“Pourquoi personne ne nous a prévenus de la mort de Sofien?”

Nelly, l’ex petite amie de Sofien veut connaître la vérité quant à la mort du père de sa fille. Que s’est-il passé cette nuit de février 2016? Au vu des zones d’ombre autour de la disparition de Sofien, elle a décidé de porter plainte, aux côtés de la famille, pour ” Homicide involontaire , mise en danger d’autrui par violation manifestement délibérée d’obligation réglementaire , de sécurité ou de prudence lors de la conduite d’un véhicule terrestre à moteur ” . Retour sur une affaire sordide.

 

Forcément, Sofien, il est compliqué à défendre, il a tout le profil du délinquant, mais malgré tout, nous avons le droit de savoir ce qu’il s’est passé cette nuit-là…” Nelly, jeune femme mince, boit son café avec fragilité. Accompagnée d’une amie, elle décide de raconter son histoire d’amour. Une histoire qui a débuté lorsqu’elle avait à peine 15 ans. Elle tombe amoureuse de ce joli garçon sportif, hyper actif, le rigolo du quartier Saint-Jacques où ils grandissent tous les deux. “ Sofien, c’était le bout en train. Mais c’était aussi l’influençable, le petit délinquant. Rien de bien grave, mais il cumulait les petits délits. ” Dans le quartier, tout le monde le connaît. C’est un gosse un peu paumé, incapable de rester assis sur les bancs de l’école, il admire sa belle Nelly faire ses études. A 19 ans, ils  décident de faire un enfant. Une petite fille. Sofien n’est pas très mature, il n’arrive pas à trouver sa place de père. Nelly l’adore mais souffre de son inconscience. Elle décide de le quitter, ils ont 22 ans. Malgré tout, ils  restent les meilleurs confidents. D’après ses proches, Sofien ne se remet jamais vraiment de la séparation. Lui, le grand sportif, se met à prendre de la drogue et à cumuler les mauvaises fréquentations. Il est surveillé de près par la police. Sa petite fille n’arrête pas de lui dire que quand elle sera grande, “ elle sera policière” pour qu’il arrête de faire des bêtises, ce qui a le don de l’agacer. Mais sa relation avec son enfant est fusionnelle. Il adore sa fille, au point qu’il se confie à elle un jour au téléphone, alors qu’il se sent menacé. Il veut la voir car il a peur “ que la police finisse par le tuer…” Quelques soirs plus tard, il prend sa voiture avec deux de ses camarades. alors qu’il grille un feu, il est pris en chasse par la police. La police dit que comme la voiture quitte le secteur dont ils sont en charge, ils arrêtent la course poursuite. Ce serait la gendarmerie qui prend le relais. Mais personne ne sait véritablement rien, sauf que la voiture de Sofien est retrouvée, plantée dans un arbre, à côté d’un rond-point à la sortie de Riom.

Nelly est prévenue par hasard par son père dont un ami travaille dans la police. Elle est réveillée en pleine nuit. C’est elle qui se rend chez les parents de Sofien qui ne sont au courant de rien. Personne ne les a appelés. Ce n’est qu’en se rendant à la morgue quelques heures plus tard, qu’ils apprennent le décès de Sofien. Nelly s’interroge directement :  ” Pourquoi personne ne nous a prévenus ? ”

Mais d’autres zones d’ombre amènent Nelly à penser que la police a une responsabilité dans la mort du père de sa fille.  D’abord, parce que sur les trois personnes présentes dans la voiture ce soir-là, l’un d’entre eux en sortira vivant. Et son témoignage, lors de l’enterrement de ses amis, est sans appel : ” Nous étions poursuivis. Dans le rond-point, une voiture de gendarmerie était tapie, feux éteints, puis ils ont mis les plein phares d’un coup, ce qui nous a éblouis et fait perdre le contrôle du véhicule…Nous étions poursuivis par la police.” Pourtant, ce témoin sera interrogé dès son entrée à l’hôpital, quelques minutes après l’annonce de la mort de ses deux amis, par la police. Il dira ne se rappeler de rien, de peur des représailles des Forces de l’Ordre.

Le rapport d’expertise de la voiture laisse entrevoir une autre incohérence. La voiture de Sofien a été accidentée par l’arrière. Et Nelly rebondit sur un autre fait “ Sofien est mort à 2h30 lors de son transfert à l’hôpital par les pompiers, or, l’accident a eu lieu à 0h07. Que s’est-il passé pendant plus de 2H? POurquoi Sofien n’a-t-il été pris en charge par les secours que deux heures après l’accident? La police et la gendarmerie n’ont pas appelé les secours? Serait-il encore vivant si la prise en charge avait été immédiate?” 

Sofien connu des services de police est un cas peu défendable, il avait un fusil dans le coffre de sa voiture, et positif à la cocaïne. ” Bien sûr, tout ça joue en sa défaveur, mais malgré tout, il n’a pas à être tué, il n’a pas être laissé là, sans que personne ne vienne à son secours…Il était un père, un homme, un fils, s’il faisait des bêtises, il allait en prison, mais il ne devait pas mourir dans des circonstances aussi obscures…” 

Nelly demande donc à avoir accès aux balises et GPS des voitures de police, elle veut savoir à quelle heure, a police ou la gendarmerie a appelé les pompiers. Elle veut savoir ce qu’il s’est passé peu avant minuit ce soir-là…” On nous a même dit que des photos de l’accident avait étaient prises et sur lesquelles on identifie parfaitement le véhicule de police dessus, alors qu’ils disent ne pas avoir fait la course poursuite. Pourquoi auraient-ils menti? ” 

Nelly a voulu refaire sa vie depuis, sans véritablement réussir. “ Je me suis plongée dans le militantisme avec le campement du 1er mai. Je venais aider les migrants et réfugiés qui dormaient dans des tentes. Rencontrer les bénévoles, les familles m’a redonné du courage. Et j’ai eu la force de me lancer dans cette bataille juridique. Et puis je le fais pour ma fille aussi. Elle compte sur moi. Les médias, en février 2016, ont sali la mémoire de son père, en écrivant simplement qu’un délinquant s’était tué sur la route, car il était drogué et roulait trop vite. Ce n’est pas ça qu’il s’est passé. J’en suis convaincue…Trop de mensonges et mystères entourent cette course poursuite, sa mort, et les jours qui ont suivis. ” 

Nelly raconte que dans le quartier, les voitures de police restaient garées devant chez les parents de Sofien après le soir du drame. “ Le but était que nous gardions les jeunes au calme, ils voulaient tous en démordre, mais nous avons évité l’émeute. Même quand des rumeurs affreuses nous arrivaient aux oreilles. Par exemple, certains nous rapportaient que le soir de l’accident, des forces de l’ordre ont trinqué, en disant ” enfin, on l’a eu “. Dans ces moments-là, il fallait garder la tête froide.

Depuis, la petite fille de Sofien est entrée en 6eme, elle travaille bien. Mais elle ne veut plus être policière. ” La police en fait, elle ne sauve pas les gens, au contraire ” dira-t-elle à sa mère. Nelly quant à elle, a fait de l’injustice, son combat. Celui d’être aux côtés des migrants, nés injustement au mauvais endroit. Et celui de la mort de Sofien… “ La vie m’aura appris à ne pas laisser passer les injustices…Par définition, elles n’ont aucune raison d’exister…Je me battrai pour connaître la vérité…” 

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