Une campagne de vaccination contre la réforme de l’allocation chômage organisée devant le Medef

Vendredi 2 avril, une campagne de vaccination a été organisée contre le virus RAC21 (Réforme Allocation Chômage 2021) devant le siège sociale du Medef Puy-de-Dôme, à Clermont-Ferrand. Avec humour, les 50 manifestants tentent d'éliminer ce "virus" en expliquant comment cette réforme fera baisser les allocations chômage des plus précaires, déjà durement touchés par la crise sanitaire.

Au départ, l’objectif du gouvernement, par cette réforme, est de supprimer l’abus des contrats courts et les allers-retours entre petits boulots et chômage indemnisé. Sauf que pour beaucoup, précaires comme économistes, cette réforme va simplement faire baisser les allocations des plus pauvres déjà frappés par la crise de la Covid et non pas inciter la création de contrats de travail longs.

La réforme allocation chômage, en quoi ça consiste ?

Pour endiguer l’abus des contrats courts, Emmanuel Macron a publié un décret modifiant les conditions d’accès à l’indemnisation chômage ainsi que le mode de calcul de celle-ci. Ce décret sera mis en vigueur le 1er juillet 2021.

Pour y avoir accès, il faudra donc travailler 6 mois sur 24 mois au lieu de devoir travailler 4 mois sur 28 comme c’était le cas jusqu’à présent. Pour ce qui est du calcul, il sera basé sur le SJR( Salaire journalier de référence). Le calcul prendra donc en compte le salaire mensuel, c’est-à-dire les jours travaillés comme les jours chômés. Avant la réforme, seuls les jours travaillés étaient pris en compte dans le calcul de l’indemnisation.

Pour quelqu’un qui touche le SMIC et travaille durant 6 mois, cela revient à une baisse de 24% de son allocation. Avant la réforme, la personne aurait touché 975 euros par mois tandis que dorénavant, elle touchera 659 euros par mois. De quoi insurger les 840 000 personnes qui seraient touchés par cette baisse.

Une allocation versée plus longtemps, avec un plancher ?

Élisabeth Borne, ministre du travail, pour contredire le fait que cette réforme est un désavantage pour les demandeurs d’emploi, explique que ces allocations seront versées plus longtemps, avec un plancher pour éviter une baisse trop importante. Pour elle, cela permettra d’équilibrer la perte d’une partie de l’allocation chaque mois.

Pour Gaëlle, militante au sein du CIP (Collectif Intermittents et Précaires), c’est « du foutage de gueule ». D’après Gaëlle, ça n’empêchera pas l’allocation de baisser. « Pour les plus impactés, cela reviendra à toucher 23 euros par jours ! Peut-on vivre avec cette somme ? Non. Le fait de prolonger l’allocation va juste pousser les gens à accepter n’importe quel emploi, précaire ou non, car ce sera toujours mieux que l’allocation. Ça va faire l’inverse de ce qu’elle annonce. Les gens ne finiront jamais de toucher leurs droits et toucheront toujours aussi peu. »

En effet, l’allocataire doit épuiser tous ses droits et allocations pour à nouveau les recharger. Donc même si le demandeur d’emploi accepte un nouveau travail, ses allocations resteront fixées sur son ancien job et donc ancien calcul de l’allocation. En clair, prolonger le temps d’indemnisation va simplement pousser les chômeurs à ne pas toucher une allocation si basse et donc à accepter n’importe quel travail, en adéquation ou non avec sa formation. C’est d’ailleurs le cas de Mathieu : « J’ai un master en tant qu’ingénieur. Je devais être professeur de techno. Aujourd’hui je suis ouvrier agricole. »

Les autres arguments du gouvernement

Le gouvernement justifie aussi cette réforme en instaurant un système de bonus-malus aux entreprises qui abuseraient des contrats courts. Pour les militants comme Vincent, « Ça ne s’appliquera pas tout de suite et surtout je ne pense pas que ce sera très contraignant pour les entreprises. » Alain, un autre manifestant, ajoute : « 90% des emplois proposés sont courts et précaires. On est 7 millions de demandeurs d’emplois pour 300 000 emplois vacants. En soit, il vaut presque mieux jouer au loto ! Donc quand Macron nous dit qu’on a juste à traverser la rue, d’accord, mais pour aller où ? » Ce système de bonus-malus semble donc difficile à mettre en place dans un tel contexte. Pour les manifestants, ce ne sera donc pas les entreprises qui seront les plus désavantagées, mais bien ceux ayant déjà le moins de ressources.

Enfin, le gouvernement établira un système d’allocation dégressif pour les hauts revenus. Ceux qui toucheront plus de 4 500 euros par mois durant leur contrat de travail verront donc leur allocation s’amoindrir au bout de 7 mois au lieu de 9 avant la réforme. « En tant que membre du CIP, cela ne me concerne pas. Je ne pense pas que cela soit juste pour les hauts revenus, mais je ne les plains pas non plus. Ma crainte, c’est que cette dégression des allocations soit ensuite généralisée aux plus précaires. » explique Gaëlle.

Certificat de vaccination contre le virus RAC21

Une contestation avec humour

Pour les manifestants présents, deux revendications sont exprimées : la suppression totale de la réforme allocation chômage mais aussi l’indemnisation de tous les demandeurs d’emplois. « Car seulement un chômeur sur deux est indemnisé aujourd’hui. Car c’est faux de dire qu’ils ne cherchent pas de travail lorsqu’on est 10 millions de pauvres en France tandis que le gouvernement va économiser 1 milliard d’euros par an sur les plus précaires » s’insurge Jean-Noël. Pour lui, « les chômeurs devraient toucher au moins 800 euros d’indemnité minimum, soit être juste au dessus du seuil de pauvreté. Quand on a 500 euros de loyer, on ne vit déjà pas avec cette somme. Donc il faudrait même un peu plus » poursuit-il.

Les syndicats nationaux vont donc sûrement poser un recours contre cette réforme. En attendant, les manifestants se vaccinent avec humour contre ce « virus » RAC21. Un rappel de vaccination sera organisé tous les vendredi suivants ! Jusqu’à ce que le « virus » disparaisse. Emmanuel Macron s’est lui-même fait vacciner durant
cette campagne, devant tous les manifestants et le siège social du Medef Puy-de-Dôme ! Un certificat a été distribué aux premiers vaccinés pour attester de cette première dose injectée. « Je sentais des tendances libérales me contaminer, me voilà rassuré avec ce vaccin ! Ce rappel solidaire me fait sentir bien moins macroniste ! » plaisante un manifestant après avoir participé à l’action humoristique.


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1 réflexion sur “Une campagne de vaccination contre la réforme de l’allocation chômage organisée devant le Medef”

  1. Hollocou Gaëlle

    Chouette article ! Merci !
    Puisse-t-il contribuer à mobiliser encore davantage de personnes autour des questions de régressions de droits,
    de la généralisation de la précarisation du plus grand nombre, que nous devons tous ensemble refuser.
    Il n’est pas acceptable que nous ayons atteint les 10 millions de personnes pauvres dans ce pays.
    Demain, avec cette réforme, ce sera à minima 1 million de pauvres de plus.
    La France n’est pas à la hauteur de ses valeurs de Liberté, d’Égalité, de Fraternité, de Sororité.

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