L’habitat participatif, une manière d’habiter encore à ses débuts en France

L’habitat participatif a le vent en poupe. Dans le cadre d’une série de rencontres informatives sur la question, le café-lecture les Augustes invite l’association Habiter Autrement à présenter cette nouvelle manière d’habiter aux curieux et plus aguerris. Une occasion pour nous de revenir sur ce mouvement de logement collectif et alternatif, encore à ses débuts en France.

Depuis quelques années, les projets d’habitats participatifs se multiplient en France, et l’association auvergnate Habiter Autrement se montre très optimiste quant à son développement dans le département. Mais les pionniers de ces projets viennent d’ailleurs, principalement d’Allemagne, en Suisse et en Norvège, où ce système a déjà conquis une très large part de la population. Il est estimé 5 % du parc immobilier en Suisse, et par exemple à Tübingen en Allemagne, il représente 80 % des logements neufs. (1)

En soit, les projets de collectifs d’habitations ne sont pas quelque chose de neuf et ils ont probablement existé en France à toutes les époques. On peut entre autres citer le mouvement des Castor d’auto-construction coopérative à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais c’est dans les années 70-80 qu’a lieu un réel regain d’intérêt où, sous le nom d’Habitat groupé, de nombreux projets voient le jour en France avec le Mouvement pour l’Habitat Groupé Autogéré (MHGA). En 2011, une rencontre internationale est organisée à Strasbourg dans le but de se faire reconnaître juridiquement par le gouvernement. C’est à cette occasion que les termes d’Habitat participatif voient le jour. En 2014, un statut juridique est finalement octroyé par la loi ALUR pour promouvoir ce model d’habitat innovant, collectif et durable.

Concrètement, l’Habitat participatif ?

Ce sont des groupes de citoyens qui se réunissent pour la conception de résidences communes, leur permettant de construire leur logement – souvent dans une logique éco-responsable – et de partager un mode de vie communautaire à moindre coût. De manière générale, l’habitat est divisé en plusieurs foyers privés avec un certain nombre d’espaces partagés : jardin, potager, atelier, chambre d’amis, etc. Tout est évidemment organisé selon les décisions du collectif. Mais ces projets d’habitat, allant de la conception de l’espace à l’organisation de la vie commune ne sont pas de longs fleuves tranquilles. La mise en place de tels projets prend du temps, de l’énergie et une bonne dose de diplomatie. La Semblada, un habitat de 9 familles à Clermont-Ferrand, fut un projet de 7 ans avant que ses propriétaires puissent emménager en 2018. L’Énorme Alien, rassemblant 13 foyers dans le quartier Galaxie, a suivi un cheminement similaire, débutant la conception en 2011 malgré la participation d’un bailleur social.

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

L’une des habitantes de La Semblada

« Il y a plusieurs degrés possibles dans la conception des projets » explique Lucie de l’association Habiter Autrement. « On peut avoir un total contrôle de la construction et des ressources par le groupe initiateur. Il est aussi possible d’organiser le partenariat avec un bailleur social. Ou encore, on peut se greffer à une autre structure existante. » Tout dépend du type d’organisation désirée par le collectif et des ressources disponibles. Prendre ce genre de décision n’est pas facile et demande beaucoup de réflexion. C’est pourquoi Habiter Autrement propose cette série de réunions afin d’informer, de répondre aux questions et de permettre la rencontre entre les anciens et nouveaux habitants, ainsi que les curieux.

Le partenariat avec des bailleurs sociaux pour l’habitat participatif est un système attractif. Il permet généralement de faciliter la mise en place du projet et d’accélérer l’emménagement. Néanmoins, il faut prendre en compte que cette coopération peut entraîner certaines contraintes. Elle se solde parfois par une diminution du pouvoir de décision à l’égard des locataires, et dans certains cas l’absence de choix en cas de remplacement d’un foyer. « Néanmoins, c’est un système qui est nouveau en France » explique l’un des habitants de L’Énorme Alien. « Ce qui nous donne malgré tout une certaine marge de liberté et donc la possibilité d’arranger avec le bailleur une limite à son pouvoir de décision. »

Cohésion de groupe

À Clermont-Ferrand, ils sont plus d’une dizaine de collectifs à avoir franchi le cap de l’habitat participatif, chacun à des niveaux différents dans l’achèvement de leurs logements. Mais la construction n’est pas tout. Si sept d’entre eux étaient présents ce mardi 15 octobre au café des Augustes, c’était premièrement pour parler de la cohésion de groupe, thématique importante qui traverse tout le cheminement d’un projet. En effet, « selon une étude aux Etats-Unis, un seul projet sur dix réussit dans la durée, et le facteur humain est la première cause d’échec. Le facteur foncier en est le deuxième. » explique Lucie.

« C’est pourquoi il faut des règles précises dès l’origine du projet, une organisation qui permette à tous de s’exprimer. » explique l’une des habitantes de La Semblada. « Dans tout groupe, il y a les pragmatiques et les rêveurs. Il faut savoir trouver le juste milieu entre ceux qui veulent trop et ceux qui ne veulent pas assez du collectif. » À La Semblada, ils ont partagé l’organisation en commissions de travail selon les spécialités de chacun. Les conflits d’intérêts sont modérés en groupe et ne sont pas forcément contre-productifs. Au contraire, ils permettent parfois d’arriver collectivement à des solutions différentes, plus intelligentes et plus rentables pour tous. Jacqueline, de l’habitat Le Crouzille (en attente d’emménagement dans le quartier de l’Ouradou) va dans le même sens. « C’est important de prévoir à l’avance une charte qui met en place les objectifs à longue durée et la gestion de conflits. Pour cela, il faut savoir parler d’argent avec franchise et faire en sorte que chacun ait sa part du gâteau. » Se lancer dans un habitat participatif, c’est parfois investir dans une communauté, et non dans un bien immobilier.

Maintenir une cohésion de groupe est donc d’une importance capitale. Parallèlement aux décisions concernant le statut juridique, résume Lucie d’Habiter Autrement, il est important de déterminer collectivement son système de valeurs, ses objectifs, d’organiser un système de prise de décision et de répartition du travail. Parmi les collectifs présents, nombreux sont ceux qui sont ouverts à de nouveaux arrivants et à l’idée de créer un réseau d’habitats participatifs, afin de faciliter la transmission de savoir, de matériel ou de personnes.

En 2017 en France, les dépenses liées à l’habitation et aux frais de logement représentent en moyenne 30 % du revenu des ménages. Dans les années soixante, elles s’élevaient à 12 %. (2) Ces dépenses sont le plus souvent vues comme une fatalité, et effacent le fait qu’il existe d’autres manières d’habiter à moindre coût, de manière plus écologique, plus responsable, tout en renouant avec le principe basique de la vie collective.

Les prochaines réunions d’Habiter Autrement auront lieu au café-lecture Les Augustes ce 26 novembre, afin de parler de l’aspect juridique et des différentes formes associatives, et le 17 décembre sur comment et quand démarrer un projet et les bonnes questions à se poser. C’est aussi une occasion de rencontrer les collectifs existants.
  1. Données fournies par https://www.cohesion-territoires.gouv.fr/habitat-participatif-un-cadre-juridique-pour-habiter-autrement
  2. http://www.observationsociete.fr/modes-de-vie/logement-modevie/depenses-contraintes-le-poids-du-logement.html
https://www.okpal.com/mediacoop/#/

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