Malgré la mobilisation, des E3C maintenues coûte que coûte à Clermont-Ferrand

Ce lundi 3 février, les lycées Blaise Pascal et Sidoine Apollinaire étaient à nouveau mobilisés en cette journée d’épreuves du baccalauréat. Malgré des conditions chaotiques, les établissements ont maintenu les examens, tandis que les enseignants ont obtenu une entrevue au rectorat dans la soirée.

Sept heure vingt ; dans la pénombre de ce début de mois de février, le lycée Blaise Pascal de Clermont-Ferrand s’éveille peu à peu. Dans moins d’une heure doit avoir lieu une nouvelle session d’épreuves de contrôle continu du baccalauréat, les fameux E3C qui font tant parler, et déjà, la tension est palpable. « Tu vois ceux-là ? », confie un enseignant. « C’est des sous-flics du rectorat. Ils viennent mettre la pression. » Difficile de le prendre autrement : l’équipe de quatre ou cinq personnes encadre l’entrée du lycée à la manière de vigiles de supermarchés. S’ils restent courtois, leur présence n’arrange rien à la situation. « On vous voit tout le temps ! Il attend quoi le recteur pour venir ? » leur lance un autre prof, visiblement en colère, en rentrant dans l’établissement. « On n’arrête pas de nous supprimer des postes, mais pour venir nous fliquer dans les bahuts il y a du monde ! » Difficile d’imaginer un autre échange entre ces enseignants mobilisés et des représentants de leur hiérarchie, maintenant que plusieurs d’entre eux ont été envoyés tout droit au commissariat par une plainte d’un supérieur.

Peu à peu, le trottoir se remplit ; les lycéens, nombreux, rentrent dans le bâtiment pour attendre le début de l’épreuve, tandis qu’une trentaine d’enseignants grévistes déploient banderoles et pancartes pour signifier leur mobilisation dans le calme. Une demi-heure plus tard, tous sont rentrés pour tenir leur rassemblement dans la cour de l’établissement. Ne restent dehors que les représentants du rectorat et quelques enseignants d’autres établissements venus soutenir leurs collègues. Les nouvelles de l’intérieur sont rares : aux alentours de 8h30, l’alarme incendie retentit, puis se coupe sans évacuation. « Quand j’ai commencé à enseigner il y a 15 ans, on se battait pour mettre en place des innovations, proposer des améliorations pour nos élèves », confie Nicolas L., professeur à Lafayette, présent en signe de solidarité. « Aujourd’hui on se bat pour conserver les quelques acquis qu’ils nous restent. Le plus désespérant est de se rendre compte qu’on n’a pas touché le fond : ce qu’il se passe aujourd’hui va se reproduire tous les ans jusqu’à ce que les écoles aient été entièrement privatisées. »

À environ 9 h 30, les informations de l’intérieur sont toujours incertaines. « C’est le flou : il y a le bazar dans les couloirs, et une grosse pression de l’administration. On ne sait toujours pas si les épreuves vont être annulées » transmet David Aliguen, représentant CGT Educ’action de l’établissement. Simultanément, Sidoine Apollinaire se met en mouvement : profitant d’une pause, les lycéens sont sortis. Une petite centaine d’entre eux se massent au portail : à grands renfort de slogans, ils invitent leurs camarades à quitter l’établissement, et ovationnent ceux qui franchissent les grilles. Après un moment dans cette position, la rumeur se propage que les absents aux épreuves seront notés 0 ; malgré la détermination d’un petit groupe, la plupart d’entre eux retournent composer. Les lycéens les plus mobilisés tentent une incursion dans les lycée pour déclencher les alarmes incendies ; celles-ci ne retentissent pas et les jeunes ressortent bredouilles au bout de quelques minutes.

Dans les deux établissements, l’échec se profile : après une matinée chaotique et plusieurs déplacements d’horaires, les E3C commencent. Les grévistes enseignants et lycéens se forment en cortège et rejoignent le rectorat peu après 11 heures pour qu’une délégation soit reçue. « La seule réponse qui nous est adressée est la répression, l’intimidation, et même la séquestration de certains élèves dans leur salles ce matin ! » dénonce David Aliguen. « Nous revendiquons l’annulation des E3C, la levée des sanctions contre les lycéens et les enseignants, et la récupération d’une dotation horaire suffisante pour donner cours dans de bonnes conditions à la rentrée prochaine. » Alors que le rassemblement se prolonge, professeurs et lycéens discutent revendications, conséquences de la réforme et enjeux de mobilisation. Tous s’y accordent : le soutien des parents d’élèves sera déterminant.

Mais il risque d’être difficile à obtenir : malgré un fort écho médiatique, la perturbation d’épreuves du baccalauréat passe mal. Pour Pierre-Marc Epstein, président de la section FCPE de Sidoine Apollinaire, c’est une limite à ne pas franchir. « Les E3C sont mal nées et mal organisées par le ministère, il y a plein de choses à revoir, je comprends qu’il y ait une grève quand la négociation échoue, mais je ne cautionne pas ce qu’il s’est passé ce matin », confirme-t-il. Pour lui, les syndicalistes se tirent une balle dans le pied : les épreuves se déroulent malgré leur mobilisation, et les notes obtenues dans ces conditions n’ont plus aucun sens. « D’autant qu’ils mélangent beaucoup de chose : ils se battent en même temps contre les E3C, contre la réforme des retraites, et contre la baisse des dotations horaires… Il faut séparer les choses. » Pour lui, d’autres questions méritent également d’être soulevées : « Les lycéens qui sont en terminale cette année sont les derniers à passer un bac normal. Qu’arrivera-t-il à ceux qui redoublent ? Ils vont passer des E3C qu’ils n’ont pas suivi ? Là encore, rien n’est prévu ! » Malgré cette opposition aux actions de la matinée, il le réaffirme : « à titre personnel, je considère que les poursuites judiciaire contre les représentants syndicaux à Blaise Pascal sont inadmissibles dans une démocratie. » C’est peut-être finalement la répression qui réunira parents d’élèves et enseignants grévistes.

Une délégation a été reçue au rectorat à 18 heures. Pour l’instant, nous n’avons pas le résultat de cette entrevue.

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