Rigolade et transitude, rencontre avec Sophie Labelle

Pour la première fois, la bédéiste québécoise Sophie Labelle (Assignée garçon, Ciel, Ca déborde !) était à Clermont-Ferrand, hier. Retour sur une rencontre pleine d’humour entre l’artiste et son public auvergnat.

« Il est moite, votre pays ! » L’accent québécois s’efface presque derrière le ton rieur de Sophie Labelle qui, de passage en terres auvergnates pour la première fois, raconte non sans humour les péripéties de son voyage entre Paris et Clermont. Dansl’Hôtel des Vil(e)s, la rencontre ressemble à une planche de la bande-dessinée Assignée garçon : les gens sont trans, parlent de leur vie quotidienne, et rigolent beaucoup. « C’était mon objectif avec la BD : faire rire mes amis trans », raconte l’artiste, qui évoque les débuts d’Assignée garçon alors qu’elle étudie pour devenir institutrice. « Ça m’a d’ailleurs beaucoup surpris quand des gens ont commencé à m’envoyer des messages pour dire qu’ils apprenaient des choses. La plupart de mes planches sont surtout des mauvais jeux de mots ! » Elle le revendique, il n’y a pas de volonté pédagogique dans son écriture. Loin des documentaires larmoyants destinés à réveiller l’empathie chez le spectateur novice, elle préfère dessiner les scènes du quotidien d’adolescents trans, pour un public concerné par la « transitude » (1). « Beaucoup de gens me disent que ça fait du bien aussi d’aborder ces sujets qui sont moins tire-larmes mais qui ont leur importance, comme les micro-agressions, avec de l’humour et des personnages qui répondent à l’autorité. »

Inévitablement, la question du harcèlement et des attaques de communautés transphobes contre Sophie Labelle arrive dans la discussion. Encore une fois, la bédéiste qui semble incapable du moindre pessimisme, décrit avec légèreté comment elle est parvenue à en faire une force. « Les TERFs (2) ont été les premières à voir du potentiel dans mon travail », plaisante-t-elle. « Elles y voyaient de la propagande gouvernementale pour rendre les enfants trans ; ça m’a convaincue de prendre la BD plus au sérieux et de m’y consacrer à plein temps. » Même retournement de situation, alors que le lancement d’un de ses livres est annulé à causes d’un torrent de menaces, il y a deux ans : l’affaire médiatisée, le bouquin est en rupture de stock en trois jours, et le nombre des lecteurs en ligne double.

Et voilà que sans y prendre garde, comme si l’ambiance légère de la rencontre le rendait inévitable, l’auteure et son public se trouvent en débat sur les différences culturelles entre la France et le Québec : le terme « chocolatine », les villes de taille moyenne, les jeux de mots intraduisibles et les jours fériés d’origine catholique qui l’ont empêché de récupérer un stock de son second roman. Ce n’est que partie remise : elle a emporté quelques cartons de bande-dessinées, et chacun repartira avec son exemplaire dédicacé – peut-être l’un d’entre-eux fera-t-il l’objet d’une chronique sur le site de Médiacoop. Quant à l’explication qu’elle a donné sur le fameux poulet qui apparaît sur les planches d’Assignée garçon, on ne la révélera pas ici ; on laisse à nos lecteurs le soin d’élaborer leurs plus folles théories sur le sujet.

(1) Le terme « transidentité » n’est pas utilisé au Québec

(2) Acronyme anglais pour trans-exclusive radical feminist, un courant transphobe au sein du mouvement féministe

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