Un dépôt de plainte par des salariés contre FranceTélécom/orange à cause des parafoudres radioactifs : une première en France

C’est une affaire qui ne date pas d’hier. L’enquête a été engagée depuis 2007 par le CHSCT France Telecom d’Auvergne, après la découverte de nombreux cancers et décès de salariés sur le site de Riom-es-Montagne. Mardi, la plainte de deux salariés accompagnés par Maitre Lafforgue et Annie Thébaud-Mony a été déposée au tribunal de Clermont-Ferrand. Récit.

Sur 6 salariés de Riom-es-Montagne, 5 ont subi un cancer. Au départ, on ne sait pas trop si ce n’est pas le fruit d’un malheureux hasard, mais quand même…Pourtant depuis 1978, les parafoudres radioactifs sont interdits mais restent malgré tout sur toutes les lignes du réseau téléphonique. Des dizaines de millions. Et chaque jour, les agents de ligne les manipulent, chargés de leur maintenance. Il faut dire que ces parafoudres sont de vraies bombes : radium, tritium…un cocktail qui même à toute petite dose peut s’avérer très cancérogène. Sauf que les salariés n’en savent rien et ne sont soumis par leurs employeurs à aucune véritable protection.

En 2008, la CGT du Cantal prend contact avec Henri Pézerat qui dénonce la dangerosité des parafoudres…Annie Thebaud Mony, sociologue de la santé et spécialiste des maladies professionnelles est formelle : “ Toute contamination du radon est dangereuse car pénètre dans l’organisme.” Le laboratoire de la chercheuse reconstitue alors le parcours professionnel des malades de Riom-Es-Montagne. En parrallèle, le CHSCT mène trois expertises. Toutes convergent à dire qu’il existe un risque grave à manipuler ces parafoudres. Les salariés font des déclarations d’incident de contaminations…Mais rien ne se passe, sauf les années..

Franck en sait quelque chose. Il est entré en 1992 à France Télécom “ avec une confiance aveugle en mon employeur” . Dès 2010, on demande aux salariés de remplacer les boites radioactives des parafoudres par des non radioactives. “ Dans le Cantal, on ouvrait les boites, on versait dans un bidon qu’on remplissait au fur et à mesure de la semaine, qu’on trimbalait dans notre voiture. On n’avait pas de masque. Rien, juste des gants.” Franck trouve qu’il a de drôles de goûts dans la bouche. Mais continue a faire confiance à son employeur. Jusqu’à une Assemblée Générale de l’association Henri Pezerat pendant laquelle il se rend compte qu’il prend des risques insensés dans son travail. Yves Colombat, un autre salarié renchérit : ” Et nos employeurs connaissaient les risques qu’ils nous faisaient courir…”

C’est d’ailleurs ce que Maître Lafforgue, avocat bien connu pour le procès Monsanto ou la mine de Salau, est venu expliquer au tribunal ce mardi matin. “ Cette plainte est collective, elle est portée par plusieurs organisations, comme la CGT Postes-Télécom du Cantal let du Puy-de Dôme, mais aussi par l’association Henri Pezerat et les deux salariés. Nous dénonçons l’exposition d’autrui à un risque certain de mort ou de blessures graves. Et je tiens à préciser qu’il s’agit d’un délit. Car oui, il y a une exposition avérée. Oui; il y a un risque de mort immédiat puisque la radioactivité aujourd’hui est reconnue comme source de maladie, selon le tableau 6 qui date de 1931. Le risque est avéré et grave puisque depuis 2010, 21 maladies ont été listées comme radio-induites. Le radon est reconnu depuis 1987 comme un cancérogène certain. En 2016, à Clermont-Ferrand, un salarié a eu un cancer de la thyroïde. En 2018, une agent France Télécom a souffert d’un cancer du sein. Dans les deux cas, Il s’agit de maladie professionnelle reconnue. Or, cette entreprise doit respecter le code du travail, le code de la santé pour protéger ses salariés face à la radioactivité.” France Télécom, comme le confirment les salariés présents n’assure aucune formation ni protection, ni même aménagement ou de surveillance médicale à ses employés exposés. De plus France Télécom connaît les risques puisque plusieurs alertes ont été données par la médecine du travail, la CGT, Annie-Thébaud-Mony, et même un laboratoire strasbourgeois. “ Toutes les expertises étaient unanimes…” déplore Annie Thébaud Mony. L’Agence de Sûreté Nucléaire a reconnu d’ailleurs à France Télécom une activité nucléaire, en 2015.

La CGT a même financé un protocole de recherches, certains salariés refusent de travailler. Mais il reste au moins 6 millions de poteaux sur le territoire. Ce sont des sous-traitants désormais qui font le sale boulot.” s’insurge Franck. ” En Auvergne, il existaient 6 sites de dépôt ( NDLR: lieu ou doivent être déposés les parafoudres radioactifs) , désormais il n’en reste qu’un par grande région. Du coup, les gars se baladent avec ça dans leur voiture…” Parfois, ils ont pu compter sur quelques élus comme André Chassaigne pour faire remonter le problème au gouvernement. Sans succès. ” Et puis il ne fallait pas trop compter sur la médecine du travail qui fait partie du comité de direction de l’entreprise et est recrutée par elle…

Malgré tout, l’avocat et les plaignants ont bon espoir : ” Nous espérons que le procureur demandera des enquêtes préliminaires ou saisira un juge d’instruction…Car pour nous, ce procès est aussi une forme de prévention pour tous les salariés, une façon d’alerter le public. petit à petit, faire avancer les mentalités des citoyens mais aussi de ces grosses entreprises qui au nom de la rentabilité continue à tuer leurs salariés. ”

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