Marche contre les violences faites aux femmes, le 24 novembre: un rassemblement unitaire

Le 24 novembre, Une grande manifestation est lancée par l’ensemble des mouvements et associations féministes. « Noustoutes » rassemble ainsi des militant-e-s dont pourtant parfois les points de vue divergent sur certains éléments de leur lutte. Fatima Benomar du collectif «  Les Effronté-es » nous parle de cette marche unitaire contre les violences faites aux femmes.

En France, de nombreuses associations féministes seront donc au rendez-vous du 24 novembre, à Madeleine, à Paris, dès 14H. «  Bon on a appris hier que les gilets jaunes allaient se mettre à la même heure à Concorde…alors que nous travaillons depuis des mois à ce rassemblement… » Fatima est en colère, mais ne dévie pas de son projet initial : réconcilier les féministes qui défilaient jusqu’alors séparément « pour des détails, bien souvent ! même s’ils ont leur importance ! »

Si l’appel au rassemblement est de lutter contre les violences faites aux femmes, il s’agit par ce biais bien réel, de démontrer les conditions minorées des femmes. « Nous sommes dans un système patriarcal global, où les stéréotypes de genre exposent les femmes au dénigrement. Elles sont très majoritairement les salarié-e-s à temps partiel et aux plus bas salaires, sont encore économiquement parmi les plus fragiles, et restent, par leur genre et par la représentation sexiste qui en est faite, sous le joug des violences machistes. C’est pour toutes ces raisons que les violences faites aux femmes persistent. »

Il est vrai que le message paraît plus clair lorsque l’on parle des violences faites aux femmes, puisqu’elles touchent tout le monde, quelle que soit la situation sociale ou économique. «  Même si on a des préjugés là-dessus, la femme bourgeoise ne part pas plus de la maison, même si elle a les capacités économiques. Le poids du regard de la société lui en empêche bien souvent. » Explique Fatima.

Malgré tout, Fatima a l’impression que la société prend peu à peu conscience du rapport dominant de l’homme. «  Je crois que quelque chose a changé. Grâce aux réseaux sociaux, les femmes ont pu filmer elles-mêmes, le harcèlement de rue dont elles sont victimes. Meetoo a permis de démocratiser la parole et de prendre conscience que chaque femme a déjà été victime de violence. »

Mais si la société fait de grands pas (rappelons cependant que les violences faites aux femmes ont augmenté de 28 % en cette année 2018), c’est loin d’être le cas pour le gouvernement. « Schiappa a le budget le plus petit de l’Etat ! Il n’y a aucune intention politique de faire avancer la question des droits des femmes. »

Fatima et bien d’autres ont pourtant plein d’idées pour faire progresser la société, pour sortir des préjugés sexistes, en instaurant une politique publique majeure. «  Mais c’est sûr, ça coûte cher, nous pensons qu’il faut former les professionnels, policiers, magistrats, enseignants à l’égalité homme-femme.

En attendant, Fatima continue à travailler sur le terrain, notamment en accompagnant des femmes. «  En général, une femme se barre à l’aube, avant que son mari se lève. Mais si elle ne trouve pas rapidement un hébergement d’urgence, elle rentre chez elle. Après 3 jours d’hôtel, et les relances téléphoniques de son mari qui lui demande pardon, elle finit par y retourner. Alors, nous cherchons des lieux d’hébergement, des bouts de canapés, des chambres, des lits. »

Bien sûr, le système D n’est pas une solution viable, malgré tout l’entraide et la solidarité ont sauvé des vies. Comme cette jeune prostituée qui a appelé en urgence alors que son proxénète était en bas de chez elle. Et puis Fatima sait de quoi elle parle : «  J’ai vécu 6 mois à la rue, et ce sont des squatteurs qui m’en ont sorti. Puis pour avoir mes papiers de régularisation, j’ai pu compter sur les bénévoles de RESF. Donc le système D, ça marche ! Mais évidemment, si on pouvait bénéficier de l’argent public pour sauver toutes ces femmes, ce serait quand même tellement mieux ! »

A Québec, par exemple, il y a plus de place que dans toute la France. Un numéro d’urgence fait intervenir les secours en 5 minutes.

En France, nous sommes donc encore bien à la traîne. Même si, chaque personne peut faire changer les choses, en déconstruisant ce qu’on nous a appris enfant. «  Il existe aujourd’hui des livres et dessins animés féministes. IL faut beaucoup parler avec les enfants et les compagnons. Même si la répartition du ménage est un tout petit peu mieux qu’il y a quelques décennies, les tâches considérées comme étant les plus nobles sont encore attribuées aux hommes, des tâches non éphémères. Toute sa vie, l’homme pourra parler et montrer le meuble qu’il a bricolé.. La maison propre chaque jour est quant à elle invisible. Regarde, Les plus grands chefs de cuisine sont des hommes, mais pour la cuisine de tous les jours, ce sont encore majoritairement les femmes !  La même tâche est anoblie dès lors qu’elle  est effectuée par les hommes…Les femmes sommes encore trop mises à la disposition des hommes, pour le ménage, le sexe… »

Il reste donc du chemin à parcourir avant une parfaite égalité Homme-femme. Cette marche du 24 novembre est un premier grand pas, loin d’être le dernier. « Etre toutes ensemble, se respecter les unes les autres, et voir notre nombre grandir, ça promet de beaux jours pour notre combat… »

Eloïse Lebourg

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