Témoignage de street medic lors de la manifestation de samedi

Samedi, alors qu’une manifestation a réuni 5000 manifestants sur Clermont-Ferrand, des équipes de Street Medic ont été mises en place. Ce sont des personnes bénévoles formées pour apporter les premiers soins ou secours aux manifestants touchés par les tirs ou gaz. Nous avons voulu leur donner la parole afin qu’ils nous donnent leurs impressions. Nous avons interrogé une femme et un homme, qui ont souhaité garder l’anonymat. Voici leurs témoignages :

 

Plusieurs équipes de Street Médic étaient sur place: ceux de la croix-rouge, des medics Gilets jaunes, des autonomes…Nous sommes reconnaissables à notre logo apposé sur nos habits. Nous travaillons souvent en binôme.

Mais malgré tout, nous sommes la cible des tirs alors même que nous soignons des gens. Les forces de l’ordre ne nous aiment pas alors que nous portons secours aux manifestants qu’ils viennent de toucher. Nous sommes très souvent blessés nous aussi, pendant nos interventions. Nous avons vu 7 personnes blessées par LBD 40, et les hématomes occasionnés sont très étendus. Une des 7 victimes a même été impactée par deux fois…j’ai vu une mâchoire fracassée par LBD40 avec des dents cassées. La personne a été transportée rapidement vers le CHU. Ca saignait beaucoup, la victime était choquée. Ensuite, il y a toutes les personnes en détresse respiratoire à cause des gaz libérés par les grenades CM3. Mais vraiment ce qui nous a le plus choqué c’est cette mâchoire qui pendait, complètement décalée, avec le sang qui coulait. Et puis ces gaz fichent la trouille, car les séquelles ne sont pas visibles, mais même si nous portions un masque spécialisé, ce gaz passe à travers. Lors du dernier lancer sur Jaude pour évacuer la place, les gens tombaient au sol. Moi-même, je suis tombé en aidant une jeune fille d’une vingtaine d’années qui s’était écroulée et était en détresse respiratoire, tétanisée au sol. Moi je me suis écroulé, car mes jambes ne répondaient plus, je me suis demandé ce que c’était que ce gaz, dans la panique j’ai cru que j’allais mourir, qu’il était mortel… Et je ne me sentais pas très à l’aise avec l’idée de mourir là, avec d’autres, étouffés! Ce sont d’autres medics qui sont venus nous tirer de là et nous ont rincés plus loin. Nous ne comprenons pas une telle répression. A Clermont-Ferrand, la Gendarmerie Mobile a bloqué le cortège qui déambulait sans heurt. 3 personnes se sont approchés de leur bouclier et c’est tout le cortège qui a été gazé! Soit des centaines de gens qui n’avaient rien dit, rien fait…A partir de ce moment-là, c’est devenu la fête au village, gazage et tirs tendus toute la fin d’après-midi. Le dispositif répressif était extrêmement dangereux, heureusement que nous les street medic et les pompiers, nous sommes intervenus. On a vu des blessures graves comme la mâchoire arrachée mais toutes les blessures sont graves physiquement, psychologiquement. Nous devons avoir le droit de manifester sans risquer notre peau, sans revenir même avec un hématome, ou une gêne respiratoire. Les blessés physiques que nous avon vus étaient souvent jeunes, car souvent en première ligne, mais les détresses respiratoires n’ont épargné personne, de tous les âges, et même certains tirs ( NDLR: Voir notre article sur les blessés) … Les gens étaient vraiment tous en colère, et ça a dégénéré après les premières répressions, jusque là tout le monde était calme. D’ailleurs, les gens étaient à visage découvert, ils réagissaient à chaud, n’étaient pas du tout organisés. Nous, nous n’avons pas eu peur, nous sommes pris par l’adrénaline, et le boulot à faire. Mais c’était assez hallucinant cette journée quand on y repense…” 

credit photo: Black cross street medic

2 réflexions sur “Témoignage de street medic lors de la manifestation de samedi”

  1. Il est indispensable que les manifestants se protègent de ces actes barbares. Portez des casques, des lunettes à minima. Nous subissons une répression sanglante d’un gouvernement assassin. Courage à tous.

  2. N’étant pas spécialement manifestant mais passant par Jaude vers 17h j’ai par curiosité traversé la place qui était occupée par les GJ. Le beau temps et la bonne humeur reignaient.
    Une personne seule agitait un mannequin en feu devant un cordon de CRS qui barrait le BD Desaix.
    J’étais à quelques mètres derrière Et pratiquement personne autour. À part ce fait, tout était paisible. Aucun jet de quoique se soit, aucun slogan révolté, juste pouvait -on entendre un timide ” Macron démission “. La ” foule” en réalité quelques centaines de personnes à peine à ce moment et en ce lieu etait très en retrait des CRS, environ 50 mètres.
    Je m’apprêtais à faire une photo du mannequin brulant lorsque des lacrymogènes ont été tirés contre toute attente. Du coup j’ai reculé et j’ai reçu une pluie de … je ne sais quoi…qui descendait au dessus de ma tête en éclatant.
    Il y avait quelques personnes épars. À ce moment je me suis trouvé à suffoquer. Pas d’irritation des yeux, Mais la sensation d’avoir les poumons et la trachée en feu. J’ai couru comme les autres personnes me mettre à l’abri.
    J’ai retrouvé mon souffle qu’arrivée avenue Julien. Au passage j’ai pu constater que du côté du Pont de Jaude il ne se passait rien, pas de CRS pas de dégât.
    Les effets du gazage ont duré environ deux heures avec une diminution très rapide dans le premier quart d’heure.
    J’ai croisé quelques personnes avec qui j’ai conversé et malgré le risque d’être pris pour un très ” ancien”… je leur ai fait remarqué que les gaz utilisés étaient beaucoup plus nocifs que ceux de Mai 68 !
    Pour ma part, ne connaissant pas la composition, mais ayant respiré ce produit, je pense qu’il est dangereux pour la santé et qu’en tout état de cause l’attaque des forces de l’ordre etait disproportionnée.
    La préfecture a lâché des ” Bulldogs ” sur des ” chatons ” à cet endroit et à cette heure.

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