Le service national universel : du t-shirt blanc à la chemise brune ?

Lancé pour la première fois en juin dernier, le service national universel accumule les critiques contre lui, souvent vu comme un dispositif d’embrigadement de la jeunesse. Lors d’une conférence à l’université, David Gozlann, de la Libre Pensée, va plus loin en décrivant une militarisation de la société et redoute la conversion de la jeunesse en police politique.

Voulu par Emmanuel Macron, le service national universel (SNU) est largement décrié. Projet bâtard entre service militaire et service civique, il est par beaucoup considéré à la fois comme un dispositif de cadrage idéologique de la jeunesse et une réserve de main d’œuvre bon marché. Cet été, les critiques ont été exacerbées par la première vague de tests : l’image d’adolescents qui s’effondrent après être restés trop longtemps au garde-à-vous sous un soleil de plomb a marqué les esprits. Mais pour certains, les dangers du SNU sont bien plus profonds : le dispositif pourrait servir de base à un système totalitaire. C’est en substance les craintes qu’a soulevé David Gozlann, militant de la Libre Pensée, lors d’une table ronde sur le sujet organisée avec l’UNEF le 2 octobre dernier.

« On déshabille l’éducation nationale pour habiller l’armée »

Premier constat : le SNU n’est pas indifférent au reste des réformes du gouvernement Macron, en particulier en terme d’éducation et de jeunesse. Avec la loi ORE puis les réformes des lycées, le changement de philosophie est clair : tout le monde n’est pas fait pour aller à l’école. Mais que faire des milliers de jeunes désœuvrés, rejetés par l’enseignement ? Là intervient le SNU, pour David Gozlann. « En clair, on déshabille l’éducation nationale pour habiller l’armée », résume-t-il. « Les jeunes auront moins de possibilités pour faire des études et on leur proposera les structures d’accueil du SNU. » Des structures d’accueil dont le profil n’est pas restreint, au contraire du service civique, aux associations laïques à but non lucratif et aux services publics ; rien n’empêchera donc les entreprises, partis politiques ou établissements religieux d’y avoir recours. « Pour les entreprises, c’est de la main d’œuvre gratuite ; les jeunes, eux, y perdent tout. Ils n’ont pas de salaire et ne cotisent à rien. C’est la même chose que le service du travail obligatoire et les chantiers de jeunesse. » Le gouvernement veut atteindre 400.000 participants d’ici deux ans et compte sur 800.000 jeunes au moment de la généralisation ; il y a fort à parier que c’est le marché du travail dans son ensemble qui serait déstabilisé, les travailleurs pouvant difficilement faire valoir leurs droits face à la concurrence d’un jeune forcé au travail et quasiment gratuit pour l’employeur. D’ores et déjà, les porteurs du projet tablent sur 24.000 refus de participer par classe d’âge. Si les sanctions sont envisagées (impossibilité d’exercer certaines professions, de s’inscrire à certaines formations, de passer certains examens, d’accéder à certains droits), aucun statut d’objecteur de conscience n’est prévu.

Mais la critique de David Gozlann ne se limite pas au dispositif tel qu’il est annoncé. Sa plus grande crainte : l’intégration des jeunes à l’appareil répressif de l’État. « L’objectif est annoncé : tous réservistes ! », rappelle-t-il. « On peut dès maintenant envisager une politique de la carotte et du bâton avec un système de grades. » Une idée qu’il met en parallèle avec la mise en œuvre, ces dernières années, d’une politique de plus en plus répressive et d’un discours tourné contre un ennemi intérieur. « La France a 6.700 soldats déployés en opération extérieure, et 10.000 sur son territoire. C’est une guerre intérieure, contre le peuple. » Dans le cadre d’un SNU obligatoire et militarisé, le militant de la Libre Pensée imagine dès lors des promotions obtenues par la dénonciation du militant, du syndicaliste, du migrant…

Dystopie ou terrible prédiction de la mise à mort de la démocratie par une jeunesse mise au pas ? Les militants de la Libre Pensée, comme de l’UNEF qui accueille la conférence, espèrent ne jamais le savoir, et appellent les jeunes et leurs aînés à refuser ce dispositif. « Il n’y a qu’une seule solution : il faut rompre les rangs ! »

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