Les hôpitaux s’enflamment !

Les braises étaient chaudes depuis des mois, les différents services débrayant un par un. Aujourd’hui, jeudi 14 novembre, c’est l’embrasement général dans le monde hospitalier ; nous y avons assisté depuis le CHU Gabriel Montpied, à Clermont-Ferrand.

13 h 30 : je bois un café devant le CHU Gabriel Montpied. Depuis huit heures, les signes avant-coureur d’une mobilisation sans précédent affluent. L’intention des pédiatres de rejoindre le mouvement est connue depuis plusieurs semaines. Mais dans la matinée, mon téléphone s’affole : un par un, tous les corps de métier, tous les services quasiment sans exception, déclarent leur intention de débrayer. Dans le couloir de l’hôpital, les grévistes ont installé un stand pour faire signer une pétition de soutien. Il me reste une bonne demie-heure avant le rassemblement officiel, je me dis que j’irai leur parler après la cigarette. « C’est incroyable ce qu’il se passe, comment est-ce que ça peut encore arriver ? » m’interpelle un homme sur le parvis, d’un certain âge. Un patient, ou un manifestant en avance ? « Une grève comme ça, ça ne devrait pas être possible ! Les infirmières et les médecins qui n’arrivent plus à soigner des gens, ça ne devrait plus être possible ! Un gouvernement qui laisse les hôpitaux dans une situation pareille, ça n’est pas sensé exister ! » En acquiesçant, je laisse traîner une oreille ; sur le parvis, je capte d’autres conversations du même genre. Non, la situation ne va pas durer. Les gens ne la laisseront pas continuer. C’est ce que je réponds à l’homme, qui embraye : « Vous êtes étudiant, non ? C’est terrible aussi, pour les étudiants. Les jeunes, je ne sais pas comment vous allez faire, l’avenir… »

Les externes font leur entrée dans le CHU Gabriel Montpied

La conversation se poursuit une dizaine de minutes. Et là, ça commence : une foule d’étudiants en blouse blanche franchit le portail et commence à rentrer dans l’hôpital, lançant des slogans contre la privatisation de la santé. Je les suis à l’intérieur ; le hall est rapidement bondé, et ils n’en finissent plus d’arriver ! Ça crie et ça chante au milieu des brancards qui continuent de circuler ; on déploie une banderole, le personnel et les médecins se joignent à la cohue et une enceinte poussée par un syndicaliste entonne des chants militants. Une chanson de la compagnie Jolie Môme sur l’air de « l’appel du grand Lénine » au milieu du CHU, si on m’avait dit que je verrais ça !



« Les CHU sont nos lieux de formation : un hôpital qui s’écroule fait de mauvais médecins ! »

Après un moment, la foule devenue trop dense franchit à nouveau le sas pour se rassembler à l’extérieur, et écouter quelques prises de parole au micro laissé libre. « Ça fait plus de 35 ans que j’exerce au CHU de Clermont-Ferrand et c’est la première fois que je vois l’ensemble du personnel et des usagers se rassembler pour exprimer un sentiment commun », témoigne un médecin. « Nous sommes là car nous sommes attachés au service public, à l’hôpital public, et nous voulons continuer d’y travailler dans de meilleures conditions. Nous sommes avant tout des soignants, et nous voulons soigner dans de meilleures conditions. » À sa suite, les organisations syndicales et les gilets jaunes prennent le micro, dénonçant l’ensemble des politiques menant à la casse de l’hôpital public et, plus largement, des services publics et de la sécurité sociale.

Une chaîne humaine se forme pour faire le tour du CHU

Les discours terminés, les manifestants entourent le CHU d’une gigantesque chaîne humaine, puis rentrent à nouveau dans l’hôpital pour un sitting massif dans le couloir du rez-de-chaussée. Je m’approche d’un groupe de syndicalistes : des nouvelles de la manifestation du CHU Estaing ? « On essaye d’avoir des infos, mais il y avait beaucoup de monde. La préfecture dit 400 personnes ici et 950 à Estaing. Mais on était bien plus de 400 ici. C’est difficile à estimer, mais on était au moins 600, peut-être même 1.000 ! » La foule se disperse petit à petit aux alentours de 15 h 30. En fin d’après midi, les médecins se sont réunis entre eux en assemblée pour faire la synthèse de leurs revendications.

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