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“Kiabi met des enfants à la rue”

Publié le 26 octobre

Lise a envie d’écrire sur Mediacoop, une histoire qu’elle vit tous les jours. Parler du 5 étoiles, ce squatt pour mineurs isolés. Voici ses mots…

Ecrit le 12 octobre 2018

Ca se passe à Clermont-Ferrand. Lundi dernier, les propriétaires du 158 boulevard Gustave Flaubert ont demandé à la préfecture d’expulser les migrants, mineurs qui occupent les deux maisons abandonnées  depuis dix ans. Pour l’instant la préfecture n’a pas envoyé la force publique pour l’expulsion. Il faut dire qu’à Clermont, un autre problème de taille devait attirer toute leur attention. Deux cent personnes à la rue, des migrants d’Europe de l’Est ou d’Afrique, dont presque une centaine d’enfants dormaient depuis un mois dans des tentes sur une grande place de Clermont-Ferrand. Le feu vert est lancé : toutes ces personnes (ou presque) ont été relogées (dans un gymnase pour la plupart) dans la journée. Ce problème étant réglé, la peur est maintenant de savoir quelle attitude va avoir la préfecture vis-à-vis du squat. Enfin un squat un peu spécial.

 

On l’appelle le 5 étoiles, comme un hôtel de luxe (et pas du tout comme le mouvement italien). Il a vu le jour en août 2017. C’est le DAL, RESF et la Ligue des Droit de l’homme qui l’ont ouvert et organisé, un engagement d’organisations reconnues, assez rare pour un squat. Il accueille des garçons qui après être allés à l’Aide Sociale à l’Enfance, avoir fait le récit de leur parcours et parfois la radio des os et la prise d’empreintes, voient leur minorité contestée et doivent commencer un recours pour que le Juge des Enfants statue. Le recours dure longtemps. Au moins 6 mois. Parfois un an.

 

Le 5 étoiles est un lieu de vie, un lieu pour dormir, pour manger le soir et pour étudier. Des bénévoles viennent donner des cours de math, de français, etc. Le jardin est majestueux, avec depuis le printemps un potager généreux.  Un squat 5 étoiles. Bon bien sûr tout n’est pas rose. Ils ont été jusqu’à 70 l’hiver dernier. C’était beaucoup trop pour cette habitation plutôt prévu pour 10 personnes.  La promiscuité, le manque de sanitaires, de chauffage tout cela est dur.

 

Mais le plus dur c’est l’épreuve que traversent ces garçons. Ils arrivent hébétés par le cauchemar  du voyage. Et un deuxième cauchemar commence, l’attente et l’incertitude. Alors qu’ils ne veulent que faire valoir leurs droits. Etre pris en charge, comme le prévoit la loi pour les mineurs. Avoir  un toit, accès aux soins et pouvoir aller à l’école.  Cette attente leur semble injuste. Car en fait elle est injuste. Ils ont l’impression qu’on ne les considère pas. Mais en fait, ils ne sont pas bien considérés. Bref ils ont du mal à comprendre le sens de tout ça. Ils arrivent avec des principes et une bonne volonté et perdent leur espoir et leur confiance en l’humanité.

 

Néanmoins ils sont formidables. Leur implication dans l’émission de radio Faratanin Fraternité, dans le fanzine Echo Faratanin ou encore leur réussite scolaire quand ils ont la chance de trouver une place à l’école sont des victoires qui font gonfler notre fierté de les connaître.

 

C’est pourquoi le squat qui appartient à Kiabi, leur voisin au parking déjà surdimensionné, n’est pas une solution mais c’est le minimum de l’accueil que l’on doit leur offrir. Les expulser est une action honteuse surtout quand aucune solution d’accueil n’est proposée. Et surtout, le conseil départemental devrait reconnaître leur minorité. Cela correspond à un an ou deux de prise en charge par l’ASE pour s’intégrer dans les écoles et la vie active.

À bas les fachos avec crête sur la tête ou cravate autour du cou. Welcome Refugees !

 

http://www.campus-clermont.net/faratanin-fraternite

 

 

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