Manifestation contre la loi Blanquer : Entre inquiétudes et “enfumage” !

Ce jeudi 4 avril, à l’occasion d’une grève nationale des enseignants, environ 500 personnes se sont réunies à Clermont-Ferrand, sur la Place de Jaude, pour manifester contre la Loi Blanquer “pour une école de confiance’’ qui, pour beaucoup, porte très mal son nom.

 

 

A 10 heures, de nombreux enseignants ont rejoint la Place de Jaude pour faire part de leurs inquiétudes vis-à-vis d’une loi tendant à bouleverser la nature même de leur profession. Florence, professeure en Lycée, est essentiellement préoccupée par l’avenir de ses élèves en dénonçant notamment « la privatisation de l’enseignement ». Pour elle, l’école tend progressivement à se transformer en une vaste structure entrepreneuriale, dénuée de toutes visées pédagogiques : « On applique le même rythme qu’au sein d’une entreprise ; On utilise le même vocabulaire ; On adopte les mêmes méthodes ».

Florence pointe du doigt un système éducatif de plus en plus inégalitaire en évoquant notamment l’application de “Parcoursup[1]’’ : « Cela a été très compliqué pour certains élèves. Ils n’ont leurs réponses que très tard. Souvent, ils ont été déçus donc ce n’est pas du tout une réussite. On constate également beaucoup d’opacité concernant ce système de sélection. Les élèves venant de classes pro’, parfois mieux notés que des élèves issues de classes générales, sont le plus souvent déçus ». Florence pense que cette nouvelle loi va contribuer à accroitre des inégalités, déjà bien profondes au sein de la sphère éducative ; les élèves pourraient en être les premières victimes.

Venue avec ses enfants, Carine est également enseignante. Depuis, dix ans, cette mère de deux enfants travaille au sein d’une petite structure scolaire. Pensant que l’école est aujourd’hui en danger, sa présence à cette manifestation est comme une évidence : « Ma fille est dans ma classe, l’autre est dans une école qui est également fermée. Alors, je suis venue avec mes enfants pour dire que l’on n’est pas contente et que l’on a notamment peur pour l’avenir de nos petites écoles ». Aujourd’hui, si Carine a peur, c’est à cause de l’article 6 de la loi Blanquer prévoyant le regroupement des écoles primaires sous l’égide d’un seul collège.  En clair, il s’agit d’une transformation profonde du système éducatif en France privilégiant “la rentabilité’’ au dépend de l’intérêt général des enfants qui ne semble pas pris en compte par la loi.

« L’éducation n’est pas une marchandise »

 

“Non à la loi Blanquer, oui à une autre école”

A proximité de la statue équestre de Vercingétorix, l’ensemble des syndicats enseignants et étudiants[2]étaient bel et bien présents pour exprimer leur désaccord vis-à-vis de cette nouvelle réforme, perçue par certains comme « la décadence de l’Éducation Nationale ».

Olivier, militant Cégétiste arborant fièrement son gilet jaune est, quant-à lui, venu en tant que parent d’élève. Dénonçant notamment la menace qui pèse sur l’avenir de ses enfants, il déplore un système éducatif « axé de plus en plus sur la rentabilité ». Revenant sur l’érosion progressive de la proximité entre l’école et les parents d’élèves, ce père de famille met notamment l’accent sur la menace qui semble peser sur les filières générales (L, ES, S), créatrices de vocations.

Particulièrement remonté, Olivier ne comprend pas comment « un ministre de l’Éducation Nationale puisse prôner “une école de la confiance’’ sans aucune concertation avec le corps enseignant que l’on veut aujourd’hui museler ». Inquiet quant-à la liberté d’expression accordée aux enseignants, il poursuit son raisonnement : « Ce qui me choque le plus, c’est que l’on va museler leur parole en leur imposant une sorte de devoir de réserve symbolique comme on peut le retrouver dans l’armée ou dans la police. Cela provoque aujourd’hui des suicides et des mal-être qui n’ont pas lieu d’être ».

Frédéric Campguilhem, enseignant Cégétiste, est venu compléter les propos d’Olivier en dénonçant une volonté gouvernementale de bouleverser en profondeur l’Éducation Nationale. Évoquant “Parcoursup’’ à son tour, il se veut critique envers un système de sélection « empêchant toute une jeunesse d’avoir un droit simple, c’est celui de pouvoir s’inscrire à une université ». Pour lui, l’essence même de la profession qu’il exerce est remise en cause : « Mon rôle, c’est de faire en sorte que les gamins que j’ai en face de moi soient éduqués et qu’à la fin, ils ressortent de l’école en étant émancipés, formés et qualifiés ».  Cet enseignant pense encore que “savoir‘‘ est une chance et un droit s’adressant à chaque enfant sans distinction.

 

« Si Blanquer veut nous enfumer, enfumons-le »

 

Parti de la Place de Jaude, le cortège s’est symboliquement rendu devant le “Rectorat de l’Académie’’ de Clermont-Ferrand. Là, plusieurs membres, représentant divers syndicats enseignants et étudiants, ont pris la parole. Appelant à poursuivre leur action, certains syndicats ont fait part de la nécessité d’établir une convergence avec les gilets jaunes de façon à unir leurs forces contre un gouvernement aux abois. Dans une atmosphère conviviale et chaleureuse, la manifestation s’est clos dans un nuage de fumée émanant du barbecue installé pour l’occasion devant le rectorat. Une manière ironique de s’adresser au ministre de l’Éducation : « Si Blanquer veut nous enfumer, enfumons-le ».

 

[1]Remplaçant l’ancien système d’Admission Post-Bac (APB), “Parcoursup’’est une application web destinée à recueillir et gérer les vœux d’affection des futurs étudiants de l’enseignement supérieur public français.

[2]“SNUipp-FSU 63’’ ; “SUD Éducation’’ ; “FO Éducation 63’’ ; “CGT Educ’action 63’’ ; “UNSA Éducation 63’’ ; “UNEFF AUVERGNE’’

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