Les universités, nouveau terrain de lutte pour les Gilets jaunes

Depuis hier, les Gilets jaunes clermontois vont au contact des étudiants sur leurs universités. Leur objectif : mettre en avant les revendications liées à la jeunesse lors de la prochaine manifestation, et expliquer aux étudiants la démarche des Gilets jaunes.

La mobilisation des Gilets jaunes approche maintenant de sa quatorzième semaine de lutte. Mais où sont donc passés les cortèges étudiants, ceux que tous les gouvernements redoutent depuis mai 68 ? Si les lycées clermontois se sont joint à la lutte au mois de décembre avant d’être démobilisés par la répression, les universités restent désespérément calmes. Mais les Gilets jaunes et les syndicats étudiants ont bien l’intention de faire changer ça. Dédiant la onzième « marche citoyenne » aux étudiants et lycéens, les opposants à Macron ratissent les campus universitaires depuis hier, mardi 12 février, pour parler de leur lutte à la jeunesse clermontoise.

« On vient pour expliquer ce qu’est le mouvement des Gilets jaunes, ce qu’on revendique pour les étudiants et les lycéens, et pour les inviter à nous rejoindre à la marche de samedi », explique Barbie, gilet jaune et étudiante en biologie, entre deux interventions en amphithéâtre. Pour la jeune femme, il s’agit d’associer les revendications spécifiquement étudiantes aux problématiques plus générales, qui touchent les jeunes lorsqu’ils rentrent sur le marché du travail après l’obtention du diplôme. Pour faire passer ce message, les Gilets jaunes interviennent dans les amphithéâtres en lisant un texte rédigé collectivement. Y figurent entre autres le retrait de la sélection à l’université, l’annulation de l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors-UE et la création d’un service public d’orientation, mais également la suppression de la TVA pour les produits de première nécessité, l’accès à un logement digne pour tous, et la lutte contre les inégalités de genre.

« La manifestation de mardi a montré que la convergence avait fonctionné »

Pour Chris, « communicant gilet jaune » et chef d’entreprise, cette intervention n’aurait pas été possible sans le rapprochement avec les syndicats. Tout en restant apartisan et asyndical, désormais le mouvement « marche à côté » des organisations traditionnelles, ouvrant de plus large possibilité de mobilisation. « La manifestation de mardi [à l’initiative de la CGT et rejointe par les Gilets jaunes, NDLR] a montré que la convergence avait fonctionné, alors on a proposé de faire la même chose avec les universités. Il ne s’agit pas d’attirer les étudiants sur les marches, mais bien de montrer qu’ils sont représentés au cœur de nos revendications », explique-t-il. Sur le terrain universitaire, tout semble réuni pour que la collaboration se passe dans de bonnes conditions. « Il n’y a pas eu d’hésitation de notre côté étant donné que les revendications sur la jeunesse sont celles que l’on porte depuis longtemps », souligne Anna, présidente de l’UNEF. « Si nous n’avions pas pris la parole au nom des Gilets jaunes pour ne pas nous approprier le mouvement, on a appelé et participé aux manifestations précédentes. » Pour la syndicaliste, cette jonction est nécessaire pour arriver à une victoire du mouvement social. « La mobilisation fait trembler le gouvernement, mais il ne lâche que des miettes », analyse-t-elle. « C’est un avancée dans le sens où le mouvement social a eu peu de victoires récentes, mais ce n’est pas encore suffisant ». Et malgré des réticences, l’administration n’a pas tenté d’empêcher les Gilets jaunes de prendre la parole. « C’est aussi une liberté syndicale d’intervenir dans les amphithéâtre, y compris avec des représentants du mouvement social dont font partie les Gilets jaunes », estime Anna. Selon elle, la présence conjointe des chasubles fluos et des militants syndicaux permet de faire passer plus facilement le message aux étudiants, habitués à ne recevoir que les représentants de l’UNEF. L’auditoire de ce matin a en tous cas paru sensible au discours, et la plupart des interventions auxquelles nous avons assisté se sont conclues sous les applaudissement des étudiants. Satisfaits, Gilets jaunes et syndicalistes ont terminé la matinée autour d’un café et d’une réflexion sur la manière de combattre le sexisme dans la société.

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