Un drugstore éphémère contre la répression

À l’occasion de la journée mondiale « support don’t punish », samedi 29 juin, les locaux de l’association Aides se sont transformés en drugstore fictif. Une simulation grandeur nature pour promouvoir une législation non répressive à l’égard des usagers de produits stupéfiants.

La dépénalisation du cannabis est en train de devenir une arlésienne ; régulièrement abordé, le sujet est toujours remis à plus tard. Mais la légalisation de toutes les drogues est encore parfaitement impensable. C’est pourtant l’utopie imaginée par Aides, ce samedi 29 juin. « Voilà à quoi ressemblerait un drugstore si la législation était idéale ! », nous accueille Daniel Jean, militant de l’association anti-VIH. Pour sa participation à la journée mondiale « support don’t punish », qui appelle à des solutions non répressives vis-à-vis de l’usage de drogues, l’antenne clermontoise d’Aides a transformé ses locaux en drugstore éphémère. Bien loin de l’idée commune d’une salle de shoot aux allures de cellule de dégrisement, l’endroit rappelle plutôt un centre de don du sang. Sur les murs, de la documentation sur les effets, la provenance et les réseaux de production de drogue. À gauche à l’entrée, une salle de dépistage avec tout le matériel stérile nécessaire, sur le côté de la pièce principal un échangeur de seringues, et au fond une salle de repos pour laisser passer les effets des produits. Sans oublier, dans l’entrée, une pharmacie proposant les stupéfiants à la vente.

« Proposer des produits contrôlés est essentiel », commence Daniel, « car les produits issus du marché souterrain sont rendus d’autant plus dangereux qu’ils sont coupés avec d’autres substances nuisibles. Un produit sain diminue fortement les risques d’overdose. » L’ensemble du drugstore fictif est pensé selon la même philosophie : avec à une légalisation des produits, il serait possible de réduire drastiquement les risques sanitaires liés à la consommation de drogues. « Tout simplement, l’absence de cadre légal éloigne de l’accès aux soins », déplorent les militants d’Aides. « Les produits sont de mauvaise qualité, la prise de se fait dans des lieux insalubres, les consommateurs risquent la prison… » Un gouffre évident avec le dispositif imaginé par l’association, qui veut « inviter à la réflexion » sur le sujet. « On dénonce aussi l’hypocrisie des logiques répressives », ajoute Daniel Jean. « Non seulement elles sont inefficaces pour la santé publique, mais l’illégalité des différents produits est basée sur un positionnement politique en dehors de toute considération scientifique. En étudiant sérieusement l’impact des différents produits psychoactifs sur la santé publique, on se rend compte que l’alcool est de loin le plus dangereux, alors qu’il est parfaitement légal. »

Si la plupart des équipements sont fictifs et impensables dans l’état actuel de la législation, Aides propose son aide aux consommateurs de produits stupéfiants, notamment avec l’échange de seringues usagées contre du matériel stérile et un dépistage rapide et gratuit des infections liées à l’usage de drogues.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *