Les clermontois unis contre l’antisémitisme

Partout en France, la population s’est mobilisée contre l’antisémitisme hier soir, mardi 19 février, à l’appel d’une union transpartisane. À Clermont-Ferrand, environ 1.500 personnes se sont rassemblées, pour une marche riche en débats et en contradictions.

19 h 10, la nuit est tombée. Je descends la rue de la préfecture en direction de la place de Jaude. À cette distance, la place paraît floue, comme si un nuage s’était posé au pied de la statue de Vercingétorix. J’accuse d’abord le crépuscule et ma vue défectueuse, avant de réaliser mon erreur : sous l’éclairage public, c’est une masse silencieuse d’environ 1.500 personnes qui m’accueille. Sans mégaphone ni slogans, la foule s’est compactée, comme pour montrer son unité face aux horreurs antisémites qui se multiplient dans le pays.

De l’extérieur, elle forme un bloc sombre dont ne s’échappe aucune voix. À l’intérieur, en revanche, l’hétérogénéité est flagrante, et les débats vont bon train. « Tu penses qu’on est plus ou moins nombreux qu’à la manif contre le Bastion social ? », me lance un photographe rencontré pendant une mobilisation de soutien aux réfugiés. Sur le coup, je suis bien incapable de répondre. Mais ce rassemblement-là est de nature différente ; moins militant, plus divers. On y trouve tous types de gens, tous types d’idéologies, à l’instar de l’union transpartisane regroupant la droite et la gauche radicale qui est à l’origine de l’appel. On voit des retraités, des lycéens, des familles. On aperçoit des costumes hors de prix, des sacs de haute couture, des badges CGT, des gilets jaunes et des keffiehs. « Non, ce n’est pas par rapport à Finkielkraut, c’est par rapport à tout ce qu’il s’est passé d’antisémite ces derniers temps ! », explique une participante à un homme qui demande ce qu’il se passe. Un peu plus loin, un enfant porte une pancarte marquée « Je suis Simone » d’un côté, « Je suis Alain » de l’autre ; pas sûr que l’association ait fait plaisir à la femme politique. De l’autre côté du rassemblement, un militant de gauche radicale brandit un écriteau « Non à l’antisémitisme, oui à la critique d’Israël et de tous les États ». Ici et là, des manifestants sont venus avec leurs Gilets jaunes, comme pour lutter contre l’instrumentalisation des actes antisémites visant à discréditer le mouvement. Un geste nécessaire, alors que la tentative de Macron de réhabiliter Pétain a été bien vite oubliée.

Après une demi-heure de stagnation, la foule se forme en cortège et commence à se déplacer dans les rues clermontoises. Sur le côté de la rue du 11 novembre, deux personnes sans domicile brandissent une pancarte « Au moins, les Gilets jaunes nous disent bonjour ! ». Leur message fait mouche, et les regards des costumes trois-pièces se détournent. La marche poursuit sa route, passe devant la cathédrale, et redescend vers la place de Jaude. Toujours en silence, les têtes baissées, sans qu’aucun slogan ne soit lancé. Vers 20 heures, les manifestants entonnent une courte Marseillaise, avant que la foule ne se disperse. Ce mélange de marche blanche et d’union sacrée laisse un arrière-goût étrange aux anti-racistes radicaux ; demain, ils seront à nouveau seuls en première ligne face aux néo-fascistes en pleine ascension.

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