Warrior woman film

Warrior Women, le témoignage de la lutte des femmes amérindiennes aux États-Unis

Lundi dernier, le Cinéma le Rio présentait le film Warrior Women en présence de l’une des réalisatrices, Christina D. King. Parti d’un projet plus largement connu sous le nom de Warrior Women Project, ce film présente la lutte de Madonna Thunder Hawk et de l’American Indian Movement depuis les années 60 à nos jours. Il présente aussi la place des autochtones aux Etats-Unis à travers l’histoire féminine.

Madonna Thunder Hawk, fondatrice de l’American Indian Movement, est un personnage charismatique et atypique. Née en 1940, elle a combattu toute sa vie pour la dignité de son peuple, pour la protection de sa terre natale et pour la survie des futures générations. Mais comme le précise Christina D. King lors de la présentation du film au Cinéma le Rio à Clermont-Ferrand, « Ce combat n’est pas le fait d’une seule personne, mais de l’ensemble d’une communauté. » Ce documentaire est donc aussi l’histoire d’un peuple, de femmes, de mères et de filles, dans leur lutte constante pour leurs droits et leurs territoires.

« Au Etats-Unis, nous sommes 560 tribus amérindiennes distinctes à partager l’histoire commune du génocide, d’assignations forcées dans des réserves indiennes et d’une situation de revendications constantes pour nos droits. »

Christina D. King, co-réalisatrice

La réalisation de ce film a pris 7 ans, mais a réellement débuté il y a 20 ans quand la co-réalisatrice Elizabeth Castle a entrepris d’enregistrer des témoignages de femmes sur l’histoire orale des Amérindiens aux Etats-Unis et au Canada. Le film est finalement né d’une volonté partagée de ne pas laisser ces enregistrements être oubliés dans les bases de données d’une bibliothèque. Aujourd’hui, Warrior Women a été projeté à travers le monde, et pour les réalisatrices comme pour les participantes, il est devenu une plateforme servant à attirer l’attention sur leur combat.

« L’histoire de notre survie, depuis l’arrivée des colonisateurs, a été transmise de génération en génération et c’est par cette communauté que nous avons survécu, pas seulement grâce à un seul héros. » Christina D. King, co-réalisatrice

Christina D. King, co-réalisatrice

L’American Indian Movement a rassemblé un nombre important de membres sur l’ensemble du pays car c’est une lutte qui est sans fin. Encore aujourd’hui, ils se battent pour défendre leurs territoires contre l’installation d’oléoducs et de gazoducs à travers des réserves naturelles. Ces tuyaux, rappelle Christina D. King, devaient originellement traverser une ville de « blancs », mais leurs trajectoires ont été déviées pour finalement s’installer dans une réserve indienne dont les habitants ont, eux, beaucoup moins de moyens de contestation.

Christina D. King (à droite) et la traductrice au Cinéma le Rio

Le film est aussi pour une grande part une volonté de mettre en avant la lutte des femmes, qui parmi un peuple spolié sont d’autant plus discriminées. « Aujourd’hui, en tant que femme d’origine indienne, on a quatre fois plus de chances de se faire violer que toute autre personne aux États-Unis » rappelle la co-réalisatrice. Autour des réserves amérindiennes, de nombreuses grandes industries implantent de larges installations. Des « Men camps » d’ouvriers, constitués presque uniquement d’hommes, se retrouvent alors à occuper des terrains proches des réserves. « Il est prouvé que le viol des Indiennes vivant dans les alentours augmente de 13 % durant l’occupation de ces men camps. »

« Toute ma vie, j’ai vécu dans la tristesse de ce qu’on avait perdu, de ce qu’on subit au jour le jour. Mais par ce film, je voulais aussi montrer que malgré les difficultés, nous avons cette incroyable énergie, cette joie qui nous fait aller de l’avant. Nous ne sommes pas définies par notre trauma et la volonté de Warrior Women est avant tout de montrer cette force de résistance. »

Christina D. King, co-réalisatrice

Même si sa communauté a été décimée et disséminée, Christina D. King se montre confiante. « Nous sommes le peuple autochtone ! Et notre lutte est partagée par de nombreuses populations à travers le monde. De plus en plus d’initiative se mettent en place pour se rencontrer et échanger. Ensemble, nous trouverons notre force pour protéger nos droits. »

Ce sont donc les grands moments de l’histoire de la lutte amérindienne qui sont reconstitués à travers le portrait de femmes, en particulier ceux de Madonna Thunder Hawk et sa fille Marcella Gilbert qui depuis les années 1960 ont su perpétuer l’esprit de résistance. Mais ce film est aussi un support pour ouvrir le débat sur les luttes futures. Que dire de plus ? Un documentaire à voir absolument.

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