ne pardonne pas l’anti-féminisme, en revanche, des femmes, surtout celles qui ont réussi. Tu vois, les femmes d’entreprise, les élues, qui considèrent qu’elles ont réussi et qui nous détestent. D’abord parce que c’est penser que sans la lutte féministe, elles y seraient quand même arrivées, mais aussi parce les jeunes filles ont besoin de modèles. On peut y arriver en étant une femme, et surtout parce que nous sommes des femmes. »

Karine parle de la société patriarcale, et elle l’avoue sans détour « cette société est dure aussi pour les hommes, ils ont une pression de rendement, de réussite, une pression financière. Dans notre association nous sommes mixtes, mais ce travail de prise de conscience des pressions de cette société on ne peut pas l’avoir à leur place. Qu’est-ce que l’injonction à la virilité ? Qu’est-ce que la féminité ? c’est à eux à réfléchir à tout ça… »

Pour Karine, on ne peut être féministe sans être anticapitaliste, «il s’agit de tout un système à détruire. Les suicides au travail sont dus à la société patriarcale…Les tâches ménagères c’est l’exploitation des femmes…c’est un travail gratuit au sein du couple…Dans le couple, les dominations se croisent… » Mais alors pourquoi les femmes ont pris conscience plus rapidement de toutes ces inégalités et pressions ? «  Ben, parce que côté femme, on a de vrais faits, des décès, des vrais coups, et que ça, c’est une conséquence directe et claire… » Mais Karine ne se revendique pas irréprochable pour autant «  il m’est arrivé lors d’une réunion de parler des dames de la cantine, c’est dejà sexuer un métier ! Le chemin est difficile, ça remet en question ta carrière professionnelle et ta vie personnelle… »

 

Karine ne dissocie pas le combat contre les violences faites aux femmes de celles faites aux enfants. «  Il est évident qu’un homme qui tape sa femme ne peut âs être un bon père. Pourtant, en France, on préfère encore préserver le lien parental, mais moi, je crois qu’il vaut mieux en couper certains. »

D’ailleurs penchons-nous sur l’enfance, il semblerait que tout vienne de là, donc…« Le système te met sous pression dès le plus jeune âge. Il est configuré dans un schéma de violence. On n’éduque pas, on élève… on tolère la violence verbale, et physique à l’école. Regarde le nombre de cas de harcèlement scolaire. Les enseignants estiment que tout ça forment l’adulte en devenir, que c’est un passage, un rite. Rien que le mot maître est flippant. En gros, à l’école tu vis la domination, au travail tu as ton patron, on est toujours dans un système pyramidal…et la règle du jeu est simple : soit tu es le plus fort, et tu écrases les autres, soit tu es écrasé. Dans la vie familiale, c’est ainsi aussi. Et dès le plus jeune âge, on t’inculque qu’en tant que petit garçon tu ne dois pas pleurer, et que le sexe faible ce sont les pleurnicheuses… » Karine reste concentrée sur la conversation, elle a besoin d’alerter : «  Tu sais qu’une femme sur 10 est battue, ce qui signifie que tu en connais et que moi aussi, et que nous ne le savons pas… » L’omerta de la victime qui culpabilise ou qui a honte. L’omerta du voisinage qui ne veut pas se retrouver embêté. «  Une sage-femme a dénoncé des faits de violence sur une femme qui venait d’accoucher, elle a failli être radiée de sa profession. En France, tout est fait pour qu’on se taise. Même les professionnels ferment les yeux. Les policiers acceptent les mains courantes mais rarement les dépôts de plainte. » Depuis 2013, pourtant, des recommandations ministérielles ont demandé la formation des agents de police et des professionnels de la justice concernant les faits de violences conjugales. La loi de 2010 sur les violences faites aux femmes intègre désormais les violences psychologiques, mais dans les faits, ce type de violence est rarement reconnu lors des procès…Pourtant, les violences psychologiques peuvent être tout aussi meurtrières, puisqu’elles poussent 22% des femmes qui disent en subir au suicide.

«  Dans l’éducation, il ne faut pas oublier celle  de la sexualité. Aujourd’hui, j’interviens en lycée, une jeune femme de 17 ans m’a demandé ce qu’était un clitoris. Dans les manuels scolaires, notamment concernant le chapitre de la reproduction, le clitoris n’apparaît nulle part. Si tu ne sais pas comment tu es faite, comment tu peux t’approprier ton corps, connaître le désir et reconnaître le moment ou tu n’as pas envie ? » En exemple, les propose tenus par un jeune garçon dans le documentaire «  Chroniques d’une violence ordinaire »,  l’adolescent avait essuyé un regard d’une jeune fille dans le hall de son immeuble, il l’avait approchée sans connaître son prénom et l’avait violée, il ne comprenait pas sa condamnation «  Mais enfin, elle n’a rien dit pendant l’acte, elle ne m’a pas dit non, ne m’a pas demandé d’arrêter ! »

«  Voilà il est là le problème, la question du consentement…qu’est ce qu ’être consentante ? On devrait plutôt parler de la notion de plaisir, non ? »

Au Quebec, les féministes ont réussi à faire changer la loi, un homme doit désormais vérifier le consentement.

«  En France, on doit reconsidérer la notion de viol, aujourd’hui c’est une pénétration sous la contrainte, par surprise ou sous la menace. Ce n’est pas suffisant. »

Bon, alors comment devient-on féministe ? «  On ne naît pas féministe, moi j’ai eu des parents classiques, mais j’ai eu un frère et très tôt, je me suis aperçue qu’il avait des droits et moi des devoirs. J’ai appris à repasser, pas lui, et je n’avais pas le droit de sortir, lui, si ! Très tôt, on m’a répondu que cette différence c’est parce que j’étais une fille ! Mais mon premier déclic, c’était au lycée, j’ai aidé à fuguer une copine qui a subi un viol. Mon deuxième déclic, c’est les rencontres avec des figures du planning familial ou de SOS Femmes, alors que j’étais animatrice. Et puis évidemment, les lectures, Olympe de Gouges en tête. Le féminisme c’est un projet de société. Il faut tout revoir, nos regards sur les enfants, sur le travail, sur le couple, sur la liberté, sur l’égalité…Mais rassure-toi, on sera mortes toutes les deux avant que ça n’arrive !  »

 

 

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