Plan étudiants: la mobilisation continue!

Publié le 16 mars 2018

Hier soir dans les bâtiments de la Faculté de lettres, syndicats et organisations se sont retrouvés pour une séance d’échanges et d’informations sur le Plan étudiants. Des jeunes et d’autres, réunis pour parler du futur de l’université, mais pas seulement, de l’avenir nos sociétés aussi.

Tout commence avec quelques chiffres, les statistiques des organismes officiels, ministère et OCDE, qui, observés à la loupe, relativisent la nécessité de la réforme.

La proportion de lycéens qui s’est retrouvé sans affectation à la fin de la procédure APB l’an dernier est de 0,43 pourcent. « Un effet du tirage au sort réel mais circonscrit » commente Cyril Triolaire, Maitre de conférences à l’université Clermont-Auvergne qui débute sa démonstration par des faits. Une manière de relativiser le discours alarmiste du gouvernement.

Il ajoute une série d’autres observations. Les 60% d’échecs en première année de licence, argument phare de la ministre Vidal, ne tiennent pas compte de certains cas particuliers, comme les abandons ou réorientations suivies de parcours réussis. En outre, soumis à quelques paramètres, la proportion d’échecs est en chute libre. Par exemple, si l’on circonscrit l’étude aux jeunes qui ont choisi leur filière, le taux de réussites en L1 monte à 58 %.  Les proportions s’inversent presque.

Les réponses du problème tiennent en partie à la manière dont il est posé. « 80% des étudiants qui rentrent à l’université en France, en sortent avec un diplôme » Vu sous cet angle, la France devient un très bon élève au niveau mondial, puisqu’elle obtient le 3eme meilleur résultat du monde ! Une situation pas vraiment catastrophique. D’où vient alors cette urgence de réformer le système ? Existe-t-il d’autres raisons que la volonté d’augmenter le taux de réussite à l’université, qui motivent la mise en place des changements ? C’est ce que pense Cyril Triolaire, « Cette sélection qui est mise en place aujourd’hui n’a pas lieux d’être, on est dans une logique financière très particulière et l’étape d’après, c’est la mise en place des formations payantes dans le supérieur. » 

Mais, les mesures prévues sont aussi critiquées pour leur pertinence par rapport aux objectifs annoncés. Pour augmenter le taux de réussite, la réforme propose un processus de sélection. Cyril Triolaire nuance, « En BTS on sélectionne et ça n’empêche pas qu’il y ait 28% des étudiants qui échouent en première année. Aujourd’hui en 2017, il y a 37% des étudiants sélectionnés sur concours à l’entrée des grandes écoles qui abandonnent leur cursus avant d’être diplômés. » Un taux qui est à la hausse puisqu’il était de 33 % en 2003.

« On met en avant la méritocratie mais ça n’est pas ça ! » s’insurge un membre du public. Les participants, dénoncent l’hypocrisie de la réforme qui selon eux, renforcera les inégalités à de multiples points de vue. Les lettres de motivation qui doivent être systématiquement ajoutées à chaque vœu des lycéens par exemple, apparaîssent comme un « système qui favorise les classes qui connaissent les codes de l’éducation national. » L’argument est soutenu par d’autres intervenants. « Les enfants des classes populaires sont pénalisés, il faut être initié à tout cela ».

Dans la salle, un lycéen témoigne d’un désarroi général, « J’ai l’impression qu’on est des pions et qu’on nous répartit » et il revendique, « Il faudrait qu’il y ait plus de moyen à l’éducation nationale pour qu’on soit moins par cours. Aujourd’hui, il y a des classes où on est 40 ! » Le budget consacré à l’éducation nationale en France est de 2,2% du PIB soit en déca de la moyenne Européenne.

Un budget trop serré qui est à la source de coupe dans l’offre didactique. Nous en parlions il y a quelques jours, la mise en danger du master en communication et démocratie participative est principalement justifiée par un souci d’économie. Quelques étudiantes du master précisent, « Si on vous en parle, c’est parce que c’est un problème qui va se répéter, puisque toutes les UFR doivent faire une économie de 20 % sur l’offre didactique » L’enjeux est donc plus large que la survie d’un master en particulier.

Dans la salle, les voix qui s’opposent au Plan étudiants sont nombreuses. Mais, au-delà de ce projet en particulier et la bataille des chiffres qu’il engendre, un débat plus global s’esquisse. Une volonté de mobilisation profonde et un appel à l’ensemble des citoyens est lancé. « On a du mal à faire passer le discours, mais il faut qu’on le tienne. » Avec, en point de mire, la journée de mobilisation nationale du jeudi 22 mars, dont l’objectif est de mobiliser le plus de gens possible pour envoyer un signal d’union au gouvernement.

Un vent de nostalgie et d’espoir souffle dans la salle quand un septuagénaire prend la parole. « J’ai adhéré au syndicat CGT Michelin le premier mai 68 et aujourd’hui j’ai été à une manifestation des retraités et on était 3000. Je n’avais jamais vu autant de retraités dans la rue… Ça me rappelle des souvenirs, parce que moi aussi je l’avais pas vu arriver en 68. On avait sous-estimé le mécontentement et on pensait quelques jours avant que c’était la même situation que maintenant… »

La pétition pour sauver le master communication et démocratie participative est toujours accessible ici

https://www.change.org/p/la-commission-de-la-formation-et-de-la-vie-universitaire-de-l-université-clermont-auvergne-master-communication-et-démocratie-participative-en-danger

Gwendoline Rovai

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Publié le 16 mars 2018
Écrit par Eloise LEBOURG

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