Pétition contre la réforme des retraites, le syndicalisme ne gagnera pas seul

Ce mercredi matin, les organisations syndicales et militantes organisaient à Clermont-Ferrand une conférence de presse pour faire part d’un appel commun lancé contre la réforme des retraites universelles par point. Déjà 150 signataires, toutes organisations confondues, unissent leur voix afin de lutter ensemble pour une retraite digne et un système professionnel humain et solidaire. Avec la mise en ligne de la pétition, ils en appellent à la population.

Plus que jamais, les syndicats veulent unir toutes les organisations militantes et appeler la population à se mobiliser contre le projet de réforme des retraites par point, dont la mise en place à été prévue en été 2020. Pour ce faire, ils proposent un texte énonçant les dangereuses conséquences de la réforme, auquel s’ajoute celui sur l’assurance chômage, et leurs revendications. 150 noms sont déjà apposés au document, regroupant des personnalités et membres de groupes divers du Puy-de-Dôme : LHD, Solidaire, SUD, ATTAC, Snuipp-FSU, UNEF, CGT, militants politiques, personnalités juridiques et privées, etc. Cette convergence d’associations affirme un désir de se battre ensemble, mais revendique aussi une volonté de ne pas limiter l’action aux organisations syndicales et politiques. Le texte a été mis en ligne sous forme de pétition afin d’appeler aussi les citoyens et autres groupes militants à les rejoindre.

« Il faut travailler sur nos manières de combattre » déclare Didier Pagès de Solidaires, ici en porte-parole intersyndical. « Il est temps de mettre de côté nos revendications personnelles afin de faire front commun avec la population. Depuis 2003, nous n’avons pas réussi à faire reculer un gouvernement malgré des rassemblements inter-syndicaux. Bien qu’ils continuent de faire preuve de son utilité comme outil de résistance sur les collectifs de travail, les syndicats ne sont peut-être pas à même de gagner seuls face à cette réforme. » 

C’est pourquoi ils proposent un texte qui résume leurs dépositions sur la question des retraites. Mais aussi, ils y affirment leur volonté d’ouvrir une mobilisation à l’ensemble du mouvement social associatif, aux militants politiques, aux mouvements contestataires tels les gilets jaunes, et aux citoyens. Car, résume le texte, cette réforme diminuera les pensions de tous les salariés de plusieurs centaines d’euros. Elle vise à faire travailler les gens plus longtemps, alors que des millions de jeunes aspirent à trouver un emploi. Elle détruit les régimes qui prennent en compte les spécificités de certaines professions et de leurs contraintes. Enfin, elle tire ceux qui ont des salaires corrects vers les fonds de pension et pénalise les petits salaires et ceux dont la carrière n’a pas été continue. 

Démanteler un discours qui se prétend égalitaire

Selon Mohanad Al Abbas, militant LDH « Ce système universel par point, c’est un slogan et un piège. Derrière cette idée que tout le monde sera mis sur le même pied d’égalité, ses mécanismes risquent au contraire de creuser davantage les inégalités. Quelqu’un avec des conditions de vie sociales difficiles aura moins de facilité à réaliser les études qui favoriseraient par la suite son emploi. Lors de son début dans la vie active, sa carrière risque d’être discontinue. Et lors de son départ à la retraite, toutes ces inégalités vont s’exprimer. »

Un tiers des retraites versées en France est inférieur à 1000 euros. La réforme veut donner un bénéfice à ceux qui ont un revenu moindre, mais ne prend pas en compte que ces mêmes personnes ont aussi le plus souvent une carrière discontinue. À côté de ça, le discours donné par le gouvernement se base sur le principe de diviser pour régner. Il met en premier plan les régimes spéciaux, dont les prétendus avantages seraient réduits et égalisés aux autres salariés. « On occupe les médias avec ces régimes spéciaux sans prendre en compte ce qui en a fait leur statut, mais surtout qu’ils oublient de préciser qu’ils ne représentent que 500 000 actifs. Le régime général, c’est 18 millions d’actifs. »

« Depuis le début du projet de réforme, le gouvernement et les grands médias jouent sur l’idée que le système actuel est trop illisible, qu’il faut le simplifier par cette nouvelle réforme universelle. Mais ils ne font que lisser par le bas les retraites. Et il n’y a rien d’universel dans ce nouveau système par point. C’est au contraire un mécanisme qui revient à dire “chacun pour soi”. »

Yves Gueydon, président de MNCP-Chom’actif.

Les conséquences désastreuse pour les jeunes et les femmes

Anna Mendez de UNEF Auvergne rappelle que les femmes seront en première ligne dans cette précarisation des retraites. « Car ce sont elles qui se voient le plus souvent imposer des mi-temps, qui s’arrêtent de travailler majoritairement parce que ce serait dans leur nature de s’occuper de la famille et des enfants, et qui sont en moyenne payées 20% de moins que les hommes pour un poste égal. » Dans le calcul de la retraite, ces éléments joueront en leur défaveur.

Mais les jeunes sont tout autant touchés par cette réforme. Aujourd’hui, le premier emploi stable est rencontré en moyenne à 27 ans. Si on suit la logique imposée par la réforme, la retraite de la nouvelle génération est prévue à 70 ans. Il faut néanmoins prendre en compte que le début de carrière est difficile, souvent discontinue. De plus en plus de jeunes se voient obligés de passer par des services civiques car ils ne trouvent pas de travail ou par des stages pour se professionnaliser. Dans les deux cas, il n’y a pas ou très peu de cotisations salariales et pas d’indemnité de chômage.

« Dans les faits, on propose soit aux jeunes un avenir avec une retraite et un salaire de misère, en prolongeant leurs études dans une logique de spécialisation et de méritocratie afin de contrer un chômage de masse, soit on les pousse à entrer dans la vie professionnelle de plus en plus tôt, les obligeant à se salarier pour étudier ou pour accumuler un maximum de points. »

Anna Mendez, UNEF Auvergne

C’est donc dans une volonté commune que ces organisations proposent à l’ensemble de la population, aux syndicats et militants de joindre leur force pour faire reculer le gouvernement. La pétition est en ligne sur http://unitepourgagner.fr/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *