Pourquoi être anifasciste - Histoire du fascisme et de l'antifascisme

L’antifascisme, combats d’hier et d’aujourd’hui

L’Union Syndicale Solidaire présentait ce mercredi 25 septembre à Clermont-Ferrand une conférence sur l’antifascisme. En formant le regard afin de reconnaître les stratégies et les discours de l’extrême-droite, cette conférence retrace l’histoire du fascisme jusqu’à nos jours, présentant les bases de la vigilance pour l’éviter et le combattre. 

Opposition organisée du fascisme, il est généralement admis que l’antifascisme naît dans les années 20-30 en réaction à la montée des différents mouvements d’extrême-droite en Europe. Mais un rapide retour historique sur le fascisme s’impose afin de comprendre l’origine de ces deux mouvements. Les graines du fascisme en France dateraient du 19e siècle, dans l’opposition anti-républicaine de la troisième République. Discours bâtard mélangeant les revendications de la droite et la gauche, monarchiste ou encore anarchiste, cette mouvance anti-républicaine va petit à petit se structurer sous forme de groupes plus ou moins importants, qui conduiront entre autres au coup d’État avorté du Général Boulanger en 1889.

La montée du fascisme en Italie durant les années 20 et du nazisme en Allemagne donnera un regain d’énergie à l’extrême-droite française, qui profite de la crise économique pour rallier les couches sociales défavorisées. À l’image de ces mouvements, on peut citer l’exemple de la Croix de feu. Ce parti comprend 500 membres à sa création en 1928, 60 000 en 1933, et finalement 700 000 adhérents en 1936 alors qu’il devient le Parti Social Français (PSF), premier parti de droite en France. Les axes principaux de leurs idéologies seront les bases de l’extrême-droite jusqu’à aujourd’hui : culte de la nation, autoritarisme, importance de la figure du chef, amour de l’ordre et des institutions traditionnelles, dont l’armée qui est un instrument d’expansion, de défense et de discipline nationale, et finalement l’antisémitisme (le terme de « migrant » ne sera inventé que des années plus tard). À la suite de la prise d’importance de la gauche, la droite va aussi introduire un discours antimarxiste et antimatérialiste. 

Basant ses propos sur l’historien Robert Paxton, Victor de Solidaire étudiant propose une définition du fascisme :

« Le fascisme est un système d’autorité et d’encadrement attelé à un style d’appartenance à une communauté. Plus un groupe fasciste participe activement à la vie publique de son pays, moins on peut le comprendre en l’isolant. Il est pris dans un réseau d’influences réciproques avec des alliés ou des concurrents dans la société civile de son pays. Malgré leurs différents clivages, ils partagent la même logique d’action : politique marquée de façon obsessionnelle par les préoccupations du déclin communautaire, l’humiliation ou la victimisation et par une vénération compensatoire de l’unité, de l’énergie et de la pureté politique dans laquelle un parti de masse de militants nationalistes convaincus travaillent dans une collaboration conflictuelle mais efficiente avec des élites traditionnelles. Ils abandonnent les libertés démocratiques et poursuivent par une violence rédemptrice, qui ne connaît aucune limite étatique ou légale, les épuration à l’intérieur et l’expansion à l’extérieur du pays. » 

Si le « parti de masse » ne correspond plus au fascisme aujourd’hui, nous pouvons néanmoins retrouver les autres axes de cette définition dans la plupart des débats politiques européens récents. Depuis plusieurs années, en France comme ailleurs, le discours de l’extrême-droite se cristallise autour de la figure de l’immigré pour en faire le terreau efficace à sa reconstruction. Bien que certains politiques ne se réclament pas de ces partis, ils se réapproprient et banalisent néanmoins le vocabulaire de l’extrême-droite. Il n’est donc pas étonnant que lors de la nouvelle commission européenne, le nom du portefeuille anciennement appelé « Immigration, Affaires intérieures et Citoyenneté », s’est vu porté le nom lourd de sens de « Protection de notre mode de vie européenne ». Un mode de vie européen, unique et uniforme… On retrouve ici une forte similitude avec la rhétorique fasciste et son mythe de l’origine commune indo-européennes, foyer d’une culture homogène et supérieure et mis en danger par l’arrivée de l’immigré.

Parés de bonnes intentions, les discours fascistes et d’extrême-droite ont laissé les références néonazies de côté pour se réclamer d’une certaine respectabilité populaire, envahissant le terrain social et se positionnant comme la dernière défense à l’islamisation de nos sociétés. Leurs revendications n’ont pourtant que très peu changé depuis leurs origines, et en reportant le fondement du déclin sur l’étranger, il nie aussi complètement toutes inégalités au sein de la population d’un pays. Faut-il rappeler que sous le plein pouvoir de Pétain, durant la deuxième guerre mondiale, les droits des femmes se voient réduits au minimum, une loi de 1942 pénalise l’avortement, les syndicats sont défaits et la grève est interdite. 

La recrudescence de l’extrême-droite aujourd’hui rappelle qu’il faut rester vigilant et qu’un renversement de nos droits est possible. Les nouvelles politiques de Trump et Poutine aux USA et en Russie, de Jair Bolsonaro au Brésil, ainsi que les émergences des partis extrémistes en Italie, en Autriche, en Hongrie ou encore en Suède ont mis à mal les avancées démocratiques de ces pays. Analyser leurs discours, dénoncer les nids et actes fascistes dans nos sociétés : voilà donc le combat de l’antifascisme. Car ce qui va de pair avec la montée de l’extrême-droite, c’est une mise en péril de droits sociaux et égalitaires, donc les premières victimes sont les immigrés, les femmes et toute personne atteinte d’une irrégularité physique, psychique ou sociale.

À Clermont-Ferrand, la présence antifasciste n’est pas des moindres. Un nombre important d’organisations syndicales, politiques et associatives font aujourd’hui partie du paysage militant de la région, et une vingtaine d’entre elles se sont réunies pour créer Le Collectif de lutte contre les extrêmes droites du Puy-de-Dôme. Chaque groupe présente des affinités politiques et des méthodes différentes, et tous se montrent actifs quant à la lutte contre le fascisme. 

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