La Police aux Frontières s’est présentée dans un hôtel clermontois pour expulser une famille albanaise

Après l’expulsion d’une famille en situation irrégulière durant les dernières vacances scolaires, la chasse aux migrants s’intensifie dans le Puy-de-Dôme.

 

Vendredi 24 mai, à 6 heures du matin, la Police aux Frontières (PAF) a surgi dans un hôtel de la ville clermontoise pour expulser une famille albanaise sur ordre de la Préfecture. Par chance (si l’on peut dire), seul le père de famille se trouvait sur place comme nous l’a confirmé Fanny, membre de RESF 63 (Réseau Éducation Sans Frontières 63). A l’abri, la mère et les deux enfants âgés de sept et dix ans ont, sans aucun doute, évité le pire.

Arrivés en France il y a trois ans, ils ont vécu durant deux mois et demi sur le camp du 1ermai. Or, c’est au terme de cette courte période que la famille a reçu l’obligation de quitter le territoire français. Assignée à résidence pour la troisième fois depuis novembre 2018, elle se savait de plus en plus menacée par les pouvoirs publics locaux, favorables à l’expulsion.

 

« Il y a de grandes chances pour qu’il ne soit pas expulsé étant donné qu’il est seul »

 

Dans la matinée, le père a été conduit à l’aéroport d’Aulnat dans les locaux de la PAF. « La police l’a interrogé dans le but de savoir où était la femme et les enfants, scolarisés à l’école Anatole France. Pour les protéger, il a répondu qu’il ne savait pas » nous confie Fanny, consciente de la complexité du dossier. « Il arrête les personnes le vendredi car c’est plus compliqué de monter un dossier en 48 heures le week-end » a t-elle précisé.

A l’heure où ses quelques lignes ont été écrites, le père s’apprête à être transféré vers le Centre de rétention administratif de Lyon. « Pour l’instant aucune informations n’est officielle mais il va passer devant un juge des libertés qui va décider si le père a vocation à rester sur le territoire » nous a révélé Simon, membre de La Cimade 63. Plutôt confiant, ce dernier avait bon espoir de voir l’homme en question libéré sous peu. « Il y a de grandes chances pour qu’il ne soit pas expulsé étant donné qu’il est seul ».

 

« Si aujourd’hui, ils ne sont pas expulsés, ce serai la prochaine fois »

 

Médusé, Simon a notamment pointé du doigt l’absurdité de cette action menée par la Préfecture du Puy-de-Dôme. « Quand les personnes sont assignées à résidence, c’est complètement idiot d’en conduire un au centre de rétention administratif puisqu’il va ressortir. Par contre, ça va engendrer des coûts inutiles. On paye des agents pour aller dans un hôtel, pour le garder ; on va le conduire au centre de rétention administratif ; ensuite on va payer le juge, etc. Avec cet argent, on pourrait faire beaucoup de chose ».

En revanche, Simon s’est avéré particulièrement sceptique quant-à une possible régularisation de la famille en France.  « Il n’y a quasiment aucune chance pour eux. A la limite, il y aurait plus de chances en Grèce car les enfants y sont nés ». Venir en aide à ces familles délaissées par l’État s’annonce, pour les associations, de plus en plus complexe. Malgré tout, elles étaient parvenues à trouver un appartement ainsi qu’une proposition de travail à destination de cette famille, aujourd’hui séparée sous l’impulsion des pouvoirs publics locaux.

 

« L’idée est de pourchasser les familles qui n’ont pas vocation à rester sur le territoire »

 

Depuis l’arrivée en novembre 2018 de la nouvelle Préfète du Puy-de-Dôme Anne-Gaëlle Baudoin Clerc, la politique réservée aux migrants s’est considérablement durcit comme l’a signalé Simon. « L’idée est de pourchasser les familles qui n’ont pas vocation à rester sur le territoire ». Conscient des difficultés, il s’est montré moins optimiste quant-à l’avenir de cette famille albanaise au sein du “pays des droits de l’homme”. « Si ce n’est pas aujourd’hui, la famille sera renvoyée dans son pays la prochaine fois » a-t-il ajouté avec amertume.

Aujourd’hui, la chasse aux migrants fait rage et risque de s’intensifier davantage dans le Puy-de-Dôme. D’ailleurs, le Conseil Départemental, favorable à l’expulsion des migrants, a récemment reproché à l’État de ne pas avoir renvoyé 68 familles dans le pays qu’elles ont dû fuir par nécessité. Aussi, pour dénoncer le durcissement de cette politique migratoire, RESF 63 appelle à la mobilisation générale.

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Publié le 24 mai 2019
Écrit par Sébastien Massoulié

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