Portrait de manifestant  : « Le premier combat, c’est celui de l’information »

Comment en vient on à prendre la rue pour ses idées ? Des manifestants contre la réforme des retraites nous racontent leur parcours. Aujourd’hui : François, professeur des écoles, nous parle de son rapport à l’information.

La mobilisation contre la réforme des retraites se poursuit, à Clermont-Ferrand comme partout en France. Peu annoncée, la manifestation d’aujourd’hui a réuni 3.000 grévistes dans la capitale auvergnate. Parmi eux, nous retrouvons François, 50 ans : croisé quelques manifestations plus tôt, il nous aborde pour discuter médias, son sujet de prédilection, et accepte de nous parler de son parcours.

« Je suis enseignant dans une école primaire. Dans la catégorie des feignants, donc ! » plaisante-t-il. Pas syndiqué, ce professeur est pourtant fortement mobilisé : il est gréviste un jour sur deux depuis le 5 décembre. Et pourtant, il n’imaginait pas s’impliquer autant dans une lutte sociale il y a quelques années. « J’ai été mal informé pendant des années », raconte-t-il. « Comme beaucoup de monde, je me contentais de lire les journaux, en pensant que tout ce que j’y trouvais était vrai. » Le changement s’opère il y a une dizaine d’années : invité par des voisins à un meeting d’André Chassaigne, il découvre une vision du monde qui bouscule ses conceptions. « J’ai ressenti un hiatus entre ce que me disaient les journaux, que je croyais depuis 40 ans, et le discours d’un type qu’on me présentait comme valable, que mes amis et mes voisins appréciaient. J’ai dû reconstruire ma vision de l’information. » Quelques temps plus tard, la victoire du « non » au référendum sur la constitution européenne, à contre courant de ce qu’annonçait la presse, achève de le convaincre : il y a d’autres versions de l’information à trouver, et la politique mérite qu’on s’y intéresse de plus près. « Mais je me sentais seul dans mes idées. Je ne suis pas syndiqué, j’étais toujours l’unique gréviste dans l’école où je travaille… » C’est finalement dans le sillage de la dernière campagne présidentielle qu’il trouve ses camarades : il rejoint la France insoumise dès son lancement, se rend régulièrement à l’Université Insoumise de Clermont-Ferrand, et contribue au financement participatif de Le Média TV depuis sa création. « Et pourtant, j’ai des oursins dans les poches ! Mais pour la première fois, on m’expliquait l’état des forces sociales en conflit dans le pays. »

Grâce à ces nouveaux espaces de réflexion et d’information, il poursuit sa réflexion politique. Mais aucune formation de vaut l’expérience, et les différents mouvements sociaux l’emmènent plus loin dans sa prise de conscience et sa remise en question de l’information officielle. « Je suis tombé par hasard sur la première manifestation des Gilets jaunes à Clermont-Ferrand : il y avait une centaine de motards qui faisaient ronfler leur moteur sur la place de Jaude. J’en suis parti au bout de 5 minutes : les journaux les avaient tellement présentés comme des beaufs proches du Front national… » avoue-t-il. « J’ai compris plus tard quelles étaient leurs revendications, et pourquoi elles étaient légitimes. Que ces gens en avaient simplement marre de galérer à la fin du mois pendant que les actionnaires empochent des milliards. » Comme beaucoup, il apprend avec ce mouvement populaire ce que sont les violences policières. « Maintenant, j’ai un peu honte de ne pas avoir réagi lors des émeutes en 2005. Le discours médiatique sur la violences des jeunes de banlieues avait infusé dans ma tête. Il a fallu les Gilets jaunes pour que je comprenne ce qui se passait dans les banlieues, les méthodes de répressions, les LBD, la BAC… »

Pour autant, se mettre en grève avec autant de ténacité n’est jamais une évidence. « Heureusement, il y a une nouvelle collègue qui me motive, qui m’a convaincu qu’on ne pouvait pas laisser faire. Il y a toujours un tiraillement : on est remis en cause par tout le système, mes élèves ont besoin de cet enseignement, il faut boucler les programmes, les parents ne comprennent pas toujours… Mais j’en ai croisé quelques-uns à la manifestation, et c’est un réel soulagement de savoir qu’ils sont là aussi, qu’ils savent que c’est important et qu’on mène la lutte ensemble. Elle est aussi là, ma conscience professionnelle : dans la rue, à me battre pour l’avenir de mes élèves. Et je veux que mes cotisations aillent dans les poches de mes parents, pas dans celles des fonds pensions qui s’enrichissent en exploitant des miséreux ou des ressources naturelles. » Une nouvelle lutte, et un nouvel apprentissage : « Avec les dernières annonces, j’ai compris ce qu’étaient l’UNSA et la CFDT. Je ne suis pas syndiqué parce que j’étais encore mal informé, je pensais que les syndicats étaient tous les mêmes. Maintenant que je comprends la différence, je vais sans doute franchir le pas. » Futur syndicaliste ou non, François en demeure convaincu : « le premier combat, c’est celui de l’information. »

1 réflexion sur “Portrait de manifestant  : « Le premier combat, c’est celui de l’information »”

  1. Bonjour je suis la collègue de François et la formulation « j’étais le seul gréviste de l’école » est fausse, un « parfois » serait plus approprié… je ne pense pas que c’est ce qu’il a voulu dire comme j’étais là à l’interview 😉

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