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Pourquoi les jeunes du 5 étoiles refusent d’être relogés dans des hébergements d’urgence 

Publié le 13 aout 2018,

Le 3 septembre prochain, les jeunes vivant au 5 étoiles près de la Pardieu, devront quitter les lieux. Les associations qui encadrent le squat cherchent avec les adolescents qui y vivent, des solutions pérennes pour que tous soient relogés avant la rentrée. Ce matin, une proposition de relogement a été soumise par la préfecture. Sélective et sans garantie dans le temps, les associations et les jeunes n’en veulent pas. 

Les propriétaires du squat du 5 étoiles ont récemment obtenu une ordonnance leur permettant de procéder à l’expulsion du site à partir du 3 septembre. Pour rappel, les jeunes qui y vivent sont en attente d’une reconnaissance de leur minorité.  Un processus qui met parfois des mois à se réaliser et qui les laisse dans un entre deux juridique. Une quarantaine d’entre eux ont trouvé refuge dans la double maison non occupée et détenue par une SCI immobilière.

Ce matin, la préfecture a soumis une proposition de relogement pour certains jeunes dans le centre d’accueil d’urgence de Monanges. Très vite, l’unanimité s’est faite entre les jeunes et les associations : cette solution ne leur paraît pas satisfaisante. 

D’abord, parce que le relogement ne s’applique pas à l’ensemble des jeunes. Selon plusieurs acteurs associatifs, il y a une semaine la préfecture est venue sur le site avec la DDCS –Direction Départementale de la Cohésion Sociale- pour répertorier les jeunes. Or, tous n’étaient pas présents : « Ils ont fait fi des jeunes qui étaient hébergés pour 2-3 jours dans des familles d’accueil et d’un autre qui était hospitalisé» explique Eric Urban, bénévole à la Ligue des Droits de l’Homme.  C’est sur base de cette liste incomplète, que les autorités ont proposé des relogements. Une liste non exhaustive qui impliquerait donc que certains jeunes restent sur le carreau.

Ensuite, la proposition formulée n’apporte aucune garantie dans la durée. Les jeunes relogés à Monanges pourraient se voir mis dehors une semaine après. Les places attribuées par le 115 sont en effet volatiles comme l’explique Jean-Louis Borie, avocat des mineurs isolés vivant au squat 5 étoiles, avec un récent exemple très concret : « Vendredi dernier, une dame avec 3 enfants dont une petite fille de 6 ans, a été mise à la porte de son hôtel. Elle était hébergée par le 115. »  Les places proposées aux jeunes aujourd’hui étaient-elles celles d’autres familles jusqu’à la semaine dernière ? C’est ce que pensent certains membres des associations comme Eric Urban : « Ils virent des gens avec des enfants pour faire de la place…»

Enfin, diriger ces jeunes vers un hébergement d’urgence revient à les traiter comme des majeurs alors qu’il s’agit d’adolescents. Les associations ont peur qu’en acceptant cette proposition, les jeunes perdent les droits liés à leur minorité et entrent dans une logique d’hébergement classique : « ça n’est pas à la préfecture de gérer cette situation car ils sont mineurs. C’est au département via l’Aide Sociale à l’Enfance. C’est renier leur minorité…» explique Eric Urban.

Selon Jean-Louis Borie : « La préfecture fait ça pour pouvoir exécuter l’expulsion manu militari en disant qu’il y a des propositions de logements qui ont été faites mais qui n’ont pas été acceptées…» D’où l’importance de prendre le temps, de comprendre pourquoi avec les regards des associations et de l’avocat des jeunes, la solution proposée semble bancale et sonne presque comme une fausse piste.

Gwendoline Rovai

 

 

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