Mobilisation intersyndicales en hommage à Christine Renon

Ce jeudi 3 octobre, tous les représentants syndicaux et les corps de métier de l’enseignement de Clermont-Ferrand se sont rassemblés devant le bâtiment de la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN). Ensemble, ils ont présenté leur soutien à la famille, aux amis et collègues de Christine Renon et montré leur colère face aux conditions institutionnelles déplorables qui ont conduit la directrice à son acte.

Le 21 septembre 2019, la directrice de l’école de Pantin en Seine Saint-Denis, Christine Renon, s’est donnée la mort sur son lieu de travail en laissant une lettre adressée à ses collègues et aux institutions. Elle y relate les difficultés qu’elle devait affronter quotidiennement, dans une situation où les réformes poussent les directeurs et enseignants à bout. Restrictions budgétaires, gestion administrative de plus en plus complexe, perte de sens, sa lettre résume la fatigue généralisée et le mal-être qui frappe le domaine de l’enseignement. Cet acte a été un coup de poing pour tous les corps de métier liés à l’enseignement, et n’est malheureusement pas un cas isolé. 

Lors de son discours devant le bâtiment de la DSDEN, Isabelle Roussy, la porte-parole intersyndicale cite le courrier co-signé par les différentes organisations syndicales : SNUipp-FSU, SE UNSA, Snudi-FO, SUD Education, CGT Educ’action et SGEN-CFDT du Puy-de-Dôme. Il s’adresse au Directeur Académique des Services de l’Education Nationale et lui sera déposé le jour même à son bureau.

« Notre collègue a signé sa lettre de 3 pages “Une directrice épuisée”. En effet, la mission de direction d’école s’est complexifiée ces dernières années notamment à cause des injonctions hiérarchiques, parfois contradictoires, de plus en plus déconnectées du travail de terrain et de l’alourdissement des tâches dévolues à cette mission. La désorganisation des nominations des collègues dans les écoles, suite à de nouvelles dispositions imposées par le ministère, n’a pas permis une rentrée aussi sereine que veut bien le faire penser le ministre. La solitude de la mission de direction d’école dans les tâches quotidiennes administratives et organisationnelles qui s’accumulent devient, au fil des années, insupportable. »

« Aussi, pour que la mort tragique de notre collègue et de toutes celles qui se sont succédé ces derniers mois ne soit pas vaine, nous exigeons du Ministre, du Recteur, comme du DASEN et de ses inspections qu’ils prennent toute la mesure de la situation de l’école. Des réponses urgentes et concrètes doivent être apportées pour un meilleur fonctionnement. Celles-ci doivent garantir la santé, la sécurité, le bien-être au travail et l’intégrité morale et physique de tout le personnel, enseignants et AESH, afin que cela ne se reproduise plus jamais. »

Dans ce courrier, les organisations signataires revendiquent pour le département la création de postes de remplaçants, dont certains dédiés aux décharges de direction. Elles demandent qu’un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) extraordinaire, sur la thématique de la direction d’école, de la souffrance au travail dans le premier et second degré soit convoqué dans les plus brefs délais. Enfin, elles réclament le retrait de la réforme de Transformation de la Fonction Publique qui programme purement et simplement la disparition des CHSCT.

A la fin d’une minute de silence, le courrier est remis à la direction. Mais c’est une intérimaire qui accueillera les porte-paroles. Elle se dira néanmoins concernée par les évènements et les revendications intersyndicales, et les fera suivre à la direction. L’un des porte-paroles du SNUipp-FSU 63 rappelle cependant qu’il faudra rester vigilant quant à la suite des décisions ministérielles. « Il ne faut pas laisser le gouvernement se focaliser uniquement sur le problème de la direction d’école, alors que c’est tout le corps de métier qui dysfonctionne et demande des améliorations immédiates. » 

« Les enseignants sont confrontés à des situations de plus en plus complexes. Les crises qui traversent la société française ces dernières années impactent les familles et les enfants. Les professeurs doivent alors gérer des élèves en difficulté, qui sont les laissés pour compte de ces détériorations sociales. »

Laëtitia Pointu, SNUipp-FSU.

Et comme le rappelle un ancien directeur d’école présent, « cette situation en reflète bien d’autres, celles des hôpitaux, des retraités et autre agent de la fonction publique. Les moyens ne suivent pas les choix ministériels. Les institutions culpabilisent les professeurs et directeurs de l’échec des élèves alors que c’est la structure administrative imposée qui en est la cause première. Il est temps que le gouvernement base ses choix sur les demandes collectives des professeurs et du personnel de terrain, toutes disciplines confondues. »

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