“La possibilité du fascisme” en France ?

L’arrivée au pouvoir du fascisme en France est-elle possible ? Une question majeure à laquelle le sociologue Ugo Palheta a tenté de répondre dans le cadre d’une conférence-débat , conjointement organisée par “Les amis du temps des cerises” et “Les amis de l’humanité”, le jeudi 20 juin à 20 heures, salle Georges Conchon, à Clermont-Ferrand. 

 

Auteur du livre « La possibilité du fascisme » (sorti en 2018), le sociologue Ugo Palheta a exposé, devant environ soixante-dix clermontois, les raisons qui l’amène à penser que le bruit des bottes n’a guère disparu. Selon lui, un retour du fascisme pourrait se faire dans les années à venir, tant les conditions semblent aujourd’hui favorables à la résurgence d’un système politique autoritaire associant à la fois populisme et nationalisme. Face à une assemblée qui fait preuve d’une attention toute particulière, Ugo Palheta affirme avec conviction que « le pourrissement actuel de la politique annonce le retour du fascisme comme une possibilité concrète ». Évoqué à titre d’exemple, le mouvement des Gilets Jaunes traduit, d’après le sociologue, l’échec d’une politique néo-libérale, incarnée par Emmanuel Macron. À ce propos, l’invité du jour préfère parler d’une « crise d’hégémonie ». « Aujourd’hui, le pouvoir en place sent sa domination de plus en plus fragilisée. Il perd le contrôle de la situation bien qu’il tente de donner le change. Et finalement, il a recouru à la force ». Pour Ugo Palheta, l’emploi de la force s’avère être un signe de faiblesse révélant l’incapacité du pouvoir en place à s’imposer par le consentement. « C’est dans ces conditions que la classe dominante est contrainte d’adopter un comportement hyper répressif. On assiste clairement à une dérive à la fois autoritaire et xénophobe du pouvoir en place ».

Encouragé par l’adhésion visible de son auditoire, Ugo Palheta poursuit son exposé en affirmant que l’échec actuel du néo-libéralisme peut devenir un terrain de jeu favorable au fascisme. « À terme, on risque d’être piégé dans un duel mortifère entre ce que  j’appelle l’ “extrême centre” et l’extrême droite qui incarne une forme de néo-fascisme ». La dernière victoire aux élections européennes en France du parti de Marine Le Pen vient renforcer cette analyse. Pourtant, malgré les avertissements, les médias feignent encore d’ignorer un danger qui n’apparaît pas comme une théorie abstraite : « Les journalistes continuent à se poser la question qui est la suivante : “Comment la République française, patrie autoproclamée des droits de l’homme, pourrait-elle engendrer la bête immonde ?” ». Malgré cette inertie médiatique, Ugo Palheta pense qu’il est encore possible de contrer le retour potentiel du fascisme en France. « Il faut faire émerger un pôle politique alternatif aussi bien à Macron qu’à Le Pen en réanimant une culture antifasciste à l’échelle nationale mais également européenne. Depuis Hitler, le danger a évolué. Pour les nouvelles générations, le passé de la résistance n’évoque plus grand chose. Il faut se réadapter pour lutter face à une nouvelle forme de fascisme qui est actuellement incarnée par le Rassemblement National ». Arrivé au terme de son exposé, le sociologue Ugo Palheta conclut cette conférence par une citation de Georges Orwell, l’auteur du célèbre roman 1984 : « Lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ».  

 

 

 

 

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