L’éducation nationale en grève contre des réformes qui « aggravent le tri social »

Malgré la démobilisation des lycéens, le gouvernement n’en a pas fini avec la contestation dans l’enseignement secondaire. Aujourd’hui, enseignants et AED ont déclaré une journée de grève pour lutter contre les réformes menées par Blanquer. Et si la mobilisation a été relativement éparse, d’importants taux de grévistes dans certains établissements laissent envisager un durcissement de la contestation d’ici au 5 février.

Si le mouvement lycéen contre la réforme du bac n’a pas repris après les fêtes, dans la capitale auvergnate, leurs enseignants ont pris le relais. Les professeurs de l’enseignement secondaire sont en grève aujourd’hui, jeudi 24 janvier, contre les dernières mesures du gouvernement Macron. À l’appel d’une large intersyndicale (SNES-FSU, SE-UNSA, SNALC, SGEN-CFDT, CGT Educ’Action, SUD Éducation, UNEF), ils ont quitté les salles de classes et les vies scolaires pour rejoindre les piquets de grève, avant de se regrouper à 11 heures devant le rectorat.

Les réformes du lycée général et des lycées professionnels restent au centre de leurs inquiétudes. « Ce sont des réformes qui reviennent à aggraver le tri social qui est déjà à l’œuvre », dénonce Alain, militant SUD Éducation. « Notamment la réduction des enseignements généraux en lycées professionnels, qui ouvre aussi la voie aux entreprises et à la privatisation. Dans les lycées généraux, l’instauration des spécialités crée forcément des inégalités. » Niveau taux d’encadrement, les perspectives ne sont pas réjouissantes non plus. Les syndicats dénoncent l’absence de création de postes au niveau académique, alors que les effectifs d’élèves continuent d’augmenter. Pire encore, le projet de dédoublement de certaines classes, qui doit être opéré à moyens constants, oblige les établissements à réduire encore l’encadrement des autres niveaux. Pour le collège et le lycée Blaise Pascal, les grévistes craignent des suppressions de postes et une mise en concurrence des équipes pédagogiques. « On va se battre entre établissements pour des spécialités, entre équipes pour savoir qui aura les heures », abonde un représentant.

« Il est dangereux pour nous et pour les élèves de ne pas pouvoir réagir lors d’une situation délicate »

Symbole de cette fracture sociale, c’est le collège Albert Camus, installé au cœur des quartiers nord de la ville, qui est à la pointe de la contestation avec 100 % de grévistes selon un militant CGT. « En deux ans, on a perdu 50 heures. Ce sont ces 50 heures qui font la spécificité d’un établissement REP+ », interpelle une gréviste de cet établissement, soulignant les besoins spécifiques de ses élèves. « Actuellement, on tend à fonctionner comme un collège ordinaire, ce qui nous inquiète fortement. » Également mobilisés, les assistants d’éducation (AED) dénoncent des équipes en sous-effectifs et une mauvaise reconnaissance de leur travail. « Il est dangereux pour nous et pour les élèves de ne pas pouvoir réagir lors d’une situation délicate », déplore un représentant gréviste du collège Gérard Philippe. Lui et ses collègues réclament un poste supplémentaire, des formations sur la santé, et la revalorisation des salaires.

Autre source d’inquiétude, la loi de « l’école de la confiance », proposée par G. Blanquer, qui instaure un devoir de réserve pour les enseignants. « C’est une proposition qui criminalise les revendications et l’expression des personnels », craignent Patrick et Frédéric, respectivement délégués SNES-FSU et CGT Educ’Action. « Quand on dit comme ici qu’on ne peut plus exercer notre mission correctement, on peut considérer qu’on porte atteinte à l’image du service public. Mais c’est une question de démocratie : quand t’es enseignant, un de tes rôles est d’éveiller l’esprit critique des élèves. Comment tu peux éveiller cet esprit critique si tu dois être au garde-à-vous ? »

Au total, environ 150 grévistes se sont retrouvés devant le rectorat aujourd’hui. Sur place, le constat était celui d’une grève hétérogène, certains établissements faisant office de foyers de mobilisation, notamment le collège Albert Camus qui a atteint les 100 % de grévistes. Les syndicats espèrent construire davantage le mouvement, et la perspective se renforce d’un appel à l’action le 5 février, en lien avec la grève interprofessionnelle voulue entre autres par la CGT et les Gilets jaunes.

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