Le syndicat étudiant UNEF vent debout contre la hausse des frais d’inscription pour les étrangers

Alors que les lycéens sont mobilisés depuis une dizaine de jours, l’UNEF compte bien mettre les étudiants sur le pied de guerre. Dans leur viseur, une mesure en particulier les inquiète : la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne. À l’occasion d’une assemblée générale sur le sujet, Paco Bellouche, syndicaliste étudiant, nous en parle.

Tu peux résumer ce qu’entraîne cette mesure ?

Le gouvernement a annoncé la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors Union européenne. Le coût passe à 2770 euros pour une année de licence, contre 170 euros aujourd’hui, et 3770 euros pour une année de master ou de doctorat. Nous, on considère que c’est une mesure discriminatoire, qui vise à trier par l’argent les étudiants. Ils veulent choisir qui veut venir en France : les Américains, qui ont plus les moyens, seront privilégiés par rapport aux Africains, par exemple.

On nous répète depuis longtemps que l’université manque de moyens. Ce n’est pas une bonne solution ?

L’université manque de moyens parce qu’il y a un désengagement de l’État depuis plus de 30 ans ; pour compenser ce désengagement, ils essaient de faire payer les étudiants étrangers alors que ce n’est pas à eux de financer le service public. Le gouvernement nous raconte que les étudiants étrangers ne payent rien, mais entre l’inscription, le visa etc, ils déboursent déjà environ 500 euros. Dans le détail, ça donne :

– Test de langue : environ 90 euros, selon le pays d’origine

– Frais de gestion de dossier Campus France : entre 70 et 230 euros selon le pays et les études

– Frais de visa : 130 euros, avec souvent un coût supplémentaire pour payer un intermédiaire privé

– Frais d’inscription : 170 euros, plus 90 de CVEC

– Demande de titre de séjour : entre 60 et 230 euros selon le pays d’origine.

En sachant qu’un étudiant étranger qui travaille paye ses cotisations en France, mais n’a pas accès aux aides. Ça représente 10 milliards d’euros par an qui servent à payer les allocations des Français.

Comment le gouvernement justifie-t-il cette mesure ?

L’argument d’Édouard Philippe, c’est de rendre l’université plus attractive, pour passer à 500,000 étudiants étrangers en 2027. C’est complètement contradictoire, ce n’est pas en augmentant les frais d’inscription que les universités deviendront attractives, mais en investissant dans l’enseignement supérieur. Un autre argument du gouvernement, c’est l’amélioration du service dans les préfectures et la réduction des délais pour les titres de séjour. Mais c’est complètement faux, parce qu’ils sont en train de supprimer des postes dans la fonction publique, ce qui s’applique aussi aux préfectures. Sans embaucher du monde, on ne peut pas rendre les démarches plus rapides.

Aujourd’hui, cette hausse toucherait combien de personnes ?

Actuellement il y a 32 000 étudiants étrangers, et il y en a 5 000 à l’Université Clermont-Auvergne. S’ils changent de cycle, ils vont devoir payer. Cette mesure va à l’encontre de la démocratisation et de l’internationalisation de l’enseignement supérieur, ainsi que du principe d’égalité du service public. Le gouvernement fait payer une catégorie d’usagers plus que les autres, c’est discriminatoire par définition. Cette mesure devrait être en vigueur à la prochaine rentrée. Campus France a déjà commencé à appliquer les frais.

Cette augmentation est-elle amenée à se généraliser à tous les étudiants ?

Dans le rapport qui préconise d’appliquer cette mesure, la cour des comptes considère aussi qu’il faut faire payer les étudiants français 2,000 euros par an. C’est une première étape vers un modèle anglo-saxon, et une privatisation de l’université. Le gouvernement l’assume, la ministre a déjà fait des déclarations annonçant la fin de la gratuité de l’université.

L’UNEF a appelé à une assemblée générale aujourd’hui. Qu’est-ce que ça a donné, et quelles vont être les suites ?

L’information n’a pas très bien tourné, mais il y avait une dizaine d’étudiants qui étaient motivés pour se mobiliser. On doit en décider lors d’une réunion interne, mais il va certainement y avoir des suites à cette assemblée générale. On publiera les informations sur nos réseaux la semaine prochaine.

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