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« Quand il y aura 1 spectateur pour 10 places vides autour, je ne suis pas sûr que ça rende service au club… »

Publié le 23 mars,

Jeudi 15 mars, je rencontre Florent Naranjo sous la pluie. Assis à une terrasse de café, le conseiller municipal me raconte pourquoi il s’oppose à l’extension du stade Gabriel-Monpied. Un projet défendu par le maire de Clermont-Ferrand et président de Clermont Auvergne Métropole, Olivier Bianchi. L’Insoumis a beau retourner la question dans tous les sens, il n’en trouve pas justement de sens. Retour sur un match où rien n’est joué.

Le stade Gabriel-Montpied ouvre ses portes en 1995. Situé dans le quartier des Vergnes au nord de la ville, il a une capacité d’accueil de 12 000 places et offre encore aujourd’hui un espace de jeu à l’équipe de Clermont Foot qui évolue en Ligue 2. Mais, dès sa construction, le terrain de jeu semblait trop petit pour certains et des projets d’extension ont vite vu le jour. Au début des années 2000, les choses s’accélèrent. « Le vrai projet de stade à 30 000 places date de 2004. Au moment où, en France il y a pleins de stades qui se posent la question de monter leur capacité pour accueillir la coupe de l’UEFA en 2016. » explique Florent Naranjo. Une douzaine de villes construisent leur stade. Le projet clermontois pas assez abouti, reste quant à lui dans les cartons.

Mais, depuis le 1er janvier 2018, tout a changé. Clermont-Ferrand est devenu Clermont Auvergne Métropole. Une agglomération qui tient à son image de marque. Pour améliorer l’attractivité de la ville le projet de l’extension est à nouveau mis sur la table. La mairie envisage d’agrandir massivement le stade pour qu’il atteigne une capacité de 30 000 places. Des travaux dont le coût est estimé à 77 millions d’Euros, ce à quoi il faudra ajouter l’augmentation des frais de fonctionnement qui doubleront. « C’est un peu l’image du pharaon… Ils parlent de l’attractivité. Mais jamais personne n’est allé dans une grande ville parce qu’il y avait un stade à 30 000 places ! » . L’extension est aussi prévue pour accueillir les prochains matches de Ligue 1 (quand Clermont y sera…).

Florent Naranjo s’oppose au projet. D’abord, parce qu’il ne partage pas le choix de société que sous-tend l’investissement par millions dans un stade. Mais, il assure également qu’au-delà de cette opposition idéologique, le projet ne tient pas debout.  « Bianchi essaie de faire passer ça pour un clivage idéologique… C’est vrai, les subventions je préfère les donner aux petits clubs amateurs du coin. Mais, pour cette question de stade, ça n’est pas qu’idéologique, c’est du bon sens de dire que c’est surdimensionné. »

Il sort son calepin et preuve à l’appui, liste scolairement les impressionnants débordements de budget des récents chantiers. « Toulouse : 41 millions-43 millions, St Etienne : 58 millions-73 millions, Lille : 324 millions-690 millions, Marseille : 165 millions-627 millions, » Un dépassement de budget qui atteint 122% en moyenne. Des investissements qui n’ont pas été garants de succès puisque, « Sur la douzaine de stades qui ont été construits pour l’UEFA, il y en a à-peu-près 25 % qui sont aujourd’hui en faillite ».

Pour renforcer son argumentaire, Florent Naranjo s’appuie sur le raisonnement d’économistes et spécialistes qui n’appartiennent pas à son bord politique. Il cite par exemple un rapport réalisé par le Senat « Grands stades, pour un financement public les yeux ouverts » (accessible ici : https://www.senat.fr/rap/r13-086/r13-086.html) qui préconise la réalisation d’une étude à scénario pessimiste. Une requête portée par le groupe des Insoumis qui reste sans réponse jusqu’à présent. « Nous ça fait plus de deux ans qu’on a demandé cette étude-là. Pour pouvoir se prononcer en toute transparence et voir l’impact réel du stade. On l’a toujours pas…Ils ne répondent même pas quand on leur demande cette étude. »

Alors, Florent ébauche lui-même différents scénarios. « En ligue 2, il y a 7500 spectateurs en moyenne dans les stades tandis qu’en ligue 1 il y a une influence moyenne de 22 000 spectateurs » Peu importe son classement, le stade Montpied devra atteindre un nombre d’entrées supérieures aux moyennes nationales pour remplir ses tribunes. Si la fréquentation du stade reste celle d’aujourd’hui, c’est-à-dire 3 000 spectateurs en moyenne, « Le taux d’occupation sera de 10 %.  Quand il y aura 1 spectateur pour 10 places vides autour, je ne suis pas sûr que ça rende service au club… » D’autant plus que Marshall Glickman, PDG de Gé Stratégique et responsable de l’affluence en Ligue 2, préconise exactement la logique inverse. Il soutient qu’il faut créer un effet de rareté et limiter les places disponibles dans les stades, pour augmenter leur affluence.

Enfin, Florent cite celui qu’il appelle « le monsieur sport consulté par le parlement régulièrement. », Jean Pascal Gaillant  économiste du sport à l’Université du Maine qui soutient que « Les retombées économiques d’une grande infrastructure ou d’une grande manifestation dans un bassin économique local, viennent des dépenses des spectateurs non-locaux qui constituent une injection nette de ressources. Dans le cas des stades, ces dépenses sont faibles et les retombées économiques très limitées. Un stade ne créé qu’un petit socle d’emplois en plus de l’équipe résidente et il est illusoire de penser que l’édification d’un grand stade est, en soi, un investissement à haut rendement. »

Parce que le foot ne semble donc pas être une activité suffisante pour rendre à elle seule le stade rentable le projet propose des activités complémentaires. Par exemple, la possibilité d’ouvrir le terrain à l’équipe de rugby lorsque le stade Michelin s’avère trop petit. Une possibilité de jouer certaines finales de championnat à domicile pour les rugbymans. Mais, ces grandes rencontres n’ont lieu que 1 ou 2 fois par an. Beaucoup d’investissements pour peu de sport déplore Florent.

La mairie suggère également que le stade puisse accueillir des évènements culturels de grandes ampleurs. Mais ici aussi, l’Insoumis n’est pas convaincu « L’expérience des autres clubs, montrenque la reconversion pour les concerts etc. est impossible. Economiquement elle ne tient pas parce qu’il faut trouver des groupes capables de tenir 30 000 places donc à part les Stones… En plus, ces groupes-là prennent un cachet énorme et il faut y ajouter les coûts de sécurité. » De plus, des groupes de portée internationale intéressés par ce genre de salle ne font que 2 ou 3 dates en France, et il y a déjà une douzaine de salles avec cette capacité. « Ils ne vont pas venir à Clermont s’ils ont fait Lyon ou Marseille avant ! » L’idée lui semble d’autant plus absurde qu’un zénith pouvant accueillir de 9 à 10 000 spectateurs a été construit début des années 2000 dans la région.

Enfin, le projet suggère la construction de crèches et de services administratifs autour du stade. Mais ces ajouts ne tiennent pas compte des réalités du quartier « Il y a une crèche juste à côté et elle n’est pas pleine… ». Des propositions qui, à la différence du reste du projet, sont écrites au conditionnel. « Au final, cela donne l’impression d’un grand fourre-tout pour gagner des gens comme les communistes qui déplorent que dans les quartiers populaires, il n’y a pas un service public assez présent. Mais pour eux aussi le stade ça ne passe pas et ça ne peut pas passer“…

Voilà pour les arguments de « bon sens ». Mais Florent Naranjo s’oppose aussi au projet car, il considère qu’il ne correspond pas à un choix judicieux pour développer la ville. Le budget dédié au stade, il voudrait l’injecter dans d’autres secteurs. Il dénonce la démesure du projet dans un contexte dit d’austérité où, chaque petite dépense est contrôlée à quelques euros près. « C’est 35 millions qu’on n’aura pas pour des équipements que les gens réclament. En ce moment dans les différents services de la mairie, on fait la chasse aux cafés, la chasse aux crayons de couleurs parce qu’il faut faire des économies. » Il soutient l’investissement sportif mais préférerait améliorer les petites infrastructures « Il y a plein de quartiers où les gens voudraient un petit terrain. La priorité elle est plutôt là. Faire en sorte que les gens puissent pratiquer leur sport. »

Le 4 mai, lors d’un conseil communautaire, aura lieu un nouveau débat et le vote qui entérinera la décision de poursuivre le projet ou non. Le groupe des Insoumis au conseil communautaire espère que les résultats soient si serrés qu’ils forcent Olivier Bianchi à lancer un Referendum. Une manière selon Florent Naranjo d’exercer une réelle démocratie participative. « Nous, ce qu’on réclame c’est un referendum. Que ce soit les habitants qui tranchent pour que les gens votent. Si c’est oui, on s’incline. Mais on veut qu’il y ait un vrai débat, que les gens puissent s’emparer de cette question vu les sommes qu’elle implique.»

En attendant, une pétition circule déjà sur la toile. (http://stade-montpied.com)  Elle vise à réunir les gens de la région, directement touchés par le projet. « On a fait le choix, quitte à avoir un nombre plus réduit de participants, de faire intervenir les clermontois, que ce soit eux qui s’expriment. »

Gwendoline Rovai

 

0 réflexion sur “« Quand il y aura 1 spectateur pour 10 places vides autour, je ne suis pas sûr que ça rende service au club… »”

  1. Article intéressant qui Article intéressant qui permet d’englober tout le prisme des arguments contre ce projet.

    Sinon, le lien de la pétition n’est pas bon. Il faut enlever le “%29” du lien.

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