Nouvelle journée de mobilisation lycéenne : plus de 600 participants à Clermont-Ferrand

Plus de 600 lycéens ont manifesté dans le calme, hier à Clermont-Ferrand. Malgré une intervention policière pour lever les blocages dès le début de matinée, peu d’affrontements sont à déplorer. Des appels ont été lancés pour reprendre la mobilisation dès jeudi.

La journée d’hier a d’abord mal commencé, pour les lycéens en lutte de Clermont-Ferrand. Dès 6 h 30, la police intervient pour empêcher les blocages devant les établissements mobilisés lundi. C’est notamment le cas devant le lycée Blaise Pascal, où quelques élèves tentent alors d’installer un barrage filtrant. « On était peu nombreux, on avait veillé à laisser des accès libres et à dégager les sorties de secours », raconte Mathilde, un peu étonnée de voir autant de policiers mobilisés pour une poignée de manifestants. « Deux voitures de police sont arrivées, ils ont déplacé les poubelles en nous prenant en photo. On a recommencé l’opération, les flics sont revenus à trois voitures. » Changement de méthode : une lycéenne commence à traverser plusieurs fois le passage piéton pour être visible par les automobilistes. « Les flics lui ont dit “tu retraverses une fois et on t’embarque”. C’est dingue, on ne faisait pourtant peur à personne ! » À 8 heures, ce sont près d’une dizaine de policiers qui viennent contrôler les identités des jeunes – et la nôtre par la même occasion – tandis qu’autant de leurs collègues sont déployés aux alentours de l’avenue Carnot. Confrontés à des lycéens solides dans leur argumentaire, ils se la jouent « good cop », obligés de défendre tant bien que mal les interventions musclées de la veille.

P1040213Après une demi-heure de discussion surréaliste durant laquelle le policier jongle entre les métaphores douteuses (comparant ce qu’il appelle des « casseurs » à des punaises qu’il faut balayer pour ne pas marcher dessus), la culpabilisation des manifestants (ce sont à eux de contrôler les susnommés « casseurs ») et l’analyse politique personnelle (il lâche que la cinquième république est sur la fin), les lycéens repartent. Mais si le centre-ville est calme, les nouvelles tombent de la périphérie : ça bouge à Ambroise Brugière. Les manifestants en partent peu avant 9 heures. Après avoir hésité à prendre la direction du lycée professionnel Camille Claudel, ils sautent dans un tramway en direction du centre-ville. Une bonne décision, car ils prennent la dernière rame de la matinée. Curieux hasard, il n’y a plus de transport entre Les Pistes et 1er Mai à partir de ce moment-là, alors que les véhicules continuent de circuler normalement dans l’autre sens. Et les voyageurs malheureux qui se résolvent à faire le trajet à pied ne constatent aucun incident visible sur les voies… Le trafic reviendra à la normale en fin de matinée.

Direction la place de Jaude, donc, où un rassemblement a été appelé par l’UNEF Auvergne. Ici, les lycéens ont enfin pu se regrouper, se compter ; c’est une masse de plus de 600 jeunes (peut-être même 800) qui s’apprête à partir en manifestation. La plupart des lycées généraux sont là, jusqu’à celui de Cournon. Quelques représentants de la CGT sont présents aussi, pour conduire le camion et apporter leur soutien. Le cortège se forme, et s’élance dans la ville – au pas de charge, comme il est de coutume pour les manifestations lycéennes. En tout, le défilé dure près de deux heures. Les jeunes passent devant la faculté de lettres sans y entrer ; elle est fermée à double tour après que son administration ait refusé de prêter une salle pour tenir une assemblée. On prend alors la direction du lycée Sidoine Apollinaire. Quelques poubelles sont renversées au passage, une ou deux sont brûlées ; des journalistes sautent sur l’occasion de photographier des « scènes de violence ». Le cortège arrive finalement à sa destination. Les agents de la BAC, présents en nombre parmi les manifestants, quittent le cortège à ce moment-là, ce qui fait craindre aux militants un gazage en règle. Mais tout reste calme, et les interventions syndicales commencent. À l’applaudimètre, les jeunes décident de ne pas rester là pour tenir leur assemblée générale. Ils préfèrent discuter devant les locaux de la présidence de l’université, pour lui faire comprendre qu’on ne les empêchera pas de se réunir, avec ou sans amphithéâtre.

Les lycéens reprennent leur route, midi approche. La plupart d’entre eux se dispersent sur le trajet, après une matinée de blocage et de manifestation réussie. Mais un petit groupe – entre dix et trente jeunes selon les témoignages – quitte le cortège pour se rendre devant le lycée Blaise Pascal. Là, la répression se fait plus forte, comparable à celle de la veille, la police usant de gaz pour disperser le petit groupe de mineurs. Une voiture est retournée, puis remise en place sous le regard éploré de sa jeune propriétaire. Des dégradations qui interrogent, car le véhicule en question pouvait difficilement être associé à un bénéficiaire de la suppression de l’ISF. Il en va de même pour les nombreux rétroviseurs brisés, qui manqueront certainement plus aux travailleurs qui ont besoin de leur voiture qu’au gouvernement.

Publiée par Eloise Lebourg sur Mardi 4 décembre 2018

Le cortège « officiel », lui, continue sa route et arrive à destination aux alentours de 12 h 30. L’assemblée tourne court, alors que la plupart des manifestants se sont dispersés. Les représentants de différents lycées appellent au blocage jeudi 6 décembre, et demandent du renfort aux établissements les plus mobilisés. Les étudiants, eux, tiennent une assemblée générale aujourd’hui pour mobiliser contre la hausse des frais d’inscription pour les étrangers. Tout le monde rentre chez soi, en se promettant d’être de nouveau dans la rue jeudi. Le combat devrait donc reprendre jeudi. Et même si la mobilisation fut relativement massive, cette assemblée déserte ralentit les perspectives d’organisation du mouvement.

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