La mobilisation universitaire renforce ses bases

À Clermont-Ferrand comme ailleurs, les universitaires sont vent-debout contre la LPPR, qui précarise doctorants et enseignants. Hier, jeudi 5 mars, une journée « université morte » n’a pas soulevé les foules, mais a permis de renforcer les bases de la contestation.

La contestation universitaire parviendra-t-elle à se massifier ? Considérant le rôle historique des mouvements étudiants dans l’histoire récente des contestations sociales en France, la question est de premier ordre pour les mouvements d’opposition au gouvernement actuel. Elle l’est d’autant plus à Clermont-Ferrand, où près d’un quart de la population poursuit des études. Mais dans la capitale auvergnate, la jeunesse semble endormie : les derniers cortèges étudiants approchant des 1.000 personnes datent de 2014, lors d’un mouvement contre des suppressions de postes. Les lycéens qui avaient pris le relai depuis, notamment dans les mouvements climat et les batailles contre la Loi Travail et la réforme du bac, ne semblent pas prêts à retourner dans la rue une fois sur les bancs de la fac.

Cependant, un timide espoir émerge depuis janvier, avec les appels à mobilisation contre le projet de loi programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). Sous des banderoles « université en lutte », étudiants, enseignants et personnels convergent dans les manifestations contre la réforme des retraites pour y faire apparaître leur propre bataille ; une unité rarement exprimée qui laisse entrevoir la possibilité de débrayages massifs. Au début du mois dernier, cette union était parvenue à mettre 400 étudiants en droit dans la rue, une population habituellement peu contestataire. Mais il manquait encore une base solide pour confirmer cette présence dans les cortèges : les assemblées générales, au cours desquelles les étudiants votent leur mise en grève, n’avaient pas eu lieu. En conséquence, le débrayage historique de la fac de droit était resté un one-shot, malgré une petite équipe d’enseignants très présents sur le terrain.

Un manque que pourrait pallier la journée « université morte » d’hier, jeudi 5 mars. Rassemblés dès 10 heures devant la faculté Gergovia-droit, un peu moins de 200 personnes ont brandi pancartes, banderoles et mégaphones pour rendre visite la lutte auprès des étudiants et des clermontois. Ils se sont ensuite déplacés devant la présidence de l’université pour lui demander de se positionner contre la LPPR, et ont poursuivi par un cycle de conférences et de tables rondes toute l’après-midi. Ces dernières, qui ont élargi le champ de la lutte à la bataille contre la réforme des retraites et le système libéral (notamment avec l’intervention des Luxfer), ont rencontré un certain succès, les visages des spectateurs se renouvelant régulièrement au cours de la journée malgré des amphithéâtres moyennement remplis. À leur suite, une assemblée générale a confirmé les revendications de retrait de la LPPR et de la réforme des retraites, et désigné la sociologue Monika Wator comme représentante à la coordination nationale qui se tient à Paris ce week-end. Une prochaine assemblée est appelée jeudi prochain, à 18 heures à la faculté de lettres.

En demi-teinte, le bilan de la journée annonce une bataille sur le long terme : les nouvelles têtes ne formaient pas la légion espérée, mais sont reparties avec des bases suffisamment solides pour convaincre autour d’elles. C’est sans doute leur passage de spectateurs à militants qui déterminera la massification ou l’essoufflement du mouvement.

Vous pouvez retrouver notre interview en direct des représentants SNESUP-FSU et UNEF en vidéo ici.

À lire également

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

retrouvez-nous sur :

À propos de cet article

Publié le 6 mars 2020
Écrit par Davy DELFOUR

Nos derniers articles

L'agenda du cactus

Pas d'événement actuellement programmé.
Afficher plus